Être une nation au-delà de la constitution

Dernière modification le 10 June 2021 à 06h17
Photo Samuel Lamarche.

Depuis la signature du pacte constitutionnel de 1867, les Québécois forment un peuple et se perçoivent comme une nation et ne se reconnaissent pas dans l’identité canadienne mur à mur dont le gouvernement fédéral fait la promotion. Toutefois, cette identité n’a jamais été ratifiée ou reconnue de manière officielle.

C’est le fruit de la discorde depuis tellement longtemps. Le Québec, par son statut francophone et dans des temps plus anciens, son statut catholique ne s’est jamais perçu comme une province normale. Plusieurs ténors québécois ou canadiens-français ont d’ailleurs très souvent fait la promotion du biculturalisme et des deux nations fondatrices. Robert Bourassa parlera de la société distincte lors des négociations du lac Meech.

Or, au fil du temps, c’est la vision centralisatrice et multiculturelle qui l’a emporté au Canada. Non content d’avoir bafoué les droits des francophones hors Québec et d’avoir pratiqué un génocide culturel sur les premiers peuples, le Canada s’est aussi permis de pousser l’injure jusqu’à nier l’existence des nations fondatrices, du biculturalisme. Non seulement cela, mais pour pousser l’hypocrisie à son paroxysme, Pierre-Elliot Trudeau, dans son fantasme d’un Canada bilingue d’un océan à l’autre établit la loi sur les langues officielles.

On se retrouve donc dans un Canada niant l’existence du concept des nations fondatrices et voulant même être un État postnational, mais qui inscrit dans la loi que deux langues officielles sont parlées au Canada. Une inscription qui est presque risible lorsqu’on constate le sous-financement chronique des institutions francophones au Canada anglais, l’incapacité d’être servi en français dans la grande majorité du pays, mais surtout que les deux pactes constitutionnels, soit ceux de 1867 et 1982, n’ont toujours pas été traduits officiellement en français et que seule la version anglaise a force de loi.

Ainsi, lorsque je vois les conservateurs et Erin O’Toole se promener un peu partout en disant qu’ils reconnaîtront la nation québécoise, je ne peux m’empêcher d’avoir un sourire en coin. Reconnaître la nation québécoise, fort bien, mais concrètement qu’est-ce que cela va amener? Un droit de veto sur les projets pétroliers de l’Alberta passant au Québec? Un rapport d’impôt unique alors qu’ils ont voté contre récemment? Soyons honnêtes, ces mêmes conservateurs qui veulent soudainement reconnaître la nation québécoise sont les mêmes qui affirmaient à l’époque d’Andrew Scheer que Stephen Harper l’avait déjà fait en 2006. C’est de la poudre aux yeux et les Québécois ne sont pas dupes.

Le Québec est une nation, peu importe ce que le Canada affirme, mais il serait temps que le Québec agisse comme tel. Les projets de loi 96 et 21 sont prometteurs en ce sens, mais il faut aller plus loin.

Augmentons notre visibilité à l’international via notre diplomatie, dotons-nous d’équipes nationales sportives à l’instar d’autres nations comme l’Écosse ou le Pays de Galles. Il faut rendre la nation concrète et tangible pour le reste du monde, mais surtout pour nos propres citoyens. Les Québécois doivent être en mesure de vivre et observer notre culture distincte, notre personnalité unique au monde. Ils doivent en être fiers, ne pas avoir honte de leurs origines, de leur histoire et regarder vers l’avenir avec espoir et confiance. Il ne faut pas se contenter de ce que nous avons présentement, nous devons faire preuve d’ambition.

Certes, les défis sont immenses, mais n’est-ce pas là la condition humaine? Constamment relever les défis de la vie, améliorer notre condition et parfaire notre connaissance de ce qui nous entoure? À la lueur de cette définition, je ne peux m’empêcher de me dire qu’être une nation pleine et entière, avec toutes les libertés et tous les pouvoirs qui en découlent, n’a jamais été aussi pertinent et nécessaire.

En attendant, il est primordial d’utiliser toutes les armes à notre disposition. Il faut utiliser le régime fédéral et ses institutions à notre avantage. Il faut utiliser la députation du Québec pour s’assurer que notre différence, que nos intérêts ne soient pas sacrifiés constamment au profit des intérêts du reste du Canada. Qui ne gère pas soi-même ses affaires risque de ne pas obtenir les meilleurs résultats et de se faire avoir.

On le voit constamment d’ailleurs. Les accords commerciaux, toujours plus gros, toujours plus gourmand, sont rarement signés avec les intérêts du Québec en tête. C’est normal, car nous ne sommes que 23% de la population et 20% de l’économie canadienne. Nous serons toujours une préoccupation minime lors des négociations. Il suffit de penser aux brèches dans le système de la gestion de l’offre, l’incapacité du Canada à régler le conflit du bois d’œuvre, la protection du secteur de l’acier, mais « l’oubli » de la protection sur l’aluminium. Bref, c’est impossible pour le Québec de sortir gagnant de négociations auxquelles ils ne participent pas! Personne ne gagne ses négociations en se tenant dans les corridors.

Dans une rivalité telle que celle entre Ottawa et Québec, est-il vraiment responsable d’avoir des gens ayant une double allégeance ou même une allégeance envers l’autre pour nous défendre? Je suis convaincu que c’est faire erreur que d’accorder notre voix à des représentants qui devront voter contre nos intérêts pour éviter de perdre des votes en Alberta, en Ontario ou au Manitoba. Je suis certain que de voter pour des gens qui considèrent que le Québec doit être « éduqué » et que ses lois votées démocratiquement, avec l’assentiment d’une majorité de la population, sont immorales et arriérées est une grave erreur.

Je suis convaincu qu’il faut accorder notre voix à des gens qui défendent le Québec et seulement le Québec. Je suis convaincu qu’il faut agir comme une nation et envoyer une délégation qui reflète cette réalité, une délégation du Bloc Québécois. Cette délégation, j’espère en faire partie et je ferai tout pour défendre les intérêts du Québec face aux mains baladeuses d’Ottawa.

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Fondateur

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Être une nation au-delà de la constitution

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Depuis la signature du pacte constitutionnel de 1867, les Québécois forment un peuple et se perçoivent comme une nation et ne se reconnaissent pas dans l’identité canadienne mur à mur dont le gouvernement fédéral fait la promotion. Toutefois, cette identité n’a jamais été ratifiée ou reconnue de manière officielle.

C’est le fruit de la discorde depuis tellement longtemps. Le Québec, par son statut francophone et dans des temps plus anciens, son statut catholique ne s’est jamais perçu comme une province normale. Plusieurs ténors québécois ou canadiens-français ont d’ailleurs très souvent fait la promotion du biculturalisme et des deux nations fondatrices. Robert Bourassa parlera de la société distincte lors des négociations du lac Meech.

Or, au fil du temps, c’est la vision centralisatrice et multiculturelle qui l’a emporté au Canada. Non content d’avoir bafoué les droits des francophones hors Québec et d’avoir pratiqué un génocide culturel sur les premiers peuples, le Canada s’est aussi permis de pousser l’injure jusqu’à nier l’existence des nations fondatrices, du biculturalisme. Non seulement cela, mais pour pousser l’hypocrisie à son paroxysme, Pierre-Elliot Trudeau, dans son fantasme d’un Canada bilingue d’un océan à l’autre établit la loi sur les langues officielles.

On se retrouve donc dans un Canada niant l’existence du concept des nations fondatrices et voulant même être un État postnational, mais qui inscrit dans la loi que deux langues officielles sont parlées au Canada. Une inscription qui est presque risible lorsqu’on constate le sous-financement chronique des institutions francophones au Canada anglais, l’incapacité d’être servi en français dans la grande majorité du pays, mais surtout que les deux pactes constitutionnels, soit ceux de 1867 et 1982, n’ont toujours pas été traduits officiellement en français et que seule la version anglaise a force de loi.

Ainsi, lorsque je vois les conservateurs et Erin O’Toole se promener un peu partout en disant qu’ils reconnaîtront la nation québécoise, je ne peux m’empêcher d’avoir un sourire en coin. Reconnaître la nation québécoise, fort bien, mais concrètement qu’est-ce que cela va amener? Un droit de veto sur les projets pétroliers de l’Alberta passant au Québec? Un rapport d’impôt unique alors qu’ils ont voté contre récemment? Soyons honnêtes, ces mêmes conservateurs qui veulent soudainement reconnaître la nation québécoise sont les mêmes qui affirmaient à l’époque d’Andrew Scheer que Stephen Harper l’avait déjà fait en 2006. C’est de la poudre aux yeux et les Québécois ne sont pas dupes.

Le Québec est une nation, peu importe ce que le Canada affirme, mais il serait temps que le Québec agisse comme tel. Les projets de loi 96 et 21 sont prometteurs en ce sens, mais il faut aller plus loin.

Augmentons notre visibilité à l’international via notre diplomatie, dotons-nous d’équipes nationales sportives à l’instar d’autres nations comme l’Écosse ou le Pays de Galles. Il faut rendre la nation concrète et tangible pour le reste du monde, mais surtout pour nos propres citoyens. Les Québécois doivent être en mesure de vivre et observer notre culture distincte, notre personnalité unique au monde. Ils doivent en être fiers, ne pas avoir honte de leurs origines, de leur histoire et regarder vers l’avenir avec espoir et confiance. Il ne faut pas se contenter de ce que nous avons présentement, nous devons faire preuve d’ambition.

Certes, les défis sont immenses, mais n’est-ce pas là la condition humaine? Constamment relever les défis de la vie, améliorer notre condition et parfaire notre connaissance de ce qui nous entoure? À la lueur de cette définition, je ne peux m’empêcher de me dire qu’être une nation pleine et entière, avec toutes les libertés et tous les pouvoirs qui en découlent, n’a jamais été aussi pertinent et nécessaire.

En attendant, il est primordial d’utiliser toutes les armes à notre disposition. Il faut utiliser le régime fédéral et ses institutions à notre avantage. Il faut utiliser la députation du Québec pour s’assurer que notre différence, que nos intérêts ne soient pas sacrifiés constamment au profit des intérêts du reste du Canada. Qui ne gère pas soi-même ses affaires risque de ne pas obtenir les meilleurs résultats et de se faire avoir.

On le voit constamment d’ailleurs. Les accords commerciaux, toujours plus gros, toujours plus gourmand, sont rarement signés avec les intérêts du Québec en tête. C’est normal, car nous ne sommes que 23% de la population et 20% de l’économie canadienne. Nous serons toujours une préoccupation minime lors des négociations. Il suffit de penser aux brèches dans le système de la gestion de l’offre, l’incapacité du Canada à régler le conflit du bois d’œuvre, la protection du secteur de l’acier, mais « l’oubli » de la protection sur l’aluminium. Bref, c’est impossible pour le Québec de sortir gagnant de négociations auxquelles ils ne participent pas! Personne ne gagne ses négociations en se tenant dans les corridors.

Dans une rivalité telle que celle entre Ottawa et Québec, est-il vraiment responsable d’avoir des gens ayant une double allégeance ou même une allégeance envers l’autre pour nous défendre? Je suis convaincu que c’est faire erreur que d’accorder notre voix à des représentants qui devront voter contre nos intérêts pour éviter de perdre des votes en Alberta, en Ontario ou au Manitoba. Je suis certain que de voter pour des gens qui considèrent que le Québec doit être « éduqué » et que ses lois votées démocratiquement, avec l’assentiment d’une majorité de la population, sont immorales et arriérées est une grave erreur.

Je suis convaincu qu’il faut accorder notre voix à des gens qui défendent le Québec et seulement le Québec. Je suis convaincu qu’il faut agir comme une nation et envoyer une délégation qui reflète cette réalité, une délégation du Bloc Québécois. Cette délégation, j’espère en faire partie et je ferai tout pour défendre les intérêts du Québec face aux mains baladeuses d’Ottawa.

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