L'OTAN ou la bipolarisation d'un monde

Publié le 13 January 2021 à 07h00
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

Outre la rose cardinale associée à l’OTAN depuis son adoption en 1953, un symbole mythique par son oubli commun est pourtant demeuré dans l’imaginaire collectif par l’action du président Eisenhower : le hérisson. En somme, les deux symboles prônent respectivement les deux visions de l’OTAN, d’une part pacifique, d’autre part militaire. Il faut remonter au 4 avril 1949 afin de voir naître cette alliance des moins conventionnelles pour donner suite à la montée des tensions avec l’URSS.

La naissance d’un colosse

En effet, les années post-guerres, par le biais de Londres et Washington, sont marquées d’une propagande géopolitique anti- « dictature socialiste » pour reprendre les termes du diplomate américain George Kennan. Du côté européen, il est primordial de ne pas répéter les erreurs de la Société des Nations (SDN). Certes, l’OTAN est en quelque sorte le prolongement de l’ONU dans une optique de défense collective au maintien de la paix. Pourtant, l’OTAN est l’aboutissement de tentative exceptionnel entamé en 1948 par la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Entre union et égo, les pays d’Europe cherchent ainsi à combler un manque sévère d’indépendance envers les Américains. Aux États-Unis, l’isolationnisme fait progressivement place à la bonne entente, l’Amérique répond favorable au traité de 1948, tout en signant définitivement le contrat le 4 avril de l’année suivante. Le texte constitutionnel de l’alliance est court, mais d’une clarté remarquable, notamment l’article 5 stipulant qu’une agression contre un pays membre est une agression contre tous.

La bipolarité d’un monde

L’alliance fait place en 1950 à l’organisation. Pour donner suite à la Guerre de Corée, les Américains vont intenter les procédurites de l’article 9 sur les alliés afin de pallier la menace soviétique. Entre 1950 et 1952, les Américains vont implanter le « SHAPE » et le « SACEUR ». Dans le premier cas, il s’agit d’un quartier général admis et administré par Eisenhower lui-même, soit le deuxième cas étant le commandement suprême des forces en Europe. Finalement, le tout sera bureaucratisé par le secrétariat international dirigé par un civil bien placé dans la hiérarchie du pouvoir. En fonction de l’accord de Washington, des membres supplémentaires peuvent intégrer l’organisation tels que la Grèce et la Turquie en 1952. Pourtant, toujours selon le texte constitutionnel, l’URSS aurait dû avoir accès à l’OTAN en 1954, mais se fait rejeter la candidature par le premier secrétaire général Lord Ismay. Pour ce qui est de la République fédérale d’Allemagne (RFA) en 1955, la France demeure hésitante à réallouer un budget militaire aux vaincus de la Guerre. Malgré de vaines tentatives de blocus, la RFA est incluse dans l’organisme sans autres difficultés. Il ne faut tout de même pas croire que l’URSS a un manque à gagner de la conclusion de Ismay. Les Soviétiques, et ce depuis 1945, travaillent d’arrachepied dans la formation d’un empire géopolitique, économique et certainement militaire. En 1955, le partenariat qui en nait est pratiquement un copié-collé des articles 5 et 9 de l’OTAN, mieux connu sous l’appellation de Pacte de Varsovie.

Blanc, noir ou gris?

La France, qui pendant une petite décennie demeure relativement hors ondes, intervient en 1966 en se retirant du commandement intégré et des structures militaires de l’organisme sous les ordres du président de la République Charles de Gaulle. Malgré une remise à niveau du « SHAPE » et une certaine amertume des alliés, la France conserve son siège au Conseil de l’Atlantique Nord faisant d’elle une alliée politique au détriment de la sécurité militaire. Sans omettre les quiproquos internes, certains, comme le ministre belge Pierre Harmel, prétendent qu’il est judicieux de mener l’OTAN sur un double front, soit un dialogue avec le bloc de l’Est et une défense accrue devant l’armement nucléaire de masse. Ainsi, vers la fin des années 1960, l’OTAN n’est plus simplement la représentation d’une paix forcée, mais bien la caractéristique première d’une Europe en changement. Cette « Détente » en demeure pas moins éphémère. Dès lors que l’URSS envahit l’Afghanistan en 1979, les tensions reprennent de plus belle entre les deux blocs. Ces tensions se retrouvent dans une nouvelle course à l’armement qui, en 1983, a mené le monde aux cloches de minuit, notamment au moment de l’exercice militaire « Able Archer ». Cette décadence sera que de courte durée alors que Gorbatchev devient le nouveau secrétaire général du Parti communiste en 1985, mettant fin du fait même à cette course à l’armement en 1987 avec le Traité sur les forces nucléaires intermédiaires. Avec la chute de l’URSS, l’OTAN doit obligatoirement se renouveler dans sa raison d’être.

L’avènement du XXIe siècle

Dès la moitié des années 1990, l’OTAN est à mal par la paix constante. Les pays membres délaissent l’armement, les fonds sont progressivement retirés et la bureaucratie est amoindrie. Ainsi, l’organisation se place comme seconde à l’ONU dans le maintien du dialogue international. De ce fait, les attentats du 11 septembre 2001 ont exacerbé cette nouvelle monture de l’OTAN. D’autres font entendre l’implication nécessaire de l’organisme dans l’invasion de l’Afghanistan en 2003. Pour ces raisons, ce qui devait faire de l’OTAN une organisation temporaire sur papier l’a rendu indispensable au bon fonctionnement des appareils étatiques mondiaux.

Source

Guillaume Lasconjarias, « La “défense du hérisson” : de la naissance de l’OTAN à l’intervention en Afghanistan (1949-2003), les évolutions d’une organisation de sécurité collective originale », dans Diplomatie, mars-avril 2020, numéro 103, page 40-43.

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Par Jonathan Carreiro-Benoit

Co-Fondateur

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