La loi n’est pas seulement pour les autres

Publié le 30 December 2020 à 07h00
Photo Samuel Lamarche.

Le temps des fêtes 2020 est difficile pour plusieurs. Certains ont perdu leur emploi, d’autres leur maison ou leur entreprise. Pour d’autres, ce sera la mort d’un proche devenu une statistique morbide que l’on regarde du coin de l’œil. Pour ces raisons et plein d’autres, le gouvernement du Québec avec l’aide de la santé publique a émis plusieurs avis, recommandations et restrictions que les Québécois s’efforcent de respecter. Hélas, pour certains députés, représenter la population veut aussi dire représenter les mauvais plis.

Après un retournement de veste du premier ministre, les Québécois avaient appris avec déception que les rassemblements pour Noël ne seraient pas permis comme anticipés. Malgré tout, la majorité des Québécois ont respecté les consignes et sont demeurés dans leur bulle familiale malgré la grogne et le besoin de ce contact humain que nous avions tenu pour acquis. On peut évidemment féliciter les Québécois pour leur discipline, mais il ne faut pas oublier que le gouvernement avait promis une présence policière accrue et des constats salés aux contrevenants. Discipline certes, mais aussi adhésion par la force.

Il n’en demeure pas moins que les citoyens semblent d’accord avec cette façon de fonctionner, la situation le requiert après tout, l’heure est grave et la fin de la crise, on l’espère, approche. Toutefois, petit oubli, ou manque de rigueur de la part d’Ottawa, les voyages et le tourisme à l’étranger étaient simplement fortement déconseillés. Pas d’interdiction, pas vraiment de plan concret entourant cette question jusqu’à ce que les médias mettent en lumière le phénomène des « touristatas ». Un « touristata », ça mange quoi en hiver? Apparemment des fruits, de la nourriture de tout inclus avec une bonne quantité d’alcool pour aider à la digestion. Le tout entouré de ses amis et de sa famille dans une scène ressemblant étrangement à des interactions sociales pré covid-19.

Choquant, je sais. Ces gens suffisamment fortunés pour non seulement ne pas avoir à déneiger leur voiture peuvent en plus se permettre de voir des amis et embrasser leur famille avant de revenir incognito au Québec. Comme si la loi ne s’appliquait pas à eux. C’est en partie pourquoi le 22 décembre, les 4 chefs de parti au Québec ont demandé aux Québécois de ne pas voyager à l’extérieur du pays, sauf en cas d’extrême nécessité et de respecter les règlements de la santé publique. Difficile de banaliser la situation considérant que le premier ministre venait d’exclure du caucus un de ses députés pour avoir violé ces règlements. Difficile d’ignorer le message considérant l’unité des 4 chefs devant la situation.

Difficile, mais pas impossible puisque trois jours plus tard, l’ancien chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand s’envolait pour la Barbade avec sa femme pour un noël sous le soleil et la chaleur. En termes de chaleur, je suis certain que plusieurs au cabinet de la cheffe du PLQ Dominique Anglade ont royalement senti leur siège devenir chaud et inconfortable soudainement. Quel magnifique croques-en-jambe de l’ex-chef intérimaire à la nouvelle cheffe qui venait d’obtenir un créneau médiatique incroyable avec ce point de presse, pour finalement devoir passer le Nouvel An en gestion de crise… Elle perdra des plumes, peu importe sa réaction, car le PLQ est simplement une cible trop vulnérable en ce moment et rebâtir l’image de ce parti est extrêmement laborieux. Au grand dam de madame Anglade, chaque pas en avant semble suivi de deux pas en arrière.

C’était sans compter la CAQ qui avait déjà commencé un petit « spin » médiatique pour canaliser cette frustration vers le parti libéral pour profiter d’encore plus d’appuis dans leur gestion de crise. Toutefois, il faut croire que la magie de Noël était au rendez-vous pour la cheffe du PLQ, Thomas Gerbet de Radio-Canada sort une nouvelle qui fera rire jaune plusieurs partisans caquistes qui s’étaient enflammés contre monsieur Arcand. Youri Chassin aurait jugé pertinent d’aller faire un petit voyage au Pérou pour des raisons personnelles. Ne connaissant pas le contexte au moment d’écrire ces lignes, je ne crucifierai pas l’homme sur la place publique, mais il n’empêche que la révélation de son voyage en a soulagé plusieurs au PLQ j’en suis certains. Anecdote en provenance de l’Ontario, le ministre des Finances Rod Phillips s’est dit que de faire semblant d’être au pays pendant les fêtes et s’en aller en douce serait une bonne idée. Je vous laisse être juge sur ce point.

Tout cela est très amusant d’un point de vue politique, mais quand on regarde tout cela avec un regard plus citoyen, c’est franchement gênant et fâchant. Ces élus censés représenter la population du Québec avec la dignité et le respect entourant la fonction sont constamment pris dans des scandales, petits et gros. Ces gens censés nous gouverner et écrire la loi finissent par se croire au-dessus de cette dernière. Comme si leur création n’avait point d’emprise sur leur vie. Ces gens n’ayant aucun scrupule à dicter aux citoyens quels biens et services sont essentiels, à réguler la vie des gens comme jamais auparavant en utilisant le long bras de la justice comme arme dissuasive n’ont pas de problèmes à contourner ces mêmes règlements. Ce principe fondamental de nos sociétés occidentale et démocratique, l’égalité devant la justice, ne semble pas vraiment inquiéter ou émouvoir outre mesure nos dirigeants et représentants. Il faudra que cette perception change, car la loi n’est pas seulement pour les autres, la loi s’applique à tous.

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Par Samuel Lamarche

Animateur et rédacteur en chef

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