Journal d’un jeune candidat

Dernière modification le 25 September 2021 à 03h37
Photo Samuel Lamarche.

Ceux qui suivent L’Agenda savent que je me suis présenté comme candidat pour le Bloc Québécois dans Lévis-Lotbinière. Une expérience intense, inégale et surtout très formatrice. J’ai eu la chance de rencontrer des gens que je considérais comme des idoles, des modèles, mais aussi plusieurs citoyens qui m’ont beaucoup appris sur la réalité du terrain.

Tout d’abord, je dois admettre que j’avais sous-estimé plusieurs aspects et mal identifié plusieurs choses à propos de la politique active. Si j’ai certes milité activement dans plusieurs instances et même été derrière certains candidats dans un rôle de conseiller/rédacteur de contenu, aucune de mes expériences ne se compare vraiment à celle que je viens de vivre.

Parlons des points positifs d’abord.

Les militants et l’équipe électorale sont dévoués et seront vos meilleurs amis pendant une campagne. Pancartes, accompagnement, encouragements, stratégie, etc. Vos militants seront votre bouche et vos oreilles pendant une campagne et il est primordial de bien traiter vos bénévoles. N’hésitez pas à souligner leur bon travail, à dire que vous appréciez leur implication. C’est malheureusement trop souvent leur seule récompense dans le monde ingrat de la politique active.

L’accueil de la majorité des citoyens envers un jeune candidat est positif. Évidemment, certaines exceptions, plus nombreuses en ces temps de pandémie et de division, viendront ternir le portrait, mais si l’on regarde objectivement la situation, les gens étaient contents de me voir, heureux de discuter avec moi et d’expliquer les enjeux qui les concernent. Être candidat, c’est s’ouvrir sur une panoplie d’enjeux qu’on aurait parfois tendance à oublier ou négliger.

Enfin, les débats et les entrevues étaient, pour moi, ma récompense, mon bonbon de cette campagne. J’ai été privilégié dans cette campagne, car les médias locaux ont fait une excellente couverture de la campagne. Mon seul regret est qu’un seul débat ait eu lieu, je crois que les débats doivent être mis de l’avant au Québec comme un acte démocratique, inspirons-nous de la France à ce sujet, il faut cesser de voir les débats comme une chicane organisée. C’est une occasion pour les candidats de démontrer la substance derrière les idées, leur capacité à se défendre et à vous défendre. C’est aussi l’occasion de faire évoluer les idées et de mieux informer la population.

Les points négatifs maintenant.

Un point que je dénonçais déjà avant même d’être candidat : le culte de l’image et de l’apparence est roi en politique. Le marketing politique a complètement gangréné l’arène politique et le vide de toute substance à une vitesse alarmante. Alors que nous étions en période de pandémie, de changements climatiques et même de crise sociale, aucun parti n’était vraiment en mesure de sortir du marketing politique pour véritablement proposer un projet de société.

L’avantage du Bloc étant qu’il propose un Québec indépendant, il n’a pas vraiment à chercher plus longtemps, mais regardons le PLC, le PCC, le NPD et les Verts. Aucun de ces partis n’est arrivé devant les électeurs avec une vision globale du Canada de demain. Les libéraux n’ont jamais vraiment été en mesure de justifier cette campagne, les conservateurs ont scandés avoir un plan, mais sans jamais vraiment réussir à le communiquer efficacement. Pire encore, ce « plan » n’avait rien d’une vision conservatrice du Canada. Aucune attaque frontale envers le multiculturalisme, aucune attaque envers les seuils d’immigrations en hausse constante, malgré les problèmes structurels du Canada qui en découlent et le manque d’appétit des électeurs pour ces seuils toujours plus haut. Le PCC a complètement capitulé dans la « guerre des idées » face à la machine libérale, toujours la seule capable d’articuler une vision cohérente du Canada d’un océan à l’autre.

Enfin, pour le NPD, le réveil est brutal. Après avoir congédié Thomas Mulcair pour un résultat décevant avec 40 députés, le NPD continue d’être marginal au Québec, continue de se faire battre dans les centres urbains par le PLC et continue d’être une version plus dépensière, plus centralisatrice du PLC. Quant aux Verts, ils se sont effondrés en raison de leurs déchirements internes et la piètre performance de leur cheffe. Triste, car à l’heure actuelle, le Canada aurait bien besoin d’un parti Vert fort, capable de bien articuler sa vision d’un Canada carboneutre, d’un Canada durable.

Un autre aspect négatif selon moi est ce que j’appelle la politique des rois soleils. Les campagnes sont devenues presque exclusivement une course entre les chefs. Le système britannique avait été imaginé pour offrir une représentation locale dans un parlement central, mais le système est présentement complètement dénaturé. Un candidat n’a pas vraiment d’autonomie, pas vraiment de visibilité et certainement pas le luxe de pouvoir véritablement offrir sa vision de la société à ses électeurs. Tout tourne autour du chef, tout tourne autour du parti.

Je ne suis pas contre l’existence des partis, ils ont un rôle à jouer, mais monopoliser le discours politique, notamment en le rendant le plus lisse possible, le moins controversé possible n’aide pas à réduire le cynisme et augmenter l’engagement politique. Comment voulez-vous répondre aux gens que les politiciens ne sont pas tous pareils s’ils doivent effectivement tous penser pareil, utiliser les mêmes mots et relayer le même message?

J’entends souvent les gens idolâtrer Jean Garon, René Levesque, Jacques Parizeau, etc. La réalité est qu’aucun de ces hommes ne ferait long feu dans la joute politique actuelle, ils se feraient mettre à l’écart de leur parti, car ils attirent trop l’attention et ne suivent pas la ligne de parti. La joute politique actuelle est terrorisée par la controverse, terrorisée de perdre le contrôle du message, de ne pas pouvoir utiliser ses 30 secondes au téléjournal pour faire son marketing politique. Elle est plus préoccupée à empêcher cette perte de contrôle que de tenter un message différent ou d’accorder une liberté à ses candidats dans l’espoir de susciter un intérêt.

Cette crainte se révèle par le vide des propositions des partis, par le manque criant de leaders charismatiques avec une personnalité forte. Dès qu’ils sortent du moule établi, ils sont taxés d’arrogance, de mépris, de péché d’orgueil. Qui diable ne ferait pas péché d’orgueil lorsque 35 millions de Canadiens vous suivent partout et que votre organisation politique complète vous traite en sauveur et vous vouent un culte de la personnalité?

Ce ne sont pas les jeunes qui vont régler le problème.

Face à ces informations, un constat me vient facilement. Nous étions environ le quart des candidats au Bloc Québécois à être « jeune ». Sur le lot, 1 seule fût élue, très peu d’entre nous avons eu 1 seule seconde de visibilité médiatique autre qu’une entrevue de 400 mots dans un journal local. Nous ne règlerons pas le problème seul, il faudra un mouvement global pour changer la politique, sinon ce sera la politique qui nous changera. Il faut mettre un frein au marketing politique, les gens ne sont pas dupes, ils veulent du contenu. Les balados explosent, les gens cherchent des réponses, cherchent des solutions et les clips de 30 secondes, les « plans » et les Tik Tok malaisants ne répondent pas à cette quête d’un projet qui nous dépassent. La politique ne doit pas être une simple marchandise que l’on vend, elle doit être une vision de la société, un projet dans lequel les gens doivent se reconnaître, avoir envie d’y participer. Je n’ai pas vu cela pendant la campagne et j’ai senti le cynisme et la lassitude des gens sur le terrain. J’espère voir des changements rapidement.

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Par Samuel Lamarche

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Ceux qui suivent L’Agenda savent que je me suis présenté comme candidat pour le Bloc Québécois dans Lévis-Lotbinière. Une expérience intense, inégale et surtout très formatrice. J’ai eu la chance de rencontrer des gens que je considérais comme des idoles, des modèles, mais aussi plusieurs citoyens qui m’ont beaucoup appris sur la réalité du terrain.

Tout d’abord, je dois admettre que j’avais sous-estimé plusieurs aspects et mal identifié plusieurs choses à propos de la politique active. Si j’ai certes milité activement dans plusieurs instances et même été derrière certains candidats dans un rôle de conseiller/rédacteur de contenu, aucune de mes expériences ne se compare vraiment à celle que je viens de vivre.

Parlons des points positifs d’abord.

Les militants et l’équipe électorale sont dévoués et seront vos meilleurs amis pendant une campagne. Pancartes, accompagnement, encouragements, stratégie, etc. Vos militants seront votre bouche et vos oreilles pendant une campagne et il est primordial de bien traiter vos bénévoles. N’hésitez pas à souligner leur bon travail, à dire que vous appréciez leur implication. C’est malheureusement trop souvent leur seule récompense dans le monde ingrat de la politique active.

L’accueil de la majorité des citoyens envers un jeune candidat est positif. Évidemment, certaines exceptions, plus nombreuses en ces temps de pandémie et de division, viendront ternir le portrait, mais si l’on regarde objectivement la situation, les gens étaient contents de me voir, heureux de discuter avec moi et d’expliquer les enjeux qui les concernent. Être candidat, c’est s’ouvrir sur une panoplie d’enjeux qu’on aurait parfois tendance à oublier ou négliger.

Enfin, les débats et les entrevues étaient, pour moi, ma récompense, mon bonbon de cette campagne. J’ai été privilégié dans cette campagne, car les médias locaux ont fait une excellente couverture de la campagne. Mon seul regret est qu’un seul débat ait eu lieu, je crois que les débats doivent être mis de l’avant au Québec comme un acte démocratique, inspirons-nous de la France à ce sujet, il faut cesser de voir les débats comme une chicane organisée. C’est une occasion pour les candidats de démontrer la substance derrière les idées, leur capacité à se défendre et à vous défendre. C’est aussi l’occasion de faire évoluer les idées et de mieux informer la population.

Les points négatifs maintenant.

Un point que je dénonçais déjà avant même d’être candidat : le culte de l’image et de l’apparence est roi en politique. Le marketing politique a complètement gangréné l’arène politique et le vide de toute substance à une vitesse alarmante. Alors que nous étions en période de pandémie, de changements climatiques et même de crise sociale, aucun parti n’était vraiment en mesure de sortir du marketing politique pour véritablement proposer un projet de société.

L’avantage du Bloc étant qu’il propose un Québec indépendant, il n’a pas vraiment à chercher plus longtemps, mais regardons le PLC, le PCC, le NPD et les Verts. Aucun de ces partis n’est arrivé devant les électeurs avec une vision globale du Canada de demain. Les libéraux n’ont jamais vraiment été en mesure de justifier cette campagne, les conservateurs ont scandés avoir un plan, mais sans jamais vraiment réussir à le communiquer efficacement. Pire encore, ce « plan » n’avait rien d’une vision conservatrice du Canada. Aucune attaque frontale envers le multiculturalisme, aucune attaque envers les seuils d’immigrations en hausse constante, malgré les problèmes structurels du Canada qui en découlent et le manque d’appétit des électeurs pour ces seuils toujours plus haut. Le PCC a complètement capitulé dans la « guerre des idées » face à la machine libérale, toujours la seule capable d’articuler une vision cohérente du Canada d’un océan à l’autre.

Enfin, pour le NPD, le réveil est brutal. Après avoir congédié Thomas Mulcair pour un résultat décevant avec 40 députés, le NPD continue d’être marginal au Québec, continue de se faire battre dans les centres urbains par le PLC et continue d’être une version plus dépensière, plus centralisatrice du PLC. Quant aux Verts, ils se sont effondrés en raison de leurs déchirements internes et la piètre performance de leur cheffe. Triste, car à l’heure actuelle, le Canada aurait bien besoin d’un parti Vert fort, capable de bien articuler sa vision d’un Canada carboneutre, d’un Canada durable.

Un autre aspect négatif selon moi est ce que j’appelle la politique des rois soleils. Les campagnes sont devenues presque exclusivement une course entre les chefs. Le système britannique avait été imaginé pour offrir une représentation locale dans un parlement central, mais le système est présentement complètement dénaturé. Un candidat n’a pas vraiment d’autonomie, pas vraiment de visibilité et certainement pas le luxe de pouvoir véritablement offrir sa vision de la société à ses électeurs. Tout tourne autour du chef, tout tourne autour du parti.

Je ne suis pas contre l’existence des partis, ils ont un rôle à jouer, mais monopoliser le discours politique, notamment en le rendant le plus lisse possible, le moins controversé possible n’aide pas à réduire le cynisme et augmenter l’engagement politique. Comment voulez-vous répondre aux gens que les politiciens ne sont pas tous pareils s’ils doivent effectivement tous penser pareil, utiliser les mêmes mots et relayer le même message?

J’entends souvent les gens idolâtrer Jean Garon, René Levesque, Jacques Parizeau, etc. La réalité est qu’aucun de ces hommes ne ferait long feu dans la joute politique actuelle, ils se feraient mettre à l’écart de leur parti, car ils attirent trop l’attention et ne suivent pas la ligne de parti. La joute politique actuelle est terrorisée par la controverse, terrorisée de perdre le contrôle du message, de ne pas pouvoir utiliser ses 30 secondes au téléjournal pour faire son marketing politique. Elle est plus préoccupée à empêcher cette perte de contrôle que de tenter un message différent ou d’accorder une liberté à ses candidats dans l’espoir de susciter un intérêt.

Cette crainte se révèle par le vide des propositions des partis, par le manque criant de leaders charismatiques avec une personnalité forte. Dès qu’ils sortent du moule établi, ils sont taxés d’arrogance, de mépris, de péché d’orgueil. Qui diable ne ferait pas péché d’orgueil lorsque 35 millions de Canadiens vous suivent partout et que votre organisation politique complète vous traite en sauveur et vous vouent un culte de la personnalité?

Ce ne sont pas les jeunes qui vont régler le problème.

Face à ces informations, un constat me vient facilement. Nous étions environ le quart des candidats au Bloc Québécois à être « jeune ». Sur le lot, 1 seule fût élue, très peu d’entre nous avons eu 1 seule seconde de visibilité médiatique autre qu’une entrevue de 400 mots dans un journal local. Nous ne règlerons pas le problème seul, il faudra un mouvement global pour changer la politique, sinon ce sera la politique qui nous changera. Il faut mettre un frein au marketing politique, les gens ne sont pas dupes, ils veulent du contenu. Les balados explosent, les gens cherchent des réponses, cherchent des solutions et les clips de 30 secondes, les « plans » et les Tik Tok malaisants ne répondent pas à cette quête d’un projet qui nous dépassent. La politique ne doit pas être une simple marchandise que l’on vend, elle doit être une vision de la société, un projet dans lequel les gens doivent se reconnaître, avoir envie d’y participer. Je n’ai pas vu cela pendant la campagne et j’ai senti le cynisme et la lassitude des gens sur le terrain. J’espère voir des changements rapidement.

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