Les folles aventures du fédéral

Publié le 24 August 2020 à 03h30
Photo Jordan Larochelle.

Les dernières semaines ont été particulièrement mouvementées sur la scène politique fédérale. Normalement, l’été est la saison morte, le parlement est déserté par les députés qui vont dans leur circonscription courir les épluchettes et faire du porte à porte, mais évidemment que l’été 2020 allait être différent.

Depuis quelques semaines, il se passe à Ottawa des choses importantes qui peuvent vraiment avoir des répercussions sur l’avenir du pays. Nous sommes en effet peu habitués à de grands scandales et notre paysage politique est plutôt plat et sans gros rebondissement. Abus chez la gouverneure générale, conflit d’intérêt au Cabinet du Premier ministre et dans sa famille directe, démission d’un des ministres les plus importants du gouvernement, nomination de la première femme ministre des finances au niveau fédéral, abrogation de la Chambre des Communes. Tout ça en quelques semaines à peine et contrairement aux français et aux américains, nous ne sommes pas habitués à ce genre de situation.

Il est rare que Rideau Hall fasse les manchettes, encore moins au Québec où le sentiment de sympathie pour la monarchie n’est pas le plus fort, mais il y a quelque chose qui vient nous chercher dans la situation actuelle : Julie Payette. Cette femme est l’une des nôtres. Sans vouloir creuser le fossé entre les anglais et les québécois, madame Payette est une femme québécoise qui fait partie de nos vies. Elle nous a rendu fière en étant la première québécoise à se rendre dans l’espace, elle a dirigé le Centre des Sciences de Montréal et elle nous a expliqué efficacement la science à Découverte les dimanches en soirée.

Beaucoup sont tombés en bas de leur chaise quand ils ont appris que cette femme instaurait un climat de travail toxique, qu’elle faisait des caprices au niveau de sa vie privée, de sa sécurité et de ses engagements officiels. Elle change ses horaires sans en avertir ses gardes du corps, elle rechigne à remplir ses obligations en arguant que le gouvernement ne lui donne pas assez de préavis, elle dépense des centaines de milliers de dollars pour faire aménager ses bureaux sans que cela ne soit nécessaire et j’en passe. Elle ne semble pas comprendre ce qu’implique réellement la fonction de gouverneure générale. Les agents de la GRC qui sont là pour la protéger ont un travail à remplir. Elle est une cible, les événements de début juillet en sont un bon exemple. Si madame Payette veut avoir un semblant de crédibilité, elle devrait démissionner le plus rapidement possible. Comme on dit, faute avouée à moitié pardonnée.

Le 17 août dernier, Bill Morneau, pilier du gouvernement de Justin Trudeau et l’un des seuls ministres qui a gardé le même ministère depuis 2015, démissionne à la suite du scandale We Charity, dans lequel il fut abandonné par le premier ministre et son entourage. Il a dû rembourser une facture pour un voyage payé par l’organisme. La facture s’élève à plus de 41 000$. Il est celui qui a proposé des budgets qui ont creusé le déficit à son record de 343 milliards de dollars.

Bien entendu, les mesures d’urgences et l’arrêt quasi complet de l’économie n’ont pas joué en sa faveur, mais le mal est fait. Officieusement, les contentieux entre lui et le premier ministre sont profonds et il n’aura pas été capable de dire non à son chef. Morneau quitte aussi son fauteuil de député de Toronto-Centre.

Le premier ministre a maintenant six mois pour déclencher une élection partielle, mais il est possible qu’une élection soit déclenchée d’ici là. En effet, le premier ministre a demandé à la gouverneure générale de proroger le parlement, ce qui signifie que tout ce qui a été entamé depuis les dernières élections tombent dans l’oubli. Il s’agit de la première fois que Justin Trudeau utilise ce levier législatif depuis son élection en 2015. Il espère ainsi, non seulement donner un second souffle à ce gouvernement déjà entaché par les scandales, mais aussi mettre fin aux comités qui investiguent sur l’affaire We Charity. Parce que oui, il s’agit là d’une façon de faire taire l’opposition. En mettant fin aux travaux de la Chambre des Communes, les comités sont dissous, les députés doivent repartir de zéro.

Le premier ministre fait aussi preuve d’une sagacité que nous ne lui connaissions pas : en annonçant la tenue d’un Discours du trône, il fait planer la possibilité d’une élection générale prochaine. Le Bloc est catégorique : tant que Justin Trudeau sera premier ministre, les bloquistes vont voter contre lui. Les conservateurs sont du même avis. Ne reste que le NPD qui semble indécis sur la position à adopter.

Pour une fois depuis longtemps, ce qui se passe à Ottawa fascine, bouscule les canadiens et nous devons dès maintenant nous y préparer : Les élections arrivent.

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Photo Jordan Larochelle.
Par Jordan Larochelle

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