Faire preuve de courage

Dernière modification le 16 April 2021 à 10h54
Photo Samuel Lamarche.

Depuis plusieurs années maintenant, les jeunes péquistes demandent aux instances et aux différents chefs d’instaurer la loi 101 aux Cégeps. Ils se sont fait fermer la porte à chaque fois, les instances et les chefs étant trop frileux, n’étant pas prêts à admettre l’échec de la loi 101.

Or, il semblerait que cette proposition récurrente des jeunes péquistes puisse enfin être acceptée. Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, le chef du PQ s’est montré ouvert à la discussion avant de confirmer son appui le lendemain sur les ondes de LCN. Un appui de taille pour les jeunes péquistes et les partisans de cette proposition. Il sera intéressant de voir si d'autres membres de la députation se joindront à lui, mais mon petit doigt me dit que sur un tel enjeu, la cohésion sera de la partie.

Il s’est d’ailleurs montré d’une certaine humilité sur la question en disant qu’il est important d’écouter les jeunes sur la question, surtout considérant qu’il est sorti du milieu collégial depuis maintenant 25 ans. « Je ne sais pas ce qui se passe autant qu’eux, si nos jeunes nous disent on a besoin de cette mesure à court terme c’est urgent. […] c’est clair qu’on va tendre l’oreille à ce que nos jeunes vont dire. »

L’indépendance reste la seule solution pour le français.

Évidemment, pour le chef du PQ et les jeunes péquistes, la seule véritable solution pour la survie, mais aussi l’épanouissement du français au Québec demeure l’indépendance. Toutefois, il ne faut pas regarder la situation avec des lunettes roses. L’indépendance n’est pas dans la ligne de mire à court terme, mais le déclin du français se déroule sous nos yeux, et ce depuis plusieurs années. Ce déclin, digne héritage des années libérales, des coupures à nos services de francisation, mais aussi de la propagande fédérale entourant les langues officielles, le multiculturalisme et une hausse constante de l’immigration condamne la langue française à devenir folklorique.

En attendant l’indépendance, que faire?

Je crois qu’il faut s’attaquer au déclin du français avec pragmatisme et réalisme. Il ne faut pas avoir peur des mots et dire les choses comme elles sont. D’où vient ce déclin du français, quelles sont les causes derrière la chute de notre langue commune?

Il est indéniable que l’immigration joue un rôle fondamental dans ce déclin. Que ce soit par sa quantité, son intégration, sa francisation et sa répartition, l’immigration ne doit plus être une vache sacrée au Québec et se positionner en faveur d’une baisse des seuils ne doit plus être pêché mortel. Non seulement le Québec accueille trop d’immigrants pour sa capacité d’intégration, mais il accueille une trop grande proportion d’anglophone et d’allophone. C’est en partie en raison de nos critères de sélection, mais aussi parce que nous ne contrôlons pas nos frontières, notre immigration et la citoyenneté.

Ce faisant, le fameux transfert linguistique des allophones et des nouveaux arrivants se fait largement vers l’anglais. C’est mathématique, c’est logique, mais c’est aussi un calcul politique maîtrisé et instrumentalisé par les fédéraux. Ce n’est pas un hasard que le Canada augmente sans cesse le nombre de ses immigrants, car il force ainsi la main du Québec. D’un côté, le Québec augmente ses seuils et conserve son avantage démographique déjà déclinant au sein du Canada, mais en sacrifiant la protection du français, l’intégration économique, sociale et linguistique de ses nouveaux arrivants. De l’autre, le Québec réduit ses seuils, préserve mieux sa langue, intègre mieux ses immigrants à la nation québécoise, mais perd de l’influence au sein de la fédération.

C’est une question épineuse, car la démographie est le nerf de la guerre. Le déclin démographique des francophones à l’extérieur du Québec s’est toujours soldé par une assimilation ou une disparition presque totale. D’un autre côté, la nation québécoise s’est construite autour de sa spécificité française et un désir de survie de sa langue et sa culture à travers les âges.

Mettre nos énergies au bon endroit.

Si la loi 101 aux Cégeps est une bonne chose, il n’en demeure pas moins que la situation du français au Québec exige du courage politique. Nous n’avons pas le luxe, ni les moyens de céder face aux pressions du politiquement correct, des fédéraux et des apôtres du multiculturalisme. Il faut être prêt à faire face à la musique lorsqu’il est question de notre langue et sa protection, lorsqu’il est question de notre nation et son avenir.

Bien plus que le nombre, il faut s’attaquer à plusieurs enjeux entourant l’immigration et la citoyenneté. Tout d’abord, ce n’est pas un hasard si les nouveaux arrivants se sont concentrés massivement dans la métropole et Laval. Les Libéraux ont su utiliser ces années au pouvoir pour se construire une muraille rouge impossible à franchir. Le vote anglophone et allophone votant en bloc pour eux, il est simplement mathématique qu’après un certain seuil, la division du vote francophone ouvre la porte à une domination outrageuse du PLQ dans ces comtés.

Une fois que cette question de la répartition des nouveaux arrivants est soulevée, nous en revenons à un autre problème très logique. Pour qu’un allophone fasse le transfert linguistique vers le français, il doit en ressentir le besoin. Si l’anglais est la langue la plus utile pour lui, il choisir cette dernière, c’est parfaitement logique et nous ferions tous la même chose. Blâmer les individus pour une faillite du système est malsain, mais surtout malhonnête. Il faut faire en sorte que le français soit la langue du travail au Québec et cesser l’obligation du bilinguisme à sens unique favorisant l’anglicisation de la métropole et ses environs. Il faut donc répartir les immigrants dans les régions pour des raisons économiques, sociales, linguistiques, mais aussi politiques.

En effet, tant que le Québec sera dans le Canada, il sera soumis à la doctrine multiculturaliste favorisant la déconstruction de l’identité nationale et commune au profit d’un individualisme et d’un collectivisme revendicateur. Les citoyens deviennent des groupes de revendications, des consommateurs politiques plutôt que des citoyens rattachés à la nation. En répartissant mieux les nouveaux arrivants et en diminuant leur nombre, il est beaucoup plus facile d’inclure ces derniers et d’éviter que le premier réflexe humain devant l’inconnu : chercher quelque chose que nous connaissons ne devienne la norme et une constante.

En somme, il est de bon augure que la question linguistique soit de retour au-devant de la scène politique. Il est encore plus agréable que cette nouvelle offensive provienne des jeunes, alors qu’on ne cesse de répéter que la question linguistique est un débat d’une autre génération. Toutefois, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin, remettons le multiculturalisme en question, remettons le consensus du toujours plus d’immigration en question, remettons la question nationale de l’avant sans honte, sans sentiment de culpabilité. Notre désir d’exister, d’être libre et de se gouverner n’a rien de honteux, bien au contraire. C’est la quête de la normalité, la fin des éternelles chicanes avec Ottawa. C’est la plus belle remontée que nous puissions faire après 261 ans de survie, pourquoi pas 500 ans de prospérité et de liberté?

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Par Samuel Lamarche

Animateur et rédacteur en chef

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Depuis plusieurs années maintenant, les jeunes péquistes demandent aux instances et aux différents chefs d’instaurer la loi 101 aux Cégeps. Ils se sont fait fermer la porte à chaque fois, les instances et les chefs étant trop frileux, n’étant pas prêts à admettre l’échec de la loi 101.

Or, il semblerait que cette proposition récurrente des jeunes péquistes puisse enfin être acceptée. Lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, le chef du PQ s’est montré ouvert à la discussion avant de confirmer son appui le lendemain sur les ondes de LCN. Un appui de taille pour les jeunes péquistes et les partisans de cette proposition. Il sera intéressant de voir si d'autres membres de la députation se joindront à lui, mais mon petit doigt me dit que sur un tel enjeu, la cohésion sera de la partie.

Il s’est d’ailleurs montré d’une certaine humilité sur la question en disant qu’il est important d’écouter les jeunes sur la question, surtout considérant qu’il est sorti du milieu collégial depuis maintenant 25 ans. « Je ne sais pas ce qui se passe autant qu’eux, si nos jeunes nous disent on a besoin de cette mesure à court terme c’est urgent. […] c’est clair qu’on va tendre l’oreille à ce que nos jeunes vont dire. »

L’indépendance reste la seule solution pour le français.

Évidemment, pour le chef du PQ et les jeunes péquistes, la seule véritable solution pour la survie, mais aussi l’épanouissement du français au Québec demeure l’indépendance. Toutefois, il ne faut pas regarder la situation avec des lunettes roses. L’indépendance n’est pas dans la ligne de mire à court terme, mais le déclin du français se déroule sous nos yeux, et ce depuis plusieurs années. Ce déclin, digne héritage des années libérales, des coupures à nos services de francisation, mais aussi de la propagande fédérale entourant les langues officielles, le multiculturalisme et une hausse constante de l’immigration condamne la langue française à devenir folklorique.

En attendant l’indépendance, que faire?

Je crois qu’il faut s’attaquer au déclin du français avec pragmatisme et réalisme. Il ne faut pas avoir peur des mots et dire les choses comme elles sont. D’où vient ce déclin du français, quelles sont les causes derrière la chute de notre langue commune?

Il est indéniable que l’immigration joue un rôle fondamental dans ce déclin. Que ce soit par sa quantité, son intégration, sa francisation et sa répartition, l’immigration ne doit plus être une vache sacrée au Québec et se positionner en faveur d’une baisse des seuils ne doit plus être pêché mortel. Non seulement le Québec accueille trop d’immigrants pour sa capacité d’intégration, mais il accueille une trop grande proportion d’anglophone et d’allophone. C’est en partie en raison de nos critères de sélection, mais aussi parce que nous ne contrôlons pas nos frontières, notre immigration et la citoyenneté.

Ce faisant, le fameux transfert linguistique des allophones et des nouveaux arrivants se fait largement vers l’anglais. C’est mathématique, c’est logique, mais c’est aussi un calcul politique maîtrisé et instrumentalisé par les fédéraux. Ce n’est pas un hasard que le Canada augmente sans cesse le nombre de ses immigrants, car il force ainsi la main du Québec. D’un côté, le Québec augmente ses seuils et conserve son avantage démographique déjà déclinant au sein du Canada, mais en sacrifiant la protection du français, l’intégration économique, sociale et linguistique de ses nouveaux arrivants. De l’autre, le Québec réduit ses seuils, préserve mieux sa langue, intègre mieux ses immigrants à la nation québécoise, mais perd de l’influence au sein de la fédération.

C’est une question épineuse, car la démographie est le nerf de la guerre. Le déclin démographique des francophones à l’extérieur du Québec s’est toujours soldé par une assimilation ou une disparition presque totale. D’un autre côté, la nation québécoise s’est construite autour de sa spécificité française et un désir de survie de sa langue et sa culture à travers les âges.

Mettre nos énergies au bon endroit.

Si la loi 101 aux Cégeps est une bonne chose, il n’en demeure pas moins que la situation du français au Québec exige du courage politique. Nous n’avons pas le luxe, ni les moyens de céder face aux pressions du politiquement correct, des fédéraux et des apôtres du multiculturalisme. Il faut être prêt à faire face à la musique lorsqu’il est question de notre langue et sa protection, lorsqu’il est question de notre nation et son avenir.

Bien plus que le nombre, il faut s’attaquer à plusieurs enjeux entourant l’immigration et la citoyenneté. Tout d’abord, ce n’est pas un hasard si les nouveaux arrivants se sont concentrés massivement dans la métropole et Laval. Les Libéraux ont su utiliser ces années au pouvoir pour se construire une muraille rouge impossible à franchir. Le vote anglophone et allophone votant en bloc pour eux, il est simplement mathématique qu’après un certain seuil, la division du vote francophone ouvre la porte à une domination outrageuse du PLQ dans ces comtés.

Une fois que cette question de la répartition des nouveaux arrivants est soulevée, nous en revenons à un autre problème très logique. Pour qu’un allophone fasse le transfert linguistique vers le français, il doit en ressentir le besoin. Si l’anglais est la langue la plus utile pour lui, il choisir cette dernière, c’est parfaitement logique et nous ferions tous la même chose. Blâmer les individus pour une faillite du système est malsain, mais surtout malhonnête. Il faut faire en sorte que le français soit la langue du travail au Québec et cesser l’obligation du bilinguisme à sens unique favorisant l’anglicisation de la métropole et ses environs. Il faut donc répartir les immigrants dans les régions pour des raisons économiques, sociales, linguistiques, mais aussi politiques.

En effet, tant que le Québec sera dans le Canada, il sera soumis à la doctrine multiculturaliste favorisant la déconstruction de l’identité nationale et commune au profit d’un individualisme et d’un collectivisme revendicateur. Les citoyens deviennent des groupes de revendications, des consommateurs politiques plutôt que des citoyens rattachés à la nation. En répartissant mieux les nouveaux arrivants et en diminuant leur nombre, il est beaucoup plus facile d’inclure ces derniers et d’éviter que le premier réflexe humain devant l’inconnu : chercher quelque chose que nous connaissons ne devienne la norme et une constante.

En somme, il est de bon augure que la question linguistique soit de retour au-devant de la scène politique. Il est encore plus agréable que cette nouvelle offensive provienne des jeunes, alors qu’on ne cesse de répéter que la question linguistique est un débat d’une autre génération. Toutefois, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin, remettons le multiculturalisme en question, remettons le consensus du toujours plus d’immigration en question, remettons la question nationale de l’avant sans honte, sans sentiment de culpabilité. Notre désir d’exister, d’être libre et de se gouverner n’a rien de honteux, bien au contraire. C’est la quête de la normalité, la fin des éternelles chicanes avec Ottawa. C’est la plus belle remontée que nous puissions faire après 261 ans de survie, pourquoi pas 500 ans de prospérité et de liberté?

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