Les petits partis au Québec

Publié le 13 August 2020 à 01h31
Photo Jordan Larochelle.

En faisant mes recherches pour mon article sur la course à la chefferie du Parti vert, je me suis découvert un réel intérêt pour les partis mineurs, les partis marginaux qui sont enregistrés auprès d’Élection Canada et d’Élection Québec. La dynamique de ces partis est totalement différente de celle des grands mouvements politiques. Leurs membres se comptent par centaines, voire par dizaines dans certains cas. Les échelons se grimpent très rapidement puisque la somme de travail est la même que pour les grands, mais ils n’ont pas les mêmes effectifs. Par exemple, il est possible de se retrouver du jour au lendemain à la direction des communications en montrant simplement de l’intérêt à faire quelques téléphones. Je vous invite donc dans ce monde marginal, mais ô combien passionnant.

Dans un premier temps, je vous ai présenté les partis fédéraux. Les partis fédéraux que j’ai choisis étant le Parti Marijuana, le Parti Rhinocéros Party, Quatrième front du Canada et le Parti pour la protection des animaux. Au Québec, je vais parler du parti 51, du NPD-Q, du Parti royaliste du Québec et de Changement intégrité pour notre Québec (CINQ).

Les conditions à remplir pour devenir un parti enregistré auprès d’Élection Québec sont quelques peu différentes que celle au fédéral, surtout au niveau du nombre obligatoire de membres. Au Québec, il faut que le parti ait un ou une cheffe, qu’il ait deux autres personnes responsables et il doit avoir au minimum 100 signatures de membre en règle. Selon mes recherches, il ne semble pas être obligatoire d’avoir un minimum de cent membres, mais ils doivent tous signer la demande d’inscription au registre d’Élection Québec. Tous les partis présentés ici sont en règle à ce jour.

Il n’est pas rare que ces partis soient souvent tournés en ridicule lorsqu’on parle d’eux ; c’est pourquoi je me fais un point d’honneur de présenter leur vision du Québec et leurs projets de société avec le même sérieux accordé aux grands mouvement politiques.

Le Parti 51 Chef: Hans Mercier

Le parti 51 a fait parler de lui lors de l’élection générale de 2018 grâce à son projet principal : faire du Québec le 51e État américain. L’idée semble très farfelue à priori, mais le parti la défend avec des arguments historiques et de défense de la culture québécoise dans l’Union.

D’abord, les 51 affirment que le Québec, en tant qu’État, pourrait protéger sa langue par le billet d’une constitution d’État. En effet, aux États-Unis, les États ont tous une constitution qui établit les grands points rassembleurs pour toute la population. De ce fait, un Québec américain pourrait établir le français comme langue officielle de l’État. Ils avancent aussi les avantages politiques et économiques qui viennent avec cette annexion. En effet, les États-Unis sont la première économie mondiale et ils ont un mot à dire sur ce qui se passe partout dans le monde, même quand ils n’ont rien à voir avec la situation.

Le Parti 51 a déjà écrit une constitution qui serait celle du Québec en tant qu’État américain. Cette constitution fait du français la langue officielle du Québec et il y a la création d’un sénat québécois. Ce ne sont là que deux exemples de ce qui y figure. Ce qui est le plus surprenant, c’est que le parti affirme qu’en devenant américain, il n’y aurait plus de corruption au Québec. Il n’est pas expliqué comment cela serait possible.

Dans ce projet, on retrouve des incohérences qui semblent ne pas avoir été prises en ligne de compte par les 51. D’abord, s’il est possible qu’un État puisse choisir sa langue officielle, la langue vernaculaire aux États-Unis est l’anglais. L’ajout du Québec comme État ne changerait rien et les déclarations et documents fédéraux seraient uniquement produits en anglais.

Le Parti 51 aurait intérêt à présenter une plateforme complète car sauf le projet de faire du Québec un État américain, ils n’ont pas développé d’autres idées. De plus, on ne retrouve pas l’« Après ». Quels seraient les projets présentés après l’adhésion ; comment ajuster nos habitudes avec celles des américains ? Le parti doit aussi répondre à des questions plus concrètes : allons-nous perdre notre assurance-santé ? Que vaudraient nos investissements en tant que citoyens américains ? Des questions qui, pour le moment, n’ont pas de réponses.

Nouveau Parti Démocratique du Québec Chef: Raphaël Fortin

Le NPDQ est probablement le parti qui possède le plus de chance de percer dans les prochaines années. Il s’agit de la branche provinciale du NPD fédéral. Au Québec, nous ne sommes pas habitués à cette dynamique puisque le Parti Libéral du Québec et celui du Canada n’ont pas d’autres points communs que leurs noms. Cependant, dans le reste du Canada, les NPD provinciaux font plutôt bonne figure. Celui de l’Ontario fut porté au gouvernement avec Bob Rae dans les années 90, celui de l’Alberta avec Rachel Notley entre 2015 et 2019 et actuellement, celui de la Colombie-Britannique avec John Horgan forme une coalition avec les verts depuis 2017.

Le NPDQ est un parti progressiste et fédéraliste, ce qui est plutôt rare au Québec ou les partis de gauche sont souvent indépendantistes. Présentement, l’occupation de la gauche par Québec Solidaire nuit au NPDQ. En effet, les deux partis partagent la même base électorale. Toutefois, le plus gros point de divergence est la position du Québec au sein de la Confédération. En jouant sur cet enjeu dans des circonscriptions clefs comme en Outaouais et à Montréal, il n’est pas impossible ni même saugrenu de penser qu’à moyen terme, le NPDQ prenne du galon.

Le Parti Royaliste du Québec (PRQ) Chef: Samuel E.J. Giguère

Si le parti 51 peut faire rire, le Parti Royaliste du Québec lui semble hors propos. En effet, bien que le Québec, depuis l’arrivée de Champlain, n’aie jamais connu autre chose que la monarchie (Couronne de France avec la Nouvelle-France et Couronne Britannique après la Conquête), nous n’avons pas vraiment d’enthousiasme monarchique. Voilà donc pourquoi ce parti ne semble avoir sa place ici. Toutefois, pour ses membres, l’idée est sérieuse et prometteuse. Il est cependant difficile pour qui n’est pas dans cette bulle de bien comprendre leurs projets de société et ce, malgré une grande documentation écrite et vidéo.

Il faut d’abord mettre un point au clair : le Québec est déjà une monarchie, puisqu’il fait partie du Canada et que le Canada est une monarchie constitutionnelle. Il y a au-dessus du trône du président de l’Assemblée Nationale une couronne qui symbolise le pouvoir royal, même chose pour la masse qui est présente en bout de table dans le Salon Bleu. Les députés, pour avoir droit de siéger, doivent prêter serment à la Reine lors de leur entrée en fonction. Il n’y a donc la rien de nouveau de la part du PRQ à ce niveau. Cependant, ils veulent se soustraire à la couronne britannique en créant une couronne Québécoise, avec un roi ou une reine Québécoise qui serait choisi.e à vie par les citoyens. Il y a un flou qui persiste quant à savoir si le Québec serait indépendant avec un trône Québécois.

Les membres du parti affirment qu’il y aurait une Co suzeraineté, c’est-à-dire deux souverains, mais un pays. Ils mentionnent également que les lois votées par Québec ne pourraient pas être revotées par Ottawa, mais c’est déjà le cas : La Chambre des Communes ne revote pas ce qui a été voté à l’Assemblée nationale. Sur le site internet du parti, il est possible de voir les résultats d’une étude faite par le chef du PRQ et qui démontre que les monarchies s’en sorte mieux que les républiques au niveau du PIB et de l’indice de développement humain. Sans enlever de crédit au travail qui a été fait, je dois apporter des bémols : sur les 45 monarchies encore présentes dans le monde, 19 viennent de pays très industrialisés (Canada, Royaume-Uni, Suède), ou de pays très riches avec un fort PIB (Arabie Saoudite, Qatar, Luxembourg). Tous les autres pays du monde sont des républiques ou des équivalents y compris les pays en voie de développement, ce qui vient baisser grandement les PIB et les indices de développement humain.

Chez le PRQ, mis à part son projet principal, on note l’absence d’autres idées ou d’une plateforme concrète. Il est louable de vouloir changer la société, mais encore faut-il que l’idée soit bonne pour la majorité et qu’elle soit concrète. À mon avis, le PRQ est le parti ayant le moins de chance de faire avancer sa cause.

Changement intégrité pour notre Québec (CINQ) Chef: Éric Émond

Le CINQ est le seul parti dont je n’avais jamais entendu parler avant de faire mes recherches. Il s’agit d’un parti de gauche qui se positionne un peu plus à gauche que le NPDQ et Québec Solidaire. Par exemple, ils ont un site web qui utilise de l’écriture inclusive, c’est-à-dire qu’ils évitent d’employés des termes genrés ou qui utilise l’ensemble des conjugaison possible (eg. un.e employé.e, des travailleurs.euses). Ils ont aussi beaucoup d’idées qui sont partagées par des partis de gauche partout dans le monde, comme par exemple la lutte contre les paradis fiscaux, une redistribution des richesses dans la population et non dans les poches d’un petit groupe etc.

Le CINQ veut que la fonction publique du Québec soit représentative de la population et de sa diversité par l’apposition de quotas de personnes de genre et de cultures diverses. Il est à noter qu’il s’agit du seul parti en 2018 à avoir présenté plus de femmes que d’hommes pour les élections générales (neuf femmes pour trois hommes).

Il y a cependant une ombre dans le chiffrement de la plateforme. Il y a bien des solutions pour aller chercher de l’argent, surtout dans les paradis fiscaux, mais il n’y a pas de chiffres. Il en est de même pour les dépenses.

Pour les partis de gauche, il est connu que beaucoup de leurs projets importants sont coûteux, et le CINQ ne fait pas exceptions. Il n’y a cependant pas ou peu de chiffres qui viennent donner au citoyen une base de réflexion. Ce manque de chiffres et du peu de vision qu’à le CINQ semble le condamner à demeurer un parti marginal qui tentera toujours à se faire une place dans le peu d’espace laissé par les quatre grands partis provinciaux.

Voilà donc un survol de quelques petits partis qui sont officiellement enregistrés auprès d’Élection Québec. Évidemment, il s’agit d’un résumé des idées de chaque plateforme et il est toujours intéressant d’aller se renseigner soi-même sur les sites web accessibles et gratuits sur internet. Il est possible que ma lecture et que mon interprétation des idées d’une formation politique soit biaisée par mon vécu et mes convictions, mais j’espère avoir rendu justice, avec le plus de neutralité possible, à ces petits partis.

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Photo Jordan Larochelle.
Par Jordan Larochelle

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