En parler pour avancer

Dernière modification le 25 March 2021 à 09h05

Déjà la moitié du mois de l’histoire des noirs est écoulée et le calendrier d’évènements et de célébrations prévus pour sensibiliser autrui à la problématique du racisme systémique et discrimination et de profilage racial poursuit son cours à travers le Québec. Force est de constater que l’édition 2021 semble beaucoup plus populaire ici chez nous comparé aux années précédentes.

Le décès de George Floyd aux USA en mai 2020, la grande manifestation organisée par la ligue des noirs 2.0 à Montréal en juin 2020, et l’arrestation et détention dans une voiture de police du SPVM de Me Kwado D. Yeboah devant sa fille le 1er février 2021 sont des événements qui ont contribués à rendre l’édition 2021 du Mois de l’histoire des noirs plus populaire, même auprès des médias plus conservateurs. Toutefois, l’arrestation, la détention en prison pendant 6 jours et le traitement infligé à Mamadou Camara par les policiers du SPVM ont retenu l’attention de tous les Québécois.

La mairesse de la ville de Montréal, Valérie Plante, en juin 2020 a publiquement reconnu la présence du racisme systémique dans sa ville et a créé, pour la première fois au Québec, un poste de commissaire pour lutter contre cet enjeu de société, poste occupée par la géographe Bochra Manaï, membre de la communauté maghrébine de Montréal. Même si certains acteurs de la communauté noire Montréalaise pensent que c’était une opportunité manquée par la mairesse de nommer une personne issue de la communauté noire à un rôle majeur et symbolique à la ville de Montréal, cette prise de position a redonné espoir à celle-ci, souvent marginalisée et discriminée dans le processus d’embauche et d’acquisition de logement dans la métropole. Cette prise de position aurait-elle aussi contribué à la popularité de l’édition 2021 ? Je pense que oui.

Auparavant, le Mois de l’histoire des noirs et les grandes conversations sur l’enjeu de racisme et de discrimination au Québec semblaient être un problème ne concernant que la ville de Montréal, mais pour la première fois dans son histoire, la ville de Rouyn-Noranda a ajouté sa voix à celle des autres pour dénoncer l’existence de ce fléau sur son territoire et a célébré l’apport des citoyens issus de la communauté noire contribuant au rayonnement de Rouyn-Noranda. Elle souligne avoir mis en place un comité qui a un mandat de sensibilisation au racisme et à la discrimination et rassure que l’inclusion et l’acceptation sont au centre de ses préoccupations.

Au vu de tout ça, je peux dire que je suis fière du Québec d’aujourd’hui. En dix ans de vie au Québec, je peux dire que du travail a été accompli. Au cégep, je n’avais jamais entendu parler du mois de l’histoire des noirs; nous étions deux noirs dans mon quartier et dans le bus pour l’école. Dans la plupart de mes cours, j’étais la seule. Je n’ai eu aucun enseignant noir et dans mon programme d’étude, aucun enseignant n’était noir. Mon père, cumulant un plus grand nombre d’années de vie au Québec que moi, a vécu la même expérience. Dès son arrivée au Québec, il est retourné aux études, car ses diplômes internationaux n’étaient pas reconnus. Il travaille actuellement dans le secteur public et je peux dire qu’il fait face au plafond de verre. Ça fait quelques années maintenant qu’il se fait promettre un poste de cadre supérieur. Mon père a obtenu un baccalauréat par cumul de certificat à la Polytechnique de Montréal, est allé décrocher un Master en gestion de projet au HEC.

Pendant dix années, mon père a sacrifié des moments en famille pour se démarquer au travail par sa disponibilité, sa loyauté, son assiduité, est retourné aux études pour acquérir des connaissances et cumule dix années d’expérience, mais ce n’est pas assez croit-on. Il a vu passer des employés qu’il a lui-même formés et cumulant moins d’années d’expérience obtenir le poste de cadre supérieur. Tout sagement, sans se plaindre, il attend son tour… Est-ce la meilleure chose à faire se demanderait-on. Peut-être devrait-il demander à rencontrer les ressources humaines? La direction? Ce sont toutes de bonnes tentatives pour comprendre pourquoi il stagne pendant que d’autres avec moins d’expérience et un nom de famille moins « étranger » avancent.

Pour ma part, je me suis beaucoup questionnée sur cet enjeu : est-ce que le système québécois est raciste et discriminatoire? Est-ce que ce sont les processus institutionnels qui sont discriminatoires? Ou alors est-ce que les personnes occupants les postes de pouvoir sont racistes? Je me suis aussi questionnée sur le pourquoi la grande majorité de sociétés d’État québécoises n’applique pas le programme d’accès et d’équité en emploi (PAÉE) ? Quelles imputabilités la Loi prévoit pour celles qui ne s’y adonnent pas?

Je crois que les personnes aux postes de pouvoir n’ont pas toujours la volonté ni l’ouverture d’esprit d’être inclusif. Je crois que beaucoup ont la crainte du nouveau, de l’immigrant venu d’ailleurs, même si celui-ci a fait son processus d’intégration comme prescrit. Manque de confiance ? Trop de méfiance ? Je pense que les biais inconscients influencent les décideurs quand vient le temps de recruter, grader, nommer ou louer un logement.

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Par Christina Eyangos

Collaboratrice

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Dernière modification le 25 March 2021 à 09h05

Déjà la moitié du mois de l’histoire des noirs est écoulée et le calendrier d’évènements et de célébrations prévus pour sensibiliser autrui à la problématique du racisme systémique et discrimination et de profilage racial poursuit son cours à travers le Québec. Force est de constater que l’édition 2021 semble beaucoup plus populaire ici chez nous comparé aux années précédentes.

Le décès de George Floyd aux USA en mai 2020, la grande manifestation organisée par la ligue des noirs 2.0 à Montréal en juin 2020, et l’arrestation et détention dans une voiture de police du SPVM de Me Kwado D. Yeboah devant sa fille le 1er février 2021 sont des événements qui ont contribués à rendre l’édition 2021 du Mois de l’histoire des noirs plus populaire, même auprès des médias plus conservateurs. Toutefois, l’arrestation, la détention en prison pendant 6 jours et le traitement infligé à Mamadou Camara par les policiers du SPVM ont retenu l’attention de tous les Québécois.

La mairesse de la ville de Montréal, Valérie Plante, en juin 2020 a publiquement reconnu la présence du racisme systémique dans sa ville et a créé, pour la première fois au Québec, un poste de commissaire pour lutter contre cet enjeu de société, poste occupée par la géographe Bochra Manaï, membre de la communauté maghrébine de Montréal. Même si certains acteurs de la communauté noire Montréalaise pensent que c’était une opportunité manquée par la mairesse de nommer une personne issue de la communauté noire à un rôle majeur et symbolique à la ville de Montréal, cette prise de position a redonné espoir à celle-ci, souvent marginalisée et discriminée dans le processus d’embauche et d’acquisition de logement dans la métropole. Cette prise de position aurait-elle aussi contribué à la popularité de l’édition 2021 ? Je pense que oui.

Auparavant, le Mois de l’histoire des noirs et les grandes conversations sur l’enjeu de racisme et de discrimination au Québec semblaient être un problème ne concernant que la ville de Montréal, mais pour la première fois dans son histoire, la ville de Rouyn-Noranda a ajouté sa voix à celle des autres pour dénoncer l’existence de ce fléau sur son territoire et a célébré l’apport des citoyens issus de la communauté noire contribuant au rayonnement de Rouyn-Noranda. Elle souligne avoir mis en place un comité qui a un mandat de sensibilisation au racisme et à la discrimination et rassure que l’inclusion et l’acceptation sont au centre de ses préoccupations.

Au vu de tout ça, je peux dire que je suis fière du Québec d’aujourd’hui. En dix ans de vie au Québec, je peux dire que du travail a été accompli. Au cégep, je n’avais jamais entendu parler du mois de l’histoire des noirs; nous étions deux noirs dans mon quartier et dans le bus pour l’école. Dans la plupart de mes cours, j’étais la seule. Je n’ai eu aucun enseignant noir et dans mon programme d’étude, aucun enseignant n’était noir. Mon père, cumulant un plus grand nombre d’années de vie au Québec que moi, a vécu la même expérience. Dès son arrivée au Québec, il est retourné aux études, car ses diplômes internationaux n’étaient pas reconnus. Il travaille actuellement dans le secteur public et je peux dire qu’il fait face au plafond de verre. Ça fait quelques années maintenant qu’il se fait promettre un poste de cadre supérieur. Mon père a obtenu un baccalauréat par cumul de certificat à la Polytechnique de Montréal, est allé décrocher un Master en gestion de projet au HEC.

Pendant dix années, mon père a sacrifié des moments en famille pour se démarquer au travail par sa disponibilité, sa loyauté, son assiduité, est retourné aux études pour acquérir des connaissances et cumule dix années d’expérience, mais ce n’est pas assez croit-on. Il a vu passer des employés qu’il a lui-même formés et cumulant moins d’années d’expérience obtenir le poste de cadre supérieur. Tout sagement, sans se plaindre, il attend son tour… Est-ce la meilleure chose à faire se demanderait-on. Peut-être devrait-il demander à rencontrer les ressources humaines? La direction? Ce sont toutes de bonnes tentatives pour comprendre pourquoi il stagne pendant que d’autres avec moins d’expérience et un nom de famille moins « étranger » avancent.

Pour ma part, je me suis beaucoup questionnée sur cet enjeu : est-ce que le système québécois est raciste et discriminatoire? Est-ce que ce sont les processus institutionnels qui sont discriminatoires? Ou alors est-ce que les personnes occupants les postes de pouvoir sont racistes? Je me suis aussi questionnée sur le pourquoi la grande majorité de sociétés d’État québécoises n’applique pas le programme d’accès et d’équité en emploi (PAÉE) ? Quelles imputabilités la Loi prévoit pour celles qui ne s’y adonnent pas?

Je crois que les personnes aux postes de pouvoir n’ont pas toujours la volonté ni l’ouverture d’esprit d’être inclusif. Je crois que beaucoup ont la crainte du nouveau, de l’immigrant venu d’ailleurs, même si celui-ci a fait son processus d’intégration comme prescrit. Manque de confiance ? Trop de méfiance ? Je pense que les biais inconscients influencent les décideurs quand vient le temps de recruter, grader, nommer ou louer un logement.

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