L’impact de Mohamed Ali sur le mouvement des droits civiques.

Dernière modification le 12 June 2021 à 07h23

Chaque année au mois de juin, nous nous rappelons le décès de Mohamed Ali, qui nous a quitté depuis le 3 juin 2016 à Scottsdale, en Arizona. Mohamed Ali fut un boxeur américain évoluant en catégorie poids lourds, considéré comme un des plus grands boxeurs de tous les temps. Il est devenu une icône culturelle pour la communauté afro-américaine et tous les descendants africains en général.

Le jour du décès de Mohamed Ali nous donne chaque année l’occasion de réfléchir à son impact sur la lutte pour la liberté, connue sous le nom de Mouvement pour les droits civiques.

Mohamed Ali était une figure centrale du mouvement des droits civiques. Son influence sur les organisateurs noirs qui formaient l’épine dorsale du mouvement était évidente. Ali avait réussi à séduire simultanément des personnes et des organisations qui n’étaient pas forcément d’accord sur le plan politique et plusieurs leaders de l’époque ont eu des mots très positifs sur son impact.

La place d’Ali dans l’ère des droits civiques est très remarquable, car il faisait partie de l’avant-garde de la lutte pour la liberté des Noirs. Ali a intégré dans ses opérations des stratégies, des tactiques et des visions du monde qui seront plus tard adoptées par des groupes beaucoup plus larges.

Avant que certaines organisations de la lutte des noirs ne commencent à intégrer des plates-formes économiques dans leurs programmes quotidiens, Ali avait créé une société de promotion appelée Main Bout Inc, qui allait tirer la majorité des revenus de ses défenses de titre et, pour la première fois, permettre aux Afro-Américains de bénéficier des revenus du championnat du monde des poids lourds, alors le prix le plus lucratif du sport.

Les militants qui mettaient tout en jeu, y compris leur vie, pouvaient s’identifier à Ali, qui avait risqué presque tout ce qu’il possédait lorsqu’il avait refusé d’être enrôlé dans la guerre du Viêt Nam.

Pour rappel, en mars 1966, le champion fait les gros titres dans le monde entier lorsqu’il refuse son incorporation dans les forces armées américaines, invoquant son droit constitutionnel de refuser le service en tant qu’objecteur de conscience. La guerre du Viêt Nam était encore soutenue par une majorité d’Américains à l’époque ; la décision d’Ali de s’y opposer a été extrêmement controversée, et il a été cloué au pilori par les politiciens et les médias qui l’ont traité de lâche et de traître. "Je n’ai rien contre les Vietcongs", explique Ali à propos de ses motivations. "Comment pourrais-je tirer sur ces pauvres gens ? Emmenez-moi juste en prison."

Ali n’agissait pas par peur, mais par la force de ses convictions, et il en a payé le prix fort. En mars 1967, il est déchu de son titre de champion poids lourd et, en juin de la même année, il est reconnu coupable d’évasion et condamné à cinq ans de prison. Il est effectivement interdit de boxe pendant trois ans et demi, privé de son passeport et incapable d’obtenir une licence pour boxer dans un quelconque État. Le fait de sacrifier les meilleures années de sa carrière lui a coûté des millions de dollars, l’a endetté et l’a conduit, des années plus tard, à combattre plus longtemps et à prendre sa retraite plus tard, absorbant des coups préjudiciables qui, selon beaucoup, ont conduit à la maladie de Parkinson dont il a souffert pendant les trois dernières décennies de sa vie.

La prise de position d’Ali a essentiellement donné le coup d’envoi du mouvement anti-guerre des années 60 et a contribué à encourager Martin Luther King à se prononcer contre le conflit au Vietnam en avril 1967.

Le fait d’agir selon sa conscience a fait d’Ali le modèle par excellence de l’athlète politiquement conscient, et son influence s’est fait sentir depuis Tommy Smith et John Carlos, qui ont levé leurs poings gantés de noir en signe de protestation sur le podium des Jeux Olympiques de 1968, jusqu’au défi lancé par le voltigeur Curt Flood en 1969 contre la clause de réserve du baseball, qui a finalement conduit à l’ère des agents libres.

Son courage reste une source d’inspiration pour tous les militants des droits civiques et ceux qui se battent pour une justice sociale.

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Photo Aimé auteur
Par Aimé Pingi

Collaborateur et président du CA de la Mosaïque culturelle

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Chaque année au mois de juin, nous nous rappelons le décès de Mohamed Ali, qui nous a quitté depuis le 3 juin 2016 à Scottsdale, en Arizona. Mohamed Ali fut un boxeur américain évoluant en catégorie poids lourds, considéré comme un des plus grands boxeurs de tous les temps. Il est devenu une icône culturelle pour la communauté afro-américaine et tous les descendants africains en général.

Le jour du décès de Mohamed Ali nous donne chaque année l’occasion de réfléchir à son impact sur la lutte pour la liberté, connue sous le nom de Mouvement pour les droits civiques.

Mohamed Ali était une figure centrale du mouvement des droits civiques. Son influence sur les organisateurs noirs qui formaient l’épine dorsale du mouvement était évidente. Ali avait réussi à séduire simultanément des personnes et des organisations qui n’étaient pas forcément d’accord sur le plan politique et plusieurs leaders de l’époque ont eu des mots très positifs sur son impact.

La place d’Ali dans l’ère des droits civiques est très remarquable, car il faisait partie de l’avant-garde de la lutte pour la liberté des Noirs. Ali a intégré dans ses opérations des stratégies, des tactiques et des visions du monde qui seront plus tard adoptées par des groupes beaucoup plus larges.

Avant que certaines organisations de la lutte des noirs ne commencent à intégrer des plates-formes économiques dans leurs programmes quotidiens, Ali avait créé une société de promotion appelée Main Bout Inc, qui allait tirer la majorité des revenus de ses défenses de titre et, pour la première fois, permettre aux Afro-Américains de bénéficier des revenus du championnat du monde des poids lourds, alors le prix le plus lucratif du sport.

Les militants qui mettaient tout en jeu, y compris leur vie, pouvaient s’identifier à Ali, qui avait risqué presque tout ce qu’il possédait lorsqu’il avait refusé d’être enrôlé dans la guerre du Viêt Nam.

Pour rappel, en mars 1966, le champion fait les gros titres dans le monde entier lorsqu’il refuse son incorporation dans les forces armées américaines, invoquant son droit constitutionnel de refuser le service en tant qu’objecteur de conscience. La guerre du Viêt Nam était encore soutenue par une majorité d’Américains à l’époque ; la décision d’Ali de s’y opposer a été extrêmement controversée, et il a été cloué au pilori par les politiciens et les médias qui l’ont traité de lâche et de traître. "Je n’ai rien contre les Vietcongs", explique Ali à propos de ses motivations. "Comment pourrais-je tirer sur ces pauvres gens ? Emmenez-moi juste en prison."

Ali n’agissait pas par peur, mais par la force de ses convictions, et il en a payé le prix fort. En mars 1967, il est déchu de son titre de champion poids lourd et, en juin de la même année, il est reconnu coupable d’évasion et condamné à cinq ans de prison. Il est effectivement interdit de boxe pendant trois ans et demi, privé de son passeport et incapable d’obtenir une licence pour boxer dans un quelconque État. Le fait de sacrifier les meilleures années de sa carrière lui a coûté des millions de dollars, l’a endetté et l’a conduit, des années plus tard, à combattre plus longtemps et à prendre sa retraite plus tard, absorbant des coups préjudiciables qui, selon beaucoup, ont conduit à la maladie de Parkinson dont il a souffert pendant les trois dernières décennies de sa vie.

La prise de position d’Ali a essentiellement donné le coup d’envoi du mouvement anti-guerre des années 60 et a contribué à encourager Martin Luther King à se prononcer contre le conflit au Vietnam en avril 1967.

Le fait d’agir selon sa conscience a fait d’Ali le modèle par excellence de l’athlète politiquement conscient, et son influence s’est fait sentir depuis Tommy Smith et John Carlos, qui ont levé leurs poings gantés de noir en signe de protestation sur le podium des Jeux Olympiques de 1968, jusqu’au défi lancé par le voltigeur Curt Flood en 1969 contre la clause de réserve du baseball, qui a finalement conduit à l’ère des agents libres.

Son courage reste une source d’inspiration pour tous les militants des droits civiques et ceux qui se battent pour une justice sociale.

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