Pénurie de main-d’œuvre ou surplus de consommation?

Dernière modification le 24 October 2021 à 05h41
Photo Samuel Lamarche.

On entend partout, à tous les jours que le Québec, en fait que l’Amérique du Nord tout entière, fait face à une grave pénurie de main-d’œuvre. Au risque de passer pour un hurluberlu, je crois plutôt que nous voyons le problème à l’envers.

Nous vivons au-dessus de nos moyens.

Un concept utile que j’ai appris en économie, bien qu’une simplification est la courbe des possibilités de production. Dans cette simplification, nous avions tendance à placer l’économie d’un pays x capable de produire deux biens ou services. On faisait ensuite un trait entre les deux points sur le graphique ce qui faisait une courbe.

On apprenait que tout ce qui se trouve le long de la courbe est une production optimale et que ce qui se trouve à l’intérieur n’est pas efficace. Ce qui se trouve à l’extérieur de la courbe est impossible au moment où l’observation est faite. Or, il était possible que cette courbe change. Soit elle pouvait rétrécir, soit elle pouvait augmenter.

Cette courbe s’appliquait particulièrement bien à l’environnement ou elle devenait la « carrying capacity » ou la capacité d’accueil. C’est-à-dire la capacité de la terre à nous accueillir et nous fournir les ressources nécessaires à notre survie. Évidemment, considérant nos actions depuis la révolution industrielle et les changements climatiques, cette courbe allait en rapetissant.

Un autre aspect important de cette courbe était la notion d’investissement vs la consommation immédiate. Disons que les biens d’investissement se trouvent sur l’axe des Y (vers le haut) et les biens de consommation sur l’axe des X (vers la droite). Si la personne choisit de faire plus de bien d’investissement que des biens de consommation, elle augmentera graduellement sa possibilité de production, mais inversement, si la personne choisit de seulement produire des biens de consommation, elle verra sa capacité de production graduellement stagner et même diminuer.

Le Québec et l’occident dans une débauche de surconsommation.

De là m’est venue cette « théorie » que nous ne sommes pas en pénurie de main-d’œuvre, mais bien face à un rétrécissement de notre capacité de production. Ce qui était possible ne l’est plus, car les choses ont changé. Notre population est plus vieille, la compétition internationale plus féroce, notre gouvernement plus lourd et notre productivité, seul espoir face à une réduction de notre quantité d’intrants (employés, ressources, argent, etc.) ne s’est pas accru à un rythme acceptable.

Plutôt que d’investir dans une production « d’investissement » comme un système d’éducation performant, des infrastructures convenables ou encore des incitatifs à la recherche et au développement, nous avons centré notre économie autour de la surconsommation, du culte de l’apparence et du neuf. La gratification immédiate par l’achat de biens et services. Nous avons préféré faciliter l’accès au crédit pour augmenter encore plus la consommation plutôt que réaliser que nous devions réduire notre consommation devenue surconsommation.

Je ne parle pas de décroissance, mais bien de revenir sur terre.

Il n’est pas question ici de décroissance, mais plutôt de réaliser que nous demandons à notre économie, à notre société l’impossible avec les ressources disponibles. Réalisons les causes de cette impossibilité et travaillons de manière constructive pour rendre ces objectifs de qualité de vie possible sans nous handicaper et sans amputer la capacité de production des générations futures.

On m’excusera mon ton cassant, mais avoir 85 restaurants par arrondissement n’est pas un projet de société. Plusieurs devront fermer pour que cette main-d’œuvre puisse travailler dans des domaines plus efficaces pour notre économie. C’est pour cela qu’il est très important pour le gouvernement de bien cibler ses embauches et de prioriser les services en première ligne, car il ne peut plus se payer le luxe d’embaucher des gens à des emplois peu productifs pour « créer de la richesse » réduire le chômage et ce genre de chose. Chaque employé devient de plus en plus précieux, chaque heure travaillée par ces employés est de plus en plus précieuse, il faut donc les utiliser de manière efficace et intelligente.

J’ai confiance que le marché, bien encadré avec des législations intelligentes, peut mener la charge de cette réallocation de ressource de manière efficace. Il faudra toutefois garder à l’œil et en mémoire, que ce même marché n’a pas su investir dans sa productivité et a préféré consommer et s’enrichir à court terme. Il faudra absolument faire comprendre à la société, aux entreprises et entrepreneurs que cette façon de faire est un suicide économique et sociétal. Continuer comme nous le faisons depuis les 50 dernières années, c’est la décadence, c’est la fin de notre mode de vie moderne.

Non ce n’est pas en faisant venir une quantité toujours plus grande d’immigrants que le problème se réglera. Non seulement ces nouveaux arrivants consomment des biens et services, mais ils doivent aussi s’intégrer et généralement apprendre la langue, ce qui requiert, là encore des ressources qui sont déjà bien rares. De toute manière, c’est un non-sens éthique et moral que de prendre les meilleurs talents des pays en développement, de faire du vampirisme pour maintenir à bout de bras notre rythme de consommation insoutenable. Ont ralenti notre chute, au prix de maintenir des pays dans des situations de destitution totale, mais aussi à un fort prix environnemental en augmentant l’emprunte carbone des nouveaux arrivants de manière drastique.

La solution est simplement de constater la réalité, revenir sur notre courbe de production qui est possible et raisonnable et mettre l’emphase sur l’investissement, la productivité et le développement humain et social.

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Photo Samuel Lamarche.

On entend partout, à tous les jours que le Québec, en fait que l’Amérique du Nord tout entière, fait face à une grave pénurie de main-d’œuvre. Au risque de passer pour un hurluberlu, je crois plutôt que nous voyons le problème à l’envers.

Nous vivons au-dessus de nos moyens.

Un concept utile que j’ai appris en économie, bien qu’une simplification est la courbe des possibilités de production. Dans cette simplification, nous avions tendance à placer l’économie d’un pays x capable de produire deux biens ou services. On faisait ensuite un trait entre les deux points sur le graphique ce qui faisait une courbe.

On apprenait que tout ce qui se trouve le long de la courbe est une production optimale et que ce qui se trouve à l’intérieur n’est pas efficace. Ce qui se trouve à l’extérieur de la courbe est impossible au moment où l’observation est faite. Or, il était possible que cette courbe change. Soit elle pouvait rétrécir, soit elle pouvait augmenter.

Cette courbe s’appliquait particulièrement bien à l’environnement ou elle devenait la « carrying capacity » ou la capacité d’accueil. C’est-à-dire la capacité de la terre à nous accueillir et nous fournir les ressources nécessaires à notre survie. Évidemment, considérant nos actions depuis la révolution industrielle et les changements climatiques, cette courbe allait en rapetissant.

Un autre aspect important de cette courbe était la notion d’investissement vs la consommation immédiate. Disons que les biens d’investissement se trouvent sur l’axe des Y (vers le haut) et les biens de consommation sur l’axe des X (vers la droite). Si la personne choisit de faire plus de bien d’investissement que des biens de consommation, elle augmentera graduellement sa possibilité de production, mais inversement, si la personne choisit de seulement produire des biens de consommation, elle verra sa capacité de production graduellement stagner et même diminuer.

Le Québec et l’occident dans une débauche de surconsommation.

De là m’est venue cette « théorie » que nous ne sommes pas en pénurie de main-d’œuvre, mais bien face à un rétrécissement de notre capacité de production. Ce qui était possible ne l’est plus, car les choses ont changé. Notre population est plus vieille, la compétition internationale plus féroce, notre gouvernement plus lourd et notre productivité, seul espoir face à une réduction de notre quantité d’intrants (employés, ressources, argent, etc.) ne s’est pas accru à un rythme acceptable.

Plutôt que d’investir dans une production « d’investissement » comme un système d’éducation performant, des infrastructures convenables ou encore des incitatifs à la recherche et au développement, nous avons centré notre économie autour de la surconsommation, du culte de l’apparence et du neuf. La gratification immédiate par l’achat de biens et services. Nous avons préféré faciliter l’accès au crédit pour augmenter encore plus la consommation plutôt que réaliser que nous devions réduire notre consommation devenue surconsommation.

Je ne parle pas de décroissance, mais bien de revenir sur terre.

Il n’est pas question ici de décroissance, mais plutôt de réaliser que nous demandons à notre économie, à notre société l’impossible avec les ressources disponibles. Réalisons les causes de cette impossibilité et travaillons de manière constructive pour rendre ces objectifs de qualité de vie possible sans nous handicaper et sans amputer la capacité de production des générations futures.

On m’excusera mon ton cassant, mais avoir 85 restaurants par arrondissement n’est pas un projet de société. Plusieurs devront fermer pour que cette main-d’œuvre puisse travailler dans des domaines plus efficaces pour notre économie. C’est pour cela qu’il est très important pour le gouvernement de bien cibler ses embauches et de prioriser les services en première ligne, car il ne peut plus se payer le luxe d’embaucher des gens à des emplois peu productifs pour « créer de la richesse » réduire le chômage et ce genre de chose. Chaque employé devient de plus en plus précieux, chaque heure travaillée par ces employés est de plus en plus précieuse, il faut donc les utiliser de manière efficace et intelligente.

J’ai confiance que le marché, bien encadré avec des législations intelligentes, peut mener la charge de cette réallocation de ressource de manière efficace. Il faudra toutefois garder à l’œil et en mémoire, que ce même marché n’a pas su investir dans sa productivité et a préféré consommer et s’enrichir à court terme. Il faudra absolument faire comprendre à la société, aux entreprises et entrepreneurs que cette façon de faire est un suicide économique et sociétal. Continuer comme nous le faisons depuis les 50 dernières années, c’est la décadence, c’est la fin de notre mode de vie moderne.

Non ce n’est pas en faisant venir une quantité toujours plus grande d’immigrants que le problème se réglera. Non seulement ces nouveaux arrivants consomment des biens et services, mais ils doivent aussi s’intégrer et généralement apprendre la langue, ce qui requiert, là encore des ressources qui sont déjà bien rares. De toute manière, c’est un non-sens éthique et moral que de prendre les meilleurs talents des pays en développement, de faire du vampirisme pour maintenir à bout de bras notre rythme de consommation insoutenable. Ont ralenti notre chute, au prix de maintenir des pays dans des situations de destitution totale, mais aussi à un fort prix environnemental en augmentant l’emprunte carbone des nouveaux arrivants de manière drastique.

La solution est simplement de constater la réalité, revenir sur notre courbe de production qui est possible et raisonnable et mettre l’emphase sur l’investissement, la productivité et le développement humain et social.

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