L'âme du NPD en jeu?

Publié le 17 November 2020 à 06h04
Photo Jordan Larochelle.

Ceux qui me connaissent le savent, le premier parti auquel j’ai adhéré est le Nouveau Parti Démocratique. Ses valeurs de gauche telle la défense des travailleurs, l’aide aux plus démunis ainsi que ses ambitions progressistes ont su venir chercher le jeune passionné de politique que je suis. J’ai pris ma carte de membre en 2014 alors que j’avais 17 ans. À l’époque, le chef du parti était Thomas Mulcair, un homme que je respectais beaucoup et à qui j’avais le sentiment de pouvoir m’identifier.

Certains choisissent comme modèle des joueurs de hockey, des vedettes de cinéma, des chanteurs. Moi, ce sont des femmes et des hommes politiques. Bref, en 2014, le NPD était l’opposition officielle à Ottawa et pouvait raisonnablement prétendre chasser les conservateurs du pouvoir et prendre leur place. L’histoire en fut tout autre, comme nous pouvons le constater aujourd’hui. C’est, selon moi, à ce moment-là, quelques mois avant les élections, que les problèmes du parti ont commencé à apparaître.

En 2011, les Québécois ont été charmés par Jack Layton, un homme attachant qui a su comprendre le Québec dans toute sa complexité. Il a réussi à faire ce que peu de politiciens canadiens ont su faire: donner au Québec une place sans renier le reste du Canada. Il a réussi à rassembler autour de lui une équipe de personnes qui ont été de très bons députés dans leurs comtés. Je pense entre autres à des personnes telles que Christine Moore, qui en était à sa troisième tentative, à Pierre-Luc Dusseault qui est le plus jeune député jamais élu au fédéral, à Nycole Turmel qui a réussi à mettre fin au règne libéral dans la région de Gatineau. Malheureusement, Jack Layton meurt seulement deux mois après le début de son mandat d’un cancer. Il est à ce jour le chef du NPD qui a été le plus près d’être nommé premier ministre.

Après un intérim de quelques mois de Nycole Turmel, c’est Thomas Mulcair qui est élu chef du NPD en 2012. Mulcair est surtout connu au Québec pour avoir quitté sa position de ministre de l’environnement dans le gouvernement de Jean Charest suites aux divergences dans l’affaire du Mont Orford.

Mulcair devient député fédéral en 2008 et le restera jusqu’à sa démission en 2018. Il fait passer le parti d’opposition officielle à deuxième groupe d’opposition, un résultat que les membres de sa formation politique ne lui pardonneront pas et ils lui montreront la porte de façon assez claire.

Le 1er octobre 2017, Jagmeet Singh lui succède comme chef du parti. Ce dernier est avocat de formation, a été élu député de l’Assemblée législative de l’Ontario avant de devenir chef du NPD. Avec lui, le NPD revient à des idées plus à gauche que celles de son prédécesseur. C’est entre autres ce qui a nui à Mulcair, qui jouait au centre alors que Justin Trudeau le dépassait par la gauche. Ce n’est cependant pas cela qui a permis au NPD de faire des gains puisque le premier ministre Trudeau a été réélu en 2019 à la tête d’un gouvernement minoritaire. Et c’est ici que mes critiques les plus vives sur le NPD arrivent.

La première critique est celle du manque de fonds. Le NPD n’a plus un sous dans ses coffres. Déjà avant les élections, les finances étaient dans le rouge. Le parti a dû faire des économies là où c'était possible: faute de moyens, le candidat dans Abitibi-Témiscamingue n’a jamais ouvert de bureau de campagne. Beaucoup de campagnes ont été faites sur des bases régionales, n’ouvrant qu’un seul bureau de campagne pour plusieurs candidats. L’avion de campagne n'est sorti que le 23 septembre, soit moins d'un mois avant le jour du scrutin. C’est trop peu pour faire une campagne acceptable dans un pays aussi grand que le Canada. L’exécutif du parti ne semble pas être capable de faire preuve d’innovation pour aller chercher des fonds et on voit les résultats.

La seconde critique est celle du soutien presque inconditionnel que le NPD apporte au gouvernement Trudeau. Il est compréhensible que le parti ne veuille pas aller en élection pour le moment, mais cela finira par arriver et les conséquences pour le NPD risquent d’être catastrophiques. D’abord, les électeurs risquent de remettre en question la pertinence des néo-démocrates en se disant que voter pour eux est automatiquement un vote pour les libéraux puisqu’ils vont les supporter quoiqu’il arrive. Ensuite, le NPD semble être à la botte du gouvernement.

Le meilleur exemple est celui du vote de confiance. Les conservateurs voulaient former un comité pour enquêter sur les allégations de corruption qui planent sur le premier ministre et son entourage. Ce dernier a eu la brillante idée de doubler le vote sur la création de ce comité, d’un vote de confiance risquant ainsi de perdre et donc de déclencher des élections. Heureusement pour Justin Trudeau, le NPD a volé à sa rescousse et s'est opposé à la création de ce comité. Le message envoyé ici est fort: le gouvernement est prêt à jouer son mandat pour empêcher la divulgation de certains documents, et les néo-démocrates vont les aider à le faire. Entendons-nous pour dire que la situation est triste.

La troisième critique est celle des excuses. Le parti a toujours une bonne excuse pour se justifier devant son électorat. D’abord, il serait irresponsable d’entrer en élections en pleine pandémie, donc « nous agissons pour la santé des canadiennes et des canadiens ». L'argument se tient en théorie mais a la vie dure quand vient le temps de l’appliquer. En effet, depuis le début de la pandémie, trois provinces ont tenu des élections et elles se sont toutes bien déroulées. Pourquoi en serait-il différent au niveau fédéral?

Ensuite, il y a les gains que le NPD a réussi à faire face aux libéraux. Le dernier Discours du Trône favorise en effet les idées des néo-démocrates. Il serait plutôt risqué de faire tomber le gouvernement et de potentiellement perdre cette opportunité. Et bien c’est un risque à prendre. Dans des situations comme celle-ci, les mérites retombent sur le gouvernement en place, et non pas sur le troisième parti d’opposition.

J’ai donc de plus en plus de difficulté à me retrouver dans ce parti qui fut autrefois le mien. Les principes fondamentaux sont encore présents sur le papier, mais de moins en moins dans les positions concrètes prises par le parti. Je pense aux députés qui siègent depuis des années comme Charlie Angus ou Nikki Ashton qui doivent maintenant appuyer le comportement libéral alors qu’ils l’ont vertement attaqué il y a quelques mois seulement. Le NPD, s’il espère un jour sortir de sa position de bon perdant, devra se remettre en question et ce, le plus tôt possible. Si les élections avaient lieu demain, je dois admettre que je ne sais pas pour qui je voterais. Bien que mon cœur penche pour le NPD, ma tête me dit de voter ailleurs. Je pourrais piler sur plusieurs de mes principes et voter pour les libéraux de Justin Trudeau, sachant de toute façon qu’un vote pour le NPD revient au même. Je pourrais aussi voter pour le Parti vert. Avec leur nouvelle cheffe qui semble bien décidé à installer sa formation à gauche, s’agirait-il de la nouvelle option pour la gauche fédérale?

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Photo Jordan Larochelle.
Par Jordan Larochelle

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