La nouvelle contre-culture

Dernière modification le 7 November 2021 à 09h38
Photo Samuel Lamarche.

Il semble de plus en plus évident que la culture dominante s’est détachée de la population générale et ne rejoint plus monsieur madame tout le monde. Les milieux académiques, les médias et la joute politique se sont pourtant transformés pour s’adapter à cette culture aux allures hégémoniques. Toutefois, devant des changements aussi radicaux et déconnectés de la population, une contre-culture semble émerger.

Tendre l’autre joue c’est bien, mais…

On le voit un peu partout en occident, la population vit des frustrations grandissantes. Que ce soit sur le plan économique, social, linguistique, politique, etc. L’Europe, après une lune de miel, se retrouve empêtrée dans des disputes interminables entre l’Europe de l’Est et les membres originaux à l’Ouest. Pire encore, le Royaume-Uni a fini par tout simplement claquer la porte au marché commun et aux instances européennes après une campagne référendaire où tous les coups étaient permis (tient ça me rappelle vaguement quelque chose).

Les élites du pays voulaient pourtant demeurer dans l’Union européenne, la couverture médiatique, académique et politique du Brexit était biaisée de façon évidente. Pourtant, la population générale s’est ralliée pour le Brexit causant la consternation des animateurs de la soirée référendaire de la BBC.

C’est en Amérique du Nord toutefois que l’on retrouve le meilleur exemple de cette défiance du peuple envers ses élites. L’élection de 2016 aux États-Unis a démontré les failles d’une nouvelle culture politique imbuvable où la langue de bois domine et où un mot mal placé est transformé en scandale manufacturé par les médias. Les Américains ont préféré envoyer un homme utilisant le mensonge, les insultes et clairement capable de déstabiliser le pays à l’interne comme à l’international qu’une femme incarnant les vices politiques de son époque et ayant triomphé de manière suspecte contre son adversaire Bernie Sanders.

L’introspection défectueuse des élites.

On aurait pu s’attendre à une réflexion dans les milieux académiques, politiques et médiatiques après ces deux événements de « soulèvement » et de « révolte », mais nous avons plutôt assisté à un phénomène inverse. Plutôt que d’engager un dialogue, tenter de comprendre les inquiétudes légitimes de la population, nous avons plutôt assisté à un barrage médiatique méprisant. Nous avons vu la culture dominante étiqueter ses adversaires de tous les noms, tenter de décrédibiliser les inquiétudes des gens et surtout de rendre honteuses ces craintes et inquiétudes.

Revenons chez nous pour la suite de ce texte. Dans les années 2000, le Québec et le Canada sont figés politiquement dans un paradigme et un consensus puissant. Les deux semblent quitter leur paradigme respectif à des moments rapprochés, mais décrochent sur un axe complètement différent.

Alors que le Canada était dans un paradigme de progressisme social, d’immigration de masse, de multiculturalisme, il était aussi dans le paradigme néo-libéral des déficits zéro, des coupures dans les transferts aux provinces, etc.
Le Québec de son côté ressemblait beaucoup au Canada sous l’ère Charest et Couillard. Ajoutons simplement qu’ils étaient absolument indifférents aux craintes de la population entourant le français, la laïcité et toutes questions d’intégrations.

Au Canada, les choses changent avec l’élection de Trudeau. Il accélère le progressisme social, il incarne la « nouvelle gauche » cette culture dominante qui semble inarrêtable au moment de son élection en 2015. Le changement se situe surtout du point de vue fiscal et économique. Au diable les déficits et la dette, le Canada retourne à ses vieux amours des déficits majeurs. Tel père tel fils vous me direz.

Pour le Québec, le point de rupture se produit en 2018. Après avoir nié, méprisé, caricaturé les craintes de la population sur le plan social, tout en étant un gouvernement faisant l’austérité économique, les libéraux subissent leur pire défaite depuis une éternité. Un nouveau parti (thème récurrent en occident) prend le pouvoir autour d’une plateforme nationaliste. Au grand dam de la culture dominante, François Legault avait osé promettre une baisse des seuils d’immigration, dire qu’il craignait que ses enfants ne parlent pas français et promis une loi sur la laïcité. Dans son discours inaugural il utilise les mots « parce qu’au Québec c’est comme ça qu’on vit » et se fait pilonner médiatiquement pour cette ligne représentant pourtant le sentiment de la vaste majorité de la population.

Réhabiliter le gros bon sens.

Depuis 50 ans environ, le néolibéralisme domine en occident. Quelques contre-cultures ont émergé au fil des années, mais aucune n’a vraiment été en mesure d’arrêter le rouleau compresseur américain. Nos dirigeants ont tous sauté à pieds joints dans la mondialisation, ils ont tous prétendu (ou presque) que nous en sortirions gagnants.

Après 50 ans, le constat est assez clair : nous dépendons de pays violant les droits humains les plus fondamentaux sur une base quotidienne, nous n’avons plus la capacité industrielle, agricole ou technique pour réagir rapidement à une situation de crise et les citoyens ordinaires ne sont pas plus riches.

Au contraire, la mondialisation a enrichi les PDG et les actionnaires, elle a augmenté les inégalités de richesse et laissé des régions complètes, des générations complètes dans la misère. Le libre-échange est positif, il ne faut pas se méprendre, mais comme tout autre concept économique, il vient avec un coût. La mondialisation n’est pas un antidote, une recette miracle, c’est un outil de plus à la disposition des nations et des citoyens pour améliorer notre qualité de vie. Hélas, ce n’est pas de cette manière qu’elle a été pensée, construite et articulée.

Enfin, d’un point de vue culturel, puisque l’économie n’est pas tout. Depuis ces 50 dernières années, l’immigration est en hausse constante. Le Canada accueille une quantité vertigineuse d’immigrants chaque année, car il s’est donné l’objectif d’atteindre 100 millions d’habitants en 2100.

On voit pourtant des fissures apparaître. Prix du logement, difficultés d’intégration, hausse de la violence dans les grands centres, tension entre les nouveaux arrivants et les « natifs ». Or, le problème est que chaque question soulevée par la population (largement en désaccord avec ces hausses d’ailleurs) est balayée du revers de la main. On continue à chanter le mantra progressiste que la « diversité est notre force » et à placer les opposants à cette doctrine du toujours plus dans le camp des intolérants et des racistes : les « déplorables ».

La population semble atteindre un point de rupture.

Ce qui est intéressant dans tout cela, c’est que malgré le barrage médiatique, malgré le barrage académique et malgré la complaisance ou la complicité de la classe politique, la population semble en avoir marre. Une contre-culture que l’on pourrait qualifier de conservatrice émerge, bien déterminé à mettre un frein à la débandade des dernières années. Que ce soit sur les questions de liberté d’expression, les questions de laïcité, les questions d’immigration et l’autocensure et l’aseptisation du discours public.

Guy Nantel dans son entrevue à TLMEP apportait des points intéressants : une minorité bruyante et visible divise et polarise la société. Il dénonçait aussi l’hypocrisie des médias qui se présentent comme étant impartiaux et objectifs, mais qui ne présentent qu’un côté de la médaille. Toutefois, la meilleure intervention de Nantel concerne le manque de courage de la population envers ses opinions. Certes, il est grave d’offrir le pouvoir à des bienpensants de dicter ce qu’on peut dire ou ne pas dire, mais c’est encore pire de s’autocensurer par peur des représailles de ces bienpensants et de la société. Ce manque de courage, cette hypocrisie de prétendre croire à des choses qui ne font pas de sens pour être accepté gangrène la société.

Il sera intéressant de voir qui incarnera cette contre-culture au Québec et au Canada. Les partis politiques semblent incapables de le faire pour le moment. Peut-être le changement viendra d’ailleurs, du milieu culturel, du milieu académique, qui sait. Il n’en demeure pas moins que l’ère de la mondialisation, du toujours plus et du « progrès social » sans adversaire semble révolue. Le nationalisme, le développement de nos capacités industrielles et la considération de la population générale, du peuple dans les décisions, semblent vouloir s’installer comme contre-culture. Est-ce que cette dernière finira par disparaître comme la contre-culture hippie, ou devenir la culture dominante à son tour? L’avenir nous réserve encore des surprises.

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Photo Samuel Lamarche.

Il semble de plus en plus évident que la culture dominante s’est détachée de la population générale et ne rejoint plus monsieur madame tout le monde. Les milieux académiques, les médias et la joute politique se sont pourtant transformés pour s’adapter à cette culture aux allures hégémoniques. Toutefois, devant des changements aussi radicaux et déconnectés de la population, une contre-culture semble émerger.

Tendre l’autre joue c’est bien, mais…

On le voit un peu partout en occident, la population vit des frustrations grandissantes. Que ce soit sur le plan économique, social, linguistique, politique, etc. L’Europe, après une lune de miel, se retrouve empêtrée dans des disputes interminables entre l’Europe de l’Est et les membres originaux à l’Ouest. Pire encore, le Royaume-Uni a fini par tout simplement claquer la porte au marché commun et aux instances européennes après une campagne référendaire où tous les coups étaient permis (tient ça me rappelle vaguement quelque chose).

Les élites du pays voulaient pourtant demeurer dans l’Union européenne, la couverture médiatique, académique et politique du Brexit était biaisée de façon évidente. Pourtant, la population générale s’est ralliée pour le Brexit causant la consternation des animateurs de la soirée référendaire de la BBC.

C’est en Amérique du Nord toutefois que l’on retrouve le meilleur exemple de cette défiance du peuple envers ses élites. L’élection de 2016 aux États-Unis a démontré les failles d’une nouvelle culture politique imbuvable où la langue de bois domine et où un mot mal placé est transformé en scandale manufacturé par les médias. Les Américains ont préféré envoyer un homme utilisant le mensonge, les insultes et clairement capable de déstabiliser le pays à l’interne comme à l’international qu’une femme incarnant les vices politiques de son époque et ayant triomphé de manière suspecte contre son adversaire Bernie Sanders.

L’introspection défectueuse des élites.

On aurait pu s’attendre à une réflexion dans les milieux académiques, politiques et médiatiques après ces deux événements de « soulèvement » et de « révolte », mais nous avons plutôt assisté à un phénomène inverse. Plutôt que d’engager un dialogue, tenter de comprendre les inquiétudes légitimes de la population, nous avons plutôt assisté à un barrage médiatique méprisant. Nous avons vu la culture dominante étiqueter ses adversaires de tous les noms, tenter de décrédibiliser les inquiétudes des gens et surtout de rendre honteuses ces craintes et inquiétudes.

Revenons chez nous pour la suite de ce texte. Dans les années 2000, le Québec et le Canada sont figés politiquement dans un paradigme et un consensus puissant. Les deux semblent quitter leur paradigme respectif à des moments rapprochés, mais décrochent sur un axe complètement différent.

Alors que le Canada était dans un paradigme de progressisme social, d’immigration de masse, de multiculturalisme, il était aussi dans le paradigme néo-libéral des déficits zéro, des coupures dans les transferts aux provinces, etc.
Le Québec de son côté ressemblait beaucoup au Canada sous l’ère Charest et Couillard. Ajoutons simplement qu’ils étaient absolument indifférents aux craintes de la population entourant le français, la laïcité et toutes questions d’intégrations.

Au Canada, les choses changent avec l’élection de Trudeau. Il accélère le progressisme social, il incarne la « nouvelle gauche » cette culture dominante qui semble inarrêtable au moment de son élection en 2015. Le changement se situe surtout du point de vue fiscal et économique. Au diable les déficits et la dette, le Canada retourne à ses vieux amours des déficits majeurs. Tel père tel fils vous me direz.

Pour le Québec, le point de rupture se produit en 2018. Après avoir nié, méprisé, caricaturé les craintes de la population sur le plan social, tout en étant un gouvernement faisant l’austérité économique, les libéraux subissent leur pire défaite depuis une éternité. Un nouveau parti (thème récurrent en occident) prend le pouvoir autour d’une plateforme nationaliste. Au grand dam de la culture dominante, François Legault avait osé promettre une baisse des seuils d’immigration, dire qu’il craignait que ses enfants ne parlent pas français et promis une loi sur la laïcité. Dans son discours inaugural il utilise les mots « parce qu’au Québec c’est comme ça qu’on vit » et se fait pilonner médiatiquement pour cette ligne représentant pourtant le sentiment de la vaste majorité de la population.

Réhabiliter le gros bon sens.

Depuis 50 ans environ, le néolibéralisme domine en occident. Quelques contre-cultures ont émergé au fil des années, mais aucune n’a vraiment été en mesure d’arrêter le rouleau compresseur américain. Nos dirigeants ont tous sauté à pieds joints dans la mondialisation, ils ont tous prétendu (ou presque) que nous en sortirions gagnants.

Après 50 ans, le constat est assez clair : nous dépendons de pays violant les droits humains les plus fondamentaux sur une base quotidienne, nous n’avons plus la capacité industrielle, agricole ou technique pour réagir rapidement à une situation de crise et les citoyens ordinaires ne sont pas plus riches.

Au contraire, la mondialisation a enrichi les PDG et les actionnaires, elle a augmenté les inégalités de richesse et laissé des régions complètes, des générations complètes dans la misère. Le libre-échange est positif, il ne faut pas se méprendre, mais comme tout autre concept économique, il vient avec un coût. La mondialisation n’est pas un antidote, une recette miracle, c’est un outil de plus à la disposition des nations et des citoyens pour améliorer notre qualité de vie. Hélas, ce n’est pas de cette manière qu’elle a été pensée, construite et articulée.

Enfin, d’un point de vue culturel, puisque l’économie n’est pas tout. Depuis ces 50 dernières années, l’immigration est en hausse constante. Le Canada accueille une quantité vertigineuse d’immigrants chaque année, car il s’est donné l’objectif d’atteindre 100 millions d’habitants en 2100.

On voit pourtant des fissures apparaître. Prix du logement, difficultés d’intégration, hausse de la violence dans les grands centres, tension entre les nouveaux arrivants et les « natifs ». Or, le problème est que chaque question soulevée par la population (largement en désaccord avec ces hausses d’ailleurs) est balayée du revers de la main. On continue à chanter le mantra progressiste que la « diversité est notre force » et à placer les opposants à cette doctrine du toujours plus dans le camp des intolérants et des racistes : les « déplorables ».

La population semble atteindre un point de rupture.

Ce qui est intéressant dans tout cela, c’est que malgré le barrage médiatique, malgré le barrage académique et malgré la complaisance ou la complicité de la classe politique, la population semble en avoir marre. Une contre-culture que l’on pourrait qualifier de conservatrice émerge, bien déterminé à mettre un frein à la débandade des dernières années. Que ce soit sur les questions de liberté d’expression, les questions de laïcité, les questions d’immigration et l’autocensure et l’aseptisation du discours public.

Guy Nantel dans son entrevue à TLMEP apportait des points intéressants : une minorité bruyante et visible divise et polarise la société. Il dénonçait aussi l’hypocrisie des médias qui se présentent comme étant impartiaux et objectifs, mais qui ne présentent qu’un côté de la médaille. Toutefois, la meilleure intervention de Nantel concerne le manque de courage de la population envers ses opinions. Certes, il est grave d’offrir le pouvoir à des bienpensants de dicter ce qu’on peut dire ou ne pas dire, mais c’est encore pire de s’autocensurer par peur des représailles de ces bienpensants et de la société. Ce manque de courage, cette hypocrisie de prétendre croire à des choses qui ne font pas de sens pour être accepté gangrène la société.

Il sera intéressant de voir qui incarnera cette contre-culture au Québec et au Canada. Les partis politiques semblent incapables de le faire pour le moment. Peut-être le changement viendra d’ailleurs, du milieu culturel, du milieu académique, qui sait. Il n’en demeure pas moins que l’ère de la mondialisation, du toujours plus et du « progrès social » sans adversaire semble révolue. Le nationalisme, le développement de nos capacités industrielles et la considération de la population générale, du peuple dans les décisions, semblent vouloir s’installer comme contre-culture. Est-ce que cette dernière finira par disparaître comme la contre-culture hippie, ou devenir la culture dominante à son tour? L’avenir nous réserve encore des surprises.

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