Quand un gouvernement conservateur abolit les traditions

Publié le 4 December 2020 à 12h06
Justin

Nous l’apprenions le 3 décembre, François Legault a finalement choisi d’interdire les rassemblements à Noël. Un « contrat moral » que plusieurs s’étaient résolus à respecter ne verra pas le jour. Les espoirs fondés depuis des mois, ainsi détruits, se traduiront nécessairement par une colère collective. Le gouvernement serait naïf de croire que tout le monde obéira aveuglément à cette directive sans protester.

Traditions

Notre premier ministre s’est souvent revendiqué des valeurs familiales et des fêtes traditionnelles. Son parti politique lui-même incarne la préservation des valeurs québécoises. C’est probablement ce même aspect qui l’a fait élire majoritaire en 2018. Après avoir vécu pendant quinze années sous les orientations d’un gouvernement libéral qui aimait mieux faire la morale aux Québécois plutôt que d’écouter les préférences populaires, c’est avec engouement que le peuple a voté pour un parti qui lui ressemblait. Or, en annulant la tradition la plus importante pour les Québécois, la CAQ crée une fracture dans la relation de confiance déjà affaiblie entre la population et le gouvernement. Les quatre jours entourant Noël représentaient une échappatoire dans un hiver confiné, une récompense pour les efforts collectifs déployés depuis des mois et surtout, une occasion de voir nos proches qui souffrent de solitude autant que nous. Ils devront se résoudre à ne voir personne d’autre que les personnes qu’ils voient déjà depuis le début de la pandémie, ceux avec qui ils habitent.

Pandémie

Le « contrat moral » proposé il y a deux semaines était compréhensible et sensé. On peut assumer que ceux qui comptaient voir leurs aînés à Noël seraient assez lucides pour s’isoler les jours précédents. D’autres, plus prudents, avaient décidé qu’ils n’allaient fêter qu’avec leurs amis pour éviter le risque d’infecter leurs proches plus âgés. En interdisant tout rassemblement, le gouvernement semble oublier les statistiques de son Institut national de santé publique qu’il ne cesse pourtant d’encenser : 91.7 % des morts liées à la COVID-19 surviennent chez les personnes âgées de plus de 70 ans .1 Les jeunes pourront seulement se « réunir » par le biais d’un écran, outil surutilisé ces derniers mois, les moins jeunes pourront se parler au téléphone, appareil par lequel il est difficile de transmettre un présent. Il est certain que cette révocation de contrat générera de la frustration dans la population et une ébullition dans les milieux populistes où les contestataires du gouvernement trouvaient déjà refuge.

Politique

Depuis déjà quelques mois, les partis d’opposition critiquent le gouvernement pour sa gestion de la pandémie. Il y a quelques jours, le chef du PQ soulignait judicieusement l’incohérence entre le droit de magasiner dans un centre d’achats bondé et l’interdiction d’aller patiner au parc du quartier. Les autres partis ont aussi demandé à pouvoir questionner Horacio Arruda, avec raison. Il sera intéressant de voir les différentes réactions des partis quant à cette annonce importante. Ce sera peut-être même une occasion pour eux d’accaparer une partie du vote populaire, qui ne supportera peut-être pas cette nouvelle interdiction.

  1. https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees/age-sexe

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Justin
Par Justin Lachapelle

Collaborateur

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