Protéger les services sociaux

Dernière modification le 25 March 2021 à 08h29

La commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, doit remettre son rapport final le 30 avril prochain, mais Madame Laurent a recommandé au gouvernement de créer et nominer un (e) candidat (e ) à la de direction nationale pour la protection de la jeunesse, avant cette date butoir. Le gouvernement a suivi la recommandation en nommant madame Catherine Lemay au poste historique.

Ce rapport très attendu, viendra à la suite de nombreuses consultations tenues de 2019 à 2020 avec les parties prenantes du système des services sociaux et comprendra des recommandations qui aideront à améliorer le système des services sociaux et alléger les charges des travailleurs et travailleuses sur le terrain.

Je rappelle que cette commission a été mandatée après la médiatisation du décès d’une petite fille à Granby et quelques autres dossiers de négligence qui ont aussi eu des conséquences tragiques pour des familles. Les services sociaux et la direction de la protection à la jeunesse (DPJ) se sont vu pointer du doigt et la population exigeait des réponses et surtout, un responsable.

Mon expérience professionnelle comme intervenante communautaire dans un organisme montréalais m’a permis de travailler de très près avec les travailleurs et travailleuses du réseau. Je peux témoigner de certaines choses que j’ai vues et vécues sur le terrain lors des interventions en milieu scolaire et dans les maisons. Je peux dire que la recommandation de Madame Laurent de créer un poste unique et d’avoir une personne directement responsable du réseau et de ses travailleurs est bien accueillie. La féministe en moi est encore plus heureuse de voir une femme y siéger.

Une des raisons majeures pour lesquelles ce rapport est très attendu est que plusieurs, et je m’inclus, sont impatients de voir les autres recommandations. Comment contrer le problème du manque de ressource humaine ? Comment supporter les travailleurs sociaux qui font un travail incroyable avec souvent très peu de ressources ?

Une autre des raisons pour lesquelles j’attends particulièrement ce rapport est pour voir, si parmi les recommandations, se trouveront des actions concrètes et adaptées pour les interventions concernant les enfants noirs qui sont surreprésentés dans le système. Madame Laurent a témoigné en entrevue que : « La loi de la protection de la jeunesse est devenue une loi d’instrumentalisation raciste ». À Montréal, les enfants noirs comptent pour 14,5% de la population de 17 ans et moins, or ils représentent 29,6% dans le système institutionnel de la DPJ.

Je ne parle pas ici de traitement de faveur, ou de traitement particulier, mais plutôt d’adaptations culturelles dans l’approche et l’intervention des travailleurs et travailleuses assignés aux dossiers touchant les familles noires. Je parle de personnes qui ont acquis des bases de connaissances sur les différentes cultures soit par leurs vécus ou par leur appartenance à un groupe culturel ou ethnique. Il faut comprendre et ne pas négliger le fait qu’aucune autre communauté culturelle n’a des taux de signalisation aussi élevés que ceux des communautés noires. Pour combattre le racisme institutionnel présent, ça prendrait, selon moi, une modification des critères de signalement, mais aussi d’impliquer les organismes communautaires de quartier dans le plan d’intervention. Par exemple, dans certains dossiers des familles noires sur lesquels j’ai travaillé, il y a eu intervention non utile et prématurée du SPVM. Je pourrais vous nommer plusieurs autres cas ou le signalement était tout aussi non pertinent et carrément évitable.

Je souhaite que le ministre Lionel Carmant mette à la disposition de Madame Lemay toutes les ressources possibles pour ce gros mandat qu’est de redonner de la dignité aux services sociaux. Une travailleuse sociale ou une intervenante sociale est toute aussi importante pour l’effervescence du Québec qu’une infirmière ou une préposée aux bénéficiaires. Une travailleuse ou intervenante sociale contribue à l’accomplissement émotionnel et psychologique et a un impact direct sur le sort des enfants, adolescents et futurs adultes qui entrent dans le système.

J’aimerais beaucoup voir Lionel Carmant auprès du premier ministre François Legault parler d’investissement et de valorisation du métier d’intervenant social comme on entend Monsieur Legault et le ministre Christian Dubé parler de protéger le système de santé, d’offrir de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires aux préposés et de rendre la profession attrayante. Ce sont aussi des « anges gardiens » et ils ont aussi été présents sur le terrain tout au long de la crise. Protégez les services sociaux.

Partager l'article

Par Christina Eyangos

Collaboratrice

Abonnement à l'infolettre

Pour ne rien manquer de la part de notre équipe de la rédaction. Inscrivez-vous à notre infolettre.

Protéger les services sociaux

Dernière modification le 25 March 2021 à 08h29

La commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, doit remettre son rapport final le 30 avril prochain, mais Madame Laurent a recommandé au gouvernement de créer et nominer un (e) candidat (e ) à la de direction nationale pour la protection de la jeunesse, avant cette date butoir. Le gouvernement a suivi la recommandation en nommant madame Catherine Lemay au poste historique.

Ce rapport très attendu, viendra à la suite de nombreuses consultations tenues de 2019 à 2020 avec les parties prenantes du système des services sociaux et comprendra des recommandations qui aideront à améliorer le système des services sociaux et alléger les charges des travailleurs et travailleuses sur le terrain.

Je rappelle que cette commission a été mandatée après la médiatisation du décès d’une petite fille à Granby et quelques autres dossiers de négligence qui ont aussi eu des conséquences tragiques pour des familles. Les services sociaux et la direction de la protection à la jeunesse (DPJ) se sont vu pointer du doigt et la population exigeait des réponses et surtout, un responsable.

Mon expérience professionnelle comme intervenante communautaire dans un organisme montréalais m’a permis de travailler de très près avec les travailleurs et travailleuses du réseau. Je peux témoigner de certaines choses que j’ai vues et vécues sur le terrain lors des interventions en milieu scolaire et dans les maisons. Je peux dire que la recommandation de Madame Laurent de créer un poste unique et d’avoir une personne directement responsable du réseau et de ses travailleurs est bien accueillie. La féministe en moi est encore plus heureuse de voir une femme y siéger.

Une des raisons majeures pour lesquelles ce rapport est très attendu est que plusieurs, et je m’inclus, sont impatients de voir les autres recommandations. Comment contrer le problème du manque de ressource humaine ? Comment supporter les travailleurs sociaux qui font un travail incroyable avec souvent très peu de ressources ?

Une autre des raisons pour lesquelles j’attends particulièrement ce rapport est pour voir, si parmi les recommandations, se trouveront des actions concrètes et adaptées pour les interventions concernant les enfants noirs qui sont surreprésentés dans le système. Madame Laurent a témoigné en entrevue que : « La loi de la protection de la jeunesse est devenue une loi d’instrumentalisation raciste ». À Montréal, les enfants noirs comptent pour 14,5% de la population de 17 ans et moins, or ils représentent 29,6% dans le système institutionnel de la DPJ.

Je ne parle pas ici de traitement de faveur, ou de traitement particulier, mais plutôt d’adaptations culturelles dans l’approche et l’intervention des travailleurs et travailleuses assignés aux dossiers touchant les familles noires. Je parle de personnes qui ont acquis des bases de connaissances sur les différentes cultures soit par leurs vécus ou par leur appartenance à un groupe culturel ou ethnique. Il faut comprendre et ne pas négliger le fait qu’aucune autre communauté culturelle n’a des taux de signalisation aussi élevés que ceux des communautés noires. Pour combattre le racisme institutionnel présent, ça prendrait, selon moi, une modification des critères de signalement, mais aussi d’impliquer les organismes communautaires de quartier dans le plan d’intervention. Par exemple, dans certains dossiers des familles noires sur lesquels j’ai travaillé, il y a eu intervention non utile et prématurée du SPVM. Je pourrais vous nommer plusieurs autres cas ou le signalement était tout aussi non pertinent et carrément évitable.

Je souhaite que le ministre Lionel Carmant mette à la disposition de Madame Lemay toutes les ressources possibles pour ce gros mandat qu’est de redonner de la dignité aux services sociaux. Une travailleuse sociale ou une intervenante sociale est toute aussi importante pour l’effervescence du Québec qu’une infirmière ou une préposée aux bénéficiaires. Une travailleuse ou intervenante sociale contribue à l’accomplissement émotionnel et psychologique et a un impact direct sur le sort des enfants, adolescents et futurs adultes qui entrent dans le système.

J’aimerais beaucoup voir Lionel Carmant auprès du premier ministre François Legault parler d’investissement et de valorisation du métier d’intervenant social comme on entend Monsieur Legault et le ministre Christian Dubé parler de protéger le système de santé, d’offrir de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires aux préposés et de rendre la profession attrayante. Ce sont aussi des « anges gardiens » et ils ont aussi été présents sur le terrain tout au long de la crise. Protégez les services sociaux.

Partager l'article

Par Christina Eyangos

Collaboratrice

Abonnement à l'infolettre

Pour ne rien manquer de la part de notre équipe de la rédaction. Inscrivez-vous à notre infolettre.