Déficit de crédibilité

Dernière modification le 29 October 2021 à 10h45
Photo Samuel Lamarche.

Depuis plusieurs années, les analystes, politologues et citoyens affirment, études à l’appui que la crédibilité, la confiance envers les instances politiques décline. Problème inquiétant dans une démocratie, il semblerait que certains partis au Québec soient désormais touchés par ce déficit de crédibilité.

Les vieux partis au Québec en arrachent.

Ce n’est pas une grosse surprise pour ceux qui me lisent, mais le Parti Québécois et le Parti Libéral sont dans le pétrin depuis la dernière élection. Les deux partis semblent incapables de faire des gains, ils ont eu peu d’attention médiatique pour leur course à la chefferie et finalement, les deux nouveaux dirigeants ne semblent pas capables de faire lever la sauce. C’est problématique pour ces partis vous en conviendrez.

Ironiquement, pour ces deux partis aux antipodes sur la question nationale et bien souvent sur les questions de gouvernance, il semblerait que leurs difficultés découlent de la même source : un manque de crédibilité sur les enjeux que les Québécois jugent prioritaires.

Même diagnostic, mais histoire bien différente.

Une question vient rapidement en tête. Comment est-ce que le PLQ, parti au pouvoir pour les 16 dernières années (presque sans interruption) peut souffrir du même déficit de crédibilité que le PQ qui n’a pratiquement pas gouverné et n’a pas eu les rênes du Québec depuis feu Bernard Landry.

Alors que le PLQ est critiqué pour sa gestion de l’appareil étatique, les problèmes de corruption et une complaisance envers l’anglicisation de la métropole, le PQ semble avoir sombré dans la catégorie des partis du cœur.
Vous savez, ces partis qu’on apprécie tous un peu, mais qu’on ne voudrait pas voir au pouvoir? Québec solidaire, le NPD, le parti vert sous madame May. On sait qu’ils existent, on sait ce qu’ils proposent, mais on ne les considère pas comme une véritable option.

Le changement est brutal, car il y a quelques années, c’est la CAQ de François Legault qui avait cette place au purgatoire. Il n’est donc pas impossible d’en sortir, mais c’est beaucoup plus facile pour un parti qui n’a pas de passif que pour un parti comme le PQ qui a façonné le Québec.

Le PLQ sans le pouvoir semble vouloir s’effondrer.

Vous le savez, je suis un militant au Parti Québécois. Je dois reconnaître que la politique interne du PQ, pour les observateurs externes, peut ressembler à un rodéo. C’est d’ailleurs une critique qui vient souvent contre le PQ. Personnellement je préfère qu’un parti démocratique laisse ses membres discuter et débattre, mais je peux comprendre que pour un observateur, cela pourrait ressembler à de la « chicane ».

Tout ça pour dire, pendant toute ces années où le PQ était le « parti de la chicane » le PLQ demeurait un parti hermétique. Évidemment des débats avaient lieu, évidemment que le conseil des ministres avait des désaccords. Pourtant, jamais on ne voyait sortir un libéral amer contre son parti, jamais on ne voyait de craques dans l’image de marque du PLQ. On dira ce qu’on voudra, mais le pouvoir facilite la résolution de conflits.

Cependant, le PLQ n’est plus au pouvoir, il est même très loin du pouvoir si l’on regarde les sondages et l’opinion des gens envers ce parti. Pour la première fois depuis que je m’intéresse à la politique, les craques apparaissent! Le PLQ, ce parti qu’on ne pouvait qu’admirer pour sa capacité à garder ses problèmes à l’interne n’est plus capable de faire la même chose sans l’antidote du pouvoir.

Pierre Arcand se sauve en pleine pandémie à la Barbade malgré un avertissement de sa cheffe, Gaétan Barette sort publiquement qu’il voudrait redevenir ministre de la Santé avant que sa cheffe ne lui ferme la porte sur le nez, la nouvelle porte-parole en santé envoi paître le docteur Barette sur twitter et se fait ensuite savonner par sa cheffe, bref une série d’aventure rocambolesque, mais surtout une série d’aventure que nous avons pu suivre publiquement.

Comme si ce n’était pas suffisant, Radio-Canada en rajoute avec un texte de Martine Biron intitulé : Marie la difficile, Gaétan l’indépendant. Dans le domaine on appel ce genre d’article une job de bras, ce genre d’article est souvent « commandité » pour décrédibiliser un adversaire et se donner une aura. Bref, c’est un classique auquel le PLQ échappait jusqu’à récemment et quand ça arrivait, personne du parti ou affilié de près au parti ne commentait.

Toutefois, les temps changent au PLQ! Plusieurs militants libéraux se sont insurgés du texte et l’ancien conseiller à la cheffe : Patrick Dery y est même allé d’une citation savoureuse « J’ai travaillé avec @Marie_Montpetit. La personne décrite dans l’article n’est pas celle que je connais. Belle job de bras par des « sources » anonymes, trop lâches pour accuser à visage découvert. Typique PLQ. Ce parti est rongé par un cancer incurable. »

Montrez ce genre de citation à un libéral de l’ère Charest et c’est la syncope. Jamais au grand jamais une cheffe ou un chef du PLQ n’a vu ses interventions et les querelles intestines de son parti étalées au grand jour. C’est à se demander si Dominique Anglade va survivre au scrutin de 2022 au rythme où vont les choses.

Ce serait dommage, car elle semblait incarner un changement de culture au PLQ sur le nationalisme. Un changement trop tiède pour bien des gens, mais un pas dans la bonne direction quand-même.

D’un militant péquiste qui en a vu d’autre, bienvenue à bord mes amis libéraux!

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Par Samuel Lamarche

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Déficit de crédibilité

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Depuis plusieurs années, les analystes, politologues et citoyens affirment, études à l’appui que la crédibilité, la confiance envers les instances politiques décline. Problème inquiétant dans une démocratie, il semblerait que certains partis au Québec soient désormais touchés par ce déficit de crédibilité.

Les vieux partis au Québec en arrachent.

Ce n’est pas une grosse surprise pour ceux qui me lisent, mais le Parti Québécois et le Parti Libéral sont dans le pétrin depuis la dernière élection. Les deux partis semblent incapables de faire des gains, ils ont eu peu d’attention médiatique pour leur course à la chefferie et finalement, les deux nouveaux dirigeants ne semblent pas capables de faire lever la sauce. C’est problématique pour ces partis vous en conviendrez.

Ironiquement, pour ces deux partis aux antipodes sur la question nationale et bien souvent sur les questions de gouvernance, il semblerait que leurs difficultés découlent de la même source : un manque de crédibilité sur les enjeux que les Québécois jugent prioritaires.

Même diagnostic, mais histoire bien différente.

Une question vient rapidement en tête. Comment est-ce que le PLQ, parti au pouvoir pour les 16 dernières années (presque sans interruption) peut souffrir du même déficit de crédibilité que le PQ qui n’a pratiquement pas gouverné et n’a pas eu les rênes du Québec depuis feu Bernard Landry.

Alors que le PLQ est critiqué pour sa gestion de l’appareil étatique, les problèmes de corruption et une complaisance envers l’anglicisation de la métropole, le PQ semble avoir sombré dans la catégorie des partis du cœur.
Vous savez, ces partis qu’on apprécie tous un peu, mais qu’on ne voudrait pas voir au pouvoir? Québec solidaire, le NPD, le parti vert sous madame May. On sait qu’ils existent, on sait ce qu’ils proposent, mais on ne les considère pas comme une véritable option.

Le changement est brutal, car il y a quelques années, c’est la CAQ de François Legault qui avait cette place au purgatoire. Il n’est donc pas impossible d’en sortir, mais c’est beaucoup plus facile pour un parti qui n’a pas de passif que pour un parti comme le PQ qui a façonné le Québec.

Le PLQ sans le pouvoir semble vouloir s’effondrer.

Vous le savez, je suis un militant au Parti Québécois. Je dois reconnaître que la politique interne du PQ, pour les observateurs externes, peut ressembler à un rodéo. C’est d’ailleurs une critique qui vient souvent contre le PQ. Personnellement je préfère qu’un parti démocratique laisse ses membres discuter et débattre, mais je peux comprendre que pour un observateur, cela pourrait ressembler à de la « chicane ».

Tout ça pour dire, pendant toute ces années où le PQ était le « parti de la chicane » le PLQ demeurait un parti hermétique. Évidemment des débats avaient lieu, évidemment que le conseil des ministres avait des désaccords. Pourtant, jamais on ne voyait sortir un libéral amer contre son parti, jamais on ne voyait de craques dans l’image de marque du PLQ. On dira ce qu’on voudra, mais le pouvoir facilite la résolution de conflits.

Cependant, le PLQ n’est plus au pouvoir, il est même très loin du pouvoir si l’on regarde les sondages et l’opinion des gens envers ce parti. Pour la première fois depuis que je m’intéresse à la politique, les craques apparaissent! Le PLQ, ce parti qu’on ne pouvait qu’admirer pour sa capacité à garder ses problèmes à l’interne n’est plus capable de faire la même chose sans l’antidote du pouvoir.

Pierre Arcand se sauve en pleine pandémie à la Barbade malgré un avertissement de sa cheffe, Gaétan Barette sort publiquement qu’il voudrait redevenir ministre de la Santé avant que sa cheffe ne lui ferme la porte sur le nez, la nouvelle porte-parole en santé envoi paître le docteur Barette sur twitter et se fait ensuite savonner par sa cheffe, bref une série d’aventure rocambolesque, mais surtout une série d’aventure que nous avons pu suivre publiquement.

Comme si ce n’était pas suffisant, Radio-Canada en rajoute avec un texte de Martine Biron intitulé : Marie la difficile, Gaétan l’indépendant. Dans le domaine on appel ce genre d’article une job de bras, ce genre d’article est souvent « commandité » pour décrédibiliser un adversaire et se donner une aura. Bref, c’est un classique auquel le PLQ échappait jusqu’à récemment et quand ça arrivait, personne du parti ou affilié de près au parti ne commentait.

Toutefois, les temps changent au PLQ! Plusieurs militants libéraux se sont insurgés du texte et l’ancien conseiller à la cheffe : Patrick Dery y est même allé d’une citation savoureuse « J’ai travaillé avec @Marie_Montpetit. La personne décrite dans l’article n’est pas celle que je connais. Belle job de bras par des « sources » anonymes, trop lâches pour accuser à visage découvert. Typique PLQ. Ce parti est rongé par un cancer incurable. »

Montrez ce genre de citation à un libéral de l’ère Charest et c’est la syncope. Jamais au grand jamais une cheffe ou un chef du PLQ n’a vu ses interventions et les querelles intestines de son parti étalées au grand jour. C’est à se demander si Dominique Anglade va survivre au scrutin de 2022 au rythme où vont les choses.

Ce serait dommage, car elle semblait incarner un changement de culture au PLQ sur le nationalisme. Un changement trop tiède pour bien des gens, mais un pas dans la bonne direction quand-même.

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