L'Outaouais, la mal-aimée

Publié le 19 November 2020 à 09h47
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

Je l’ai dit en 2018 et en 2019 lors des élections générales. L’Outaouais n’est pas le garde fonctionnaire d’Ottawa. L’Outaouais n’est pas une banlieue d’Ottawa. L’Outaouais n’est pas la région de la capitale, c’est une région administrative du Québec. Cette semaine, plusieurs choses m’ont fait lever de la chaise. D’une part, les propos ni queue ni tête des libéraux fédéraux et d’autre part les perversions haineuses de la lettre ouverte du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

Je vous le dis d’entrée de jeu, ce texte est purement et simplement d’opinion.

Premièrement, parlons de la langue française dans son ensemble. Selon madame Lambropoulos, députée du PLC dans Saint-Laurent, le recul du français au Québec est un mythe. Cette dernière s’est rapidement reprise en s’excusant sur Twitter, mais les dégâts sont dès lors faits et bien établis. Permettez-moi une brève histoire des Nations ici. La députée est d’origine grecque, du moins au sens familial. Cette Nation n’a jamais été indépendante depuis les conquêtes d’Alexandre III jusqu’à la chute de l’Empire ottoman. De ce fait, la langue parlée dans les différentes villes de la Grèce moderne est demeurée similaire à ce qui pouvait se dire et s’écrire il y a de cela 2200 ans. Pourquoi ? La réponse est relativement simple : le désir de survivre à la masse. Madame Lambropoulos, vos commentaires sont des moins pertinents et des plus égocentriques que j’ai vus depuis un bon moment. ΕΓΩ ΕΓΩ ΕΓΩ comme on le dit si bien. Les électeurs du Québec comptent ironiquement sur le PLC pour sauvegarder la langue maternelle du Canada. Soyez digne de confiance, mais surtout faites honneur aux vôtres.

Deuxièmement, rabattons ce propos à l’Outaouais. Je ne pense pas vous apprendre quoi que ce soit en disant que Gatineau est la quatrième ville en importance au Québec et qu’elle est directement reliée à la capitale fédérale. Cela dit, la région est nécessairement fonctionnaire, mais également l’une des plus bilingues du Québec. Pourtant, les élus locaux parviennent à vivre dans le déni, à certains égards que je ne situerai pas ici, dans une méchanceté des plus machiavélique envers l’électeur moyen. En ayant eu la conversation avec un bon ami anglophone de naissance et bien évidemment fédéraliste, je dois dire que ses points révèlent en quelque sorte un manque flagrant de sensibilisation (il est parfaitement bilingue). Pour ce dernier, il est nécessaire d’être bilingue pour avoir accès au monde, et ce n’est pas faux. Néanmoins, là où c’est nébuleux, c’est qu’il semble y avoir un malaise lorsqu’il vient le temps d’appliquer cette notion à la fédération canadienne. En Outaouais, les MRC les plus campagnardes sont loin, très loin d’être bilingue et ça se ressent dans les investissements. Prenons Maniwaki par exemple. Cette ville, car oui c’est une ville et personne ne me fera dire le contraire, manque cruellement d’investissements d’État, mais également de particulier malgré les incalculables richesses dans la Vallée-de-la-Gatineau. La peur ou simplement une négligence de volonté politique ? Seul le futur le dira, mais il est clair que le député provincial caquiste et le député fédéral libéral ne font pas le travail. Là où je veux en venir, c’est qu’il y a nettement plus d’argent chez les industries unilingues anglophones par le biais d’investisseurs privés provenant des États-Unis entre autres.

Troisièmement, prenez l’Université d’Ottawa et l’UQO (que j’ai fréquentée pendant un an et demi), deux universités qui n’ont malheureusement pas le droit de bénéficier du même traitement. L’une est multimillionnaire et l’autre est sous-financée. L’une des raisons est l’exode des cerveaux gatinois vers l’Ontario et plus précisément dans les domaines de la santé et de l’éducation. Pourtant, à l’UQO, à moindre prix, vous pouvez dès maintenant faire vos études en médecine (par l’entremise de McGill) ou avoir l’une des meilleures BAC en éducation du Québec, notamment en Communication. Il s’en découle l’acculturation de l’Outaouais, donc d’une anglicisation par le fait qu’il est impossible de fréquenter des établissements de santé et d’éducation si votre diplôme provient de la province voisine ou simplement d’une université anglophone du Québec.

Quatrièmement, et de façon plus détendue, je dois absolument faire une parenthèse sur les propos de la directrice du PLC au Québec. Encore une fois, cette dernière est revenue sur ses paroles. La cause du brouhaha ? Je cite le Devoir du 19 novembre 2020 : « Mme Craig avait indiqué sur Twitter en septembre dernier, selon une capture d’écran relayée par Québecor Média, que la loi 101 était “oppressive” et qu’elle aurait “gâché” l’éducation en langue anglaise au Québec. » Il est évident que cette loi fondamentale pour la survie de la langue française au Québec a gâché l’éducation de la minorité la plus choyée du Canada. Merci, madame Craig, pour ces rafraichissants propos. De façon moins ironique, monsieur Trudeau, s’il est sincère dans les allocutions, devrait, au nom de l’héritage de son père, faire un petit ménage pour le respect de la constitution et de la loi sur les langues officielles.

Finalement, j’en viens à la très belle lettre ouverte du maire de Gatineau. Cette lettre, au même titre que le rapport d’IRIS sur le sous-financement en Outaouais, remet les points sur les « i ». En somme, le maire a voulu exprimer sa frustration concernant le fait que l’Outaouais est une zone rouge de la Covid-19 depuis un certain moment. Selon lui, cela est dû à un manque effectif d’action politique. Autrement dit, et de façon plus ou moins directe, le maire accuse le règne libéral des 40 précédentes années en Outaouais d’être la cause du désarroi actuel. Je n’ai pas besoin de vous dire que je suis totalement d’accord avec ce dernier. Comme de fait, les élus libéraux se sont jetés sur l’hameçon en critiquant les mots de Pedneaud-Jobin. À mon avis, madame Gaudreault et monsieur Fortin ont simplement donné davantage de crédit au maire, prouvant du fait même leur inefficacité de pontife élu à perpétuité.

En conclusion, je désire réitérer le fait qu’il s’agit de mon opinion. Je tenais à affirmer mon soutien le plus distingué au maire et aux francophones de ma région natale. Je me souviendrai pour vous et pour nous.

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Photo Jonathan Carreiro-Benoit.
Par Jonathan Carreiro-Benoit

Co-Fondateur

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