Retour sur une période de radicalisation

Publié le 16 January 2021 à 04h14
Justin

Il y a environ deux ans et demi, je faisais le choix d’arrêter de manger de la viande. Tel un bon représentant de la génération Z, je me suis joint à des groupes Facebook rassemblant des membres ayant le végétarisme ou le véganisme comme pratique alimentaire. Rapidement, j’ai été converti à l’idéologie végane, oubliant par moments l’importance des nuances. Ce texte plutôt personnel revisite cette partie de ma vie, où un adolescent est tombé dans le piège le plus dangereux des réseaux sociaux.

Tout d’abord, je dois préciser que, malgré la critique du mouvement végane que je m’apprête à faire, je respecte encore à ce jour ma conviction initiale de ne plus manger de viande. Sans m’éterniser sur les motifs de ce choix alimentaire, je résumerai la chose en disant que je ne veux pas contribuer à la souffrance animale, plus que présente dans les abattoirs, et que je pense qu’il est possible d’être en meilleure santé en ne consommant pas de viande. Cela étant dit, ces arguments ne suffiraient pas à un militant végane essayant de me convertir. Il me dirait qu’il faut suivre la logique jusqu’au bout et éliminer toute consommation de produits animaux. D’ailleurs, le groupe Facebook le plus populaire pour défendre cette cause, « Végane Montréal », a souvent eu des conflits de ce genre, où les administrateurs devaient ramener à l’ordre les membres les plus radicaux, qui en insultaient d’autres puisque ceux-ci buvaient encore du lait, ou achetaient du miel…

Plusieurs joignent ce groupe Facebook pour poser des questions, pour découvrir des recettes ou pour rencontrer d’autres végétariens/végétaliens. Or, ce groupe ne propose que très rarement du contenu aussi léger, il présente davantage des pétitions à signer ou des personnalités publiques à renier puisqu’elles ont été aperçues en train de manger de la viande ou du fromage. Parfois, certains membres publient des memes attaquants les « carnistes », ces mangeurs de viande, allant même jusqu’à célébrer leurs cancers imminents. Au printemps dernier, plusieurs célébraient une éclosion de COVID-19 dans une usine de Olymel, entraînant sa fermeture. Bref, cet environnement malsain force les végétariens à quitter le groupe, pour se défaire de cette pression qui les transforme en pécheurs, ou à adhérer totalement au véganisme, pour faire partie des consommateurs vertueux.

À la manière d’un complotiste doutant du coronavirus, j’ai commencé à assister à plusieurs évènements servant l’idéologie. Le véganisme s’apparente parfois à une secte qui aspire à endoctriner les gens. Ainsi, dans ces évènements, les militants tiennent des pancartes à slogan ou des écrans montrant de la maltraitance animale, dans le but de culpabiliser le pauvre piéton qui se balade dans le Vieux-Montréal. Tout cela est fait dans une optique de conversion du plus grand nombre au véganisme. Aux passants qui osent venir débattre avec les montreurs de slogans, on leur répond avec une rhétorique fanatique qui ne présente aucune nuance et qui cherche à faire comprendre au mangeur de viande qu’il est responsable de la mort de milliers d’animaux. Les organisateurs de ces évènements sont, pour la plupart, des anglophones qui, au début des rencontres, prononcent leurs discours en anglais en premier, puis glissent quelques mots en français pour satisfaire les militants francophones. À la fin de ces regroupements, les militants se félicitent d’avoir éduqué la population, d’avoir diffusé la vérité et servi la justice. Ce sont de vrais social justice warriors.

Finalement, ce qui m’a mené à abandonner le véganisme pour m’en tenir au végétarisme, c’est la multiplication des interdits alimentaires dans ce mouvement idéologique. Même s’il s’agit de produits végétaux, l’huile de palme serait responsable de la coupe des arbres hébergeant des singes, les noix de cajou exploiteraient des travailleuses en Inde, les avocats seraient le produit de puissants cartels mexicains, etc. Plus de la moitié des produits en épicerie seraient liés au mal de quelque manière. C’est cet extrémisme qui m’a ramené sur Terre en me disant qu’il était impossible de mener une telle vie, à toujours se soucier des ingrédients possiblement maléfiques dans notre nourriture. Il faut aussi mentionner que le groupe Facebook que je mentionnais plus tôt incarne souvent cette gauche woke, soit en demandant des recommandations de livres antispécistes écrits par tout sauf des hommes blancs, soit en se révoltant par le fait que des abattoirs engagent des immigrants, ces derniers risquant de se blesser au travail…

Bien évidemment, tous les véganes ne sont pas à mettre dans le même panier, et la plupart adoptent cette alimentation pour des convictions personnelles très louables. Cependant, lorsqu’ils ressentent le besoin de dénigrer les « dissidents », je décroche. Quand je repense à cette période de ma vie, je compatis pour ces individus qui se radicalisent par les médias sociaux. Je comprends que le phénomène d’entre-soi est dangereux pour la démocratie, l’actualité nous en a donné la preuve récemment…

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Justin
Par Justin Lachapelle

Collaborateur

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