Cette fédération qui coûte cher

Publié le 2 December 2020 à 09h35
Photo Samuel Lamarche.

La plupart des Québécois se disant opposés à l’indépendance que j’ai rencontrés me mentionnent la même chose : nous ne sommes pas assez riches, nous serons en déficit, nous dépendons du Canada. Un discours maintenu par les ténors fédéralistes malgré l’admission du fédéraliste suprême Philippe Couillard, ainsi que son prédécesseur Jean Charest que le Québec serait capable d’être indépendant.

Tout d’abord, par souci d’intégrité, je me dois de remettre les propos de Philippe Couillard dans leur contexte. Gabriel Nadeau Dubois avait interrogé le premier ministre sur la viabilité d’un Québec indépendant lors de la période de questions à l’Assemblée nationale.   « Oui, le Québec a des ressources qui lui permettraient éventuellement de gérer ses propres choses » il s’est toutefois empressé d’ajouter : « La question n’est pas là. La question, c’est à quel prix ? »1

La question qui tue : l’indépendance, mais à quel prix? Lorsque j’observe le gouvernement fédéral annoncer dépense après dépense sans véritable plan de retour à l’équilibre budgétaire, lorsque je lis dans les médias que le déficit projeté pour l’année 2020 sera de 381.6 milliards de dollars et que malgré ces dépenses extraordinaires, on n’y trouve toujours pas des transferts en santé respectueux des engagements et responsabilités fédérales, mais plutôt d’autres normes empiétant dans les champs de compétence du Québec.2 Quand je vois tout cela, je commence à me dire : le Canada, mais à quel prix? D’un simple point de vue comptable, l’année 2020 au sein du Canada aura coûté 87.77 milliards aux contribuables québécois. 87.77 milliards de dollars de dettes, plus les intérêts lors des années à venir, près de 90 milliards de dollars investis un peu partout au sein de la fédération, mais très peu au Québec. Pas de véritable plan pour le secteur aéronautique, premier secteur d’exportation au Québec, mais absent du reste du Canada pratiquement. Des transferts fédéraux diminuant constamment malgré un vieillissement de notre population et les demandes répétées des premiers ministres québécois au fil des années. Tout cela sans compter les 15 milliards de dollars de déficits au Québec.3 Au total, l’année 2020 aura coûté 102 milliards de dollars environ aux contribuables québécois.

Il n’y a pas que l’argent dans cette équation.

Évidemment, ces chiffres sont choquants, difficiles à comprendre et à visualiser. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’un pays ne se résume pas qu’à son budget, malgré les désirs de certains. Des institutions solides, une démocratie en santé, une population se sentant respectée et représentée et bien entendu la capacité de décider pour soi-même. Concrètement, de quoi parlons-nous? Tout d’abord, on pourrait tout de suite penser au fait qu’un Québec indépendant n’aurait pas à voir des juges sélectionnés par un processus extrêmement obscur et partisan décidé de la validité de ses lois. Ensuite, il me semble évident qu’un Québec indépendant serait plus en mesure d’avoir une représentation à l’image de ces citoyens. Plus besoin de faire le grand écart entre les besoins ainsi que les désirs des conservateurs chrétiens de l’ouest, amoureux de leur bon pétrole et les aspirations environnementales et laïque du Québec. Enfin, un Québec indépendant, c’est aussi la capacité de décider de fermer les frontières lors d’une pandémie avant qu’il ne soit trop tard, c’est la capacité de faire appel à l’armée lors d’une crise sanitaire sans précédent sans se faire sermonner comme si nous étions des enfants gâtés et capricieux alors que le Royaume-Uni, l’Espagne et plein d’autres pays partout dans le monde ont utilisé l’armée pour aider les travailleurs de la santé.

Quel prix êtes-vous prêt à payer pour le respect et la liberté?

Évidemment, un autre coût de la fédération canadienne est sa fâcheuse tendance à s’opposer aux lois votées à l’Assemblée nationale et supportées par la population. Que ce soit la loi 101, les critères de sélection de l’immigration, demander que les immigrants doivent avoir des compétences conversationnelles en français pour obtenir la citoyenneté ou encore la loi sur la laïcité, le Canada s’oppose systématiquement à ces mesures et ces lois québécoises. Pire encore, non seulement le régime fédéral et ses alliés s’opposent à ces lois et mesures, ils dénigrent ouvertement toute tentative de promouvoir ou d’assumer notre caractère distinct et financent des armées juridiques considérables pour saper nos compétences et nos droits.

Ainsi, lorsque les fédéralistes s’exclament que le coût est trop élevé, je ne peux m’empêcher de sourciller. Non seulement la fédération coûte très cher actuellement, mais c’est aussi sous-estimé la valeur de la liberté et du respect envers soi-même. Pire encore, c’est de supposé que cette valeur soit si faible pour les Québécois, qu’ils sont en fait prêts à payer pour qu’on leur manque de respect quotidiennement et que l’on restreigne leur liberté. Leur liberté de choisir où va leur argent, leur liberté de choisir si un pipeline passe chez eux, la liberté de protéger leur langue et la liberté de définir eux-mêmes du modèle de société qu’ils désirent.

Alors je demande avec toute la sincérité qui est mienne : combien vaut le Canada pour vous?

  1. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/500664/souverainete-couillard-predit-10-ans-de-catastrophes-pour-le-quebec
  2. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1753530/mise-jour-economique-deficit-federal-freeland-trudeau
  3. https://www.journaldequebec.com/2020/11/12/en-direct-eric-girard-effectue-sa-mise-a-jour-economique

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Photo Samuel Lamarche.
Par Samuel Lamarche

Animateur et rédacteur en chef

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