Leçon de la pandémie. Votre corps appartient à l’État.

Dernière modification le 12 January 2022 à 10h42
Photo Samuel Lamarche.

Signe que les choses ne changent jamais vraiment, le monde occidental est à nouveau en ébullition, en débat de société sur ce qui est un droit fondamental, un devoir et comment équilibrer ces forces souvent opposées en société démocratique.

C’était à prévoir, une pandémie mondiale qui s’éternise, des gouvernements dirigeants par décrets et dans l’état d’urgence depuis maintenant deux ans, dans ce contexte, les libertés et les droits fondamentaux deviennent un fardeau pour ceux occupant le pouvoir.

Lorsque l’opposition n’existe pas, car on l’écarte volontairement et qu’on refuse de réunir le parlement, on peut facilement devenir grisé par le pouvoir et percevoir ceux résistant à ce que l’on considère la marche à suivre des nuisances. C’est encore plus vrai lorsque les médias, censés représenter un contrepoids crucial en cette période où l’opposition politique s’est retrouvée muselée, sont désormais dépendants du financement gouvernemental et complaisants à souhait.

Entendons-nous, la CAQ a été excellente dans sa gestion de la pandémie… D’un point de vue marketing. En fait, lorsque François Legault s’accordait la note parfaite, je crois que c’était pour son équipe des communications qu’il donnait cette note. On a quand même ici un premier ministre avec le plus haut taux d’approbation dans sa gestion de la crise alors qu’il a le pire bilan, les mesures les plus restrictives et qu’il est dans une opération de camouflage remarquable concernant l’hécatombe en CHSLD lors de la première vague.

C’est simple, au Québec, le concept des droits et libertés individuelles a pratiquement disparu. Votre droit à la dignité? Êtes-vous déjà allé dans un CHSLD pour me dire que ça existe? Votre liberté d’expression? Si vous n’êtes pas dans une université, ça passe encore, à condition de ne pas utiliser des mots mis à l’index. Votre droit de manifester et de vous rassembler? Pas en temps de crise les amis. Votre droit de disposer de votre corps? C’est terminé. Que ce soit le passeport vaccinal, le couvre-feu ou tout récemment la taxe non vax, le Québec semble avoir définitivement mis une croix sur le droit des citoyens de disposer de leur corps, et ce dans l’indifférence globale.

Pourquoi est-ce si important?

Il faut comprendre que l’autonomie corporelle chez les citoyens, c’est un concept moderne. Dans les régimes totalitaires, ou simplement en reculant à l’époque du système féodal, un serf ne pouvait pas simplement prendre ses chaussures et déménager dans une autre seigneurie. Même pas besoin de reculer si loin, la Russie tsariste abolit le servage seulement en 1861.

L’autonomie corporelle du simple paysan, de la plèbe permet un changement de paradigme. Elle permet l’arrivée d’une idée universelle de la citoyenneté où la population d’une nation n’est plus une propriété d’un État supérieur, mais bien une composante d’une nation et d’un État les représentant. La différence est fondamentale, le rapport de la servitude est, théoriquement, inversé.

L’autonomie corporelle des citoyens, c’est aussi l’impossibilité de l’esclavage légal, c’est une protection contre les sentences inhumaines et la torture, c’est une protection sur votre vie privée et c’est aussi ce qui permet les gains du mouvement féministe et LGBT au 20e et 21e siècle. L’autonomie corporelle du citoyen c’est l’émancipation de la plèbe qui passe ainsi d’un enfant, d’un dépendant à un participant actif à l’élaboration de la société dans laquelle il vit. Bref, c’est fondamental à notre société démocratique moderne.

Le bon vieux dilemme de la liberté ou la sécurité.

Il semble qu’une constante se dégage historiquement dans les sociétés libres. La liberté est souvent mise en opposition avec la sécurité. L’État et les gouvernements ayant comme responsabilité de protéger la population, il n’est pas rare que cette protection devienne un prétexte pour augmenter le pouvoir des dirigeants et restreindre les libertés des citoyens. Prenons simplement la crise du 11 septembre 2001.

Dès le lendemain de cette attaque tragique, les agences d’informations et d’espionnage enclenchaient des protocoles en violation totale de la constitution américaine. Le PATRIOT act sera passé sans problème malgré qu’il viole environ tous les droits fondamentaux des Américains et plusieurs droits humains. Considérée comme une loi d’exception et temporaire, elle deviendra en réalité la nouvelle norme. Je vous invite à lire le livre d’Edward Snowden où de visionner le film sur sa personne pour mieux comprendre.

Si je vous parle du PATRIOT act, c’est fort simple. La constitution américaine offre une protection plus forte et claire que n’importe quel document au Canada, pourtant ça n’a pas empêché le gouvernement de faire passer une loi en violation totale de cette dernière et la rendre « normale ». Lorsque la population accorde un pouvoir temporaire à un gouvernement, c’est très très rare que ce dernier va respecter le côté temporaire. Prenons simplement la TPS, l’impôt sur le revenu au Canada. Le gouvernement fédéral actuel semble d’ailleurs se diriger dans la même veine avec la surveillance massive des données de géolocalisation des téléphones cellulaires.

Certains concepts nous dépassent.

Je sais, au Québec on aime à dire qu’une vie, ça n’a pas de prix. Dans les faits c’est faux, le gouvernement et les compagnies d’assurances ont très bien évalué la valeur de votre vie, ne vous en faites pas pour eux. Or, certaines idées, certains concepts valent plus qu’une vie. Le concept de la liberté, l’idée de pouvoir être libre de ses décisions, de ses actions vaut infiniment plus qu’une vie individuelle.

Ça peut sonner froid et insensible, mais il est important que les gens comprennent que ces concepts n’ont pas été acquis en manifestant avec des casseroles devant un parlement, ils ont été acquis par la force des armes, dans le sang. Des millions de personnes sont mortes à travers l’histoire pour ces concepts. Ce n’est donc pas anormal que des citoyens s’offusquent de voir ces droits devenir des privilèges que le gouvernement peut donner et retirer sans préavis et sans justifications. Ce qui est anormal, c’est que les gens se laissent faire. Ce qui est anormal c’est que la société voit 50 morts et se dit qu’il faut sacrifier toutes nos libertés pour éviter ces morts.

À force de mettre l’accent sur la valeur de notre vie, comme si nous étions un trésor précieux, nous en venons à renier le fait que certaines choses nous dépassent, sont plus grandes que notre existence. L’idée des droits inaliénables et fondamentaux en fait partie.

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Photo Samuel Lamarche.

Signe que les choses ne changent jamais vraiment, le monde occidental est à nouveau en ébullition, en débat de société sur ce qui est un droit fondamental, un devoir et comment équilibrer ces forces souvent opposées en société démocratique.

C’était à prévoir, une pandémie mondiale qui s’éternise, des gouvernements dirigeants par décrets et dans l’état d’urgence depuis maintenant deux ans, dans ce contexte, les libertés et les droits fondamentaux deviennent un fardeau pour ceux occupant le pouvoir.

Lorsque l’opposition n’existe pas, car on l’écarte volontairement et qu’on refuse de réunir le parlement, on peut facilement devenir grisé par le pouvoir et percevoir ceux résistant à ce que l’on considère la marche à suivre des nuisances. C’est encore plus vrai lorsque les médias, censés représenter un contrepoids crucial en cette période où l’opposition politique s’est retrouvée muselée, sont désormais dépendants du financement gouvernemental et complaisants à souhait.

Entendons-nous, la CAQ a été excellente dans sa gestion de la pandémie… D’un point de vue marketing. En fait, lorsque François Legault s’accordait la note parfaite, je crois que c’était pour son équipe des communications qu’il donnait cette note. On a quand même ici un premier ministre avec le plus haut taux d’approbation dans sa gestion de la crise alors qu’il a le pire bilan, les mesures les plus restrictives et qu’il est dans une opération de camouflage remarquable concernant l’hécatombe en CHSLD lors de la première vague.

C’est simple, au Québec, le concept des droits et libertés individuelles a pratiquement disparu. Votre droit à la dignité? Êtes-vous déjà allé dans un CHSLD pour me dire que ça existe? Votre liberté d’expression? Si vous n’êtes pas dans une université, ça passe encore, à condition de ne pas utiliser des mots mis à l’index. Votre droit de manifester et de vous rassembler? Pas en temps de crise les amis. Votre droit de disposer de votre corps? C’est terminé. Que ce soit le passeport vaccinal, le couvre-feu ou tout récemment la taxe non vax, le Québec semble avoir définitivement mis une croix sur le droit des citoyens de disposer de leur corps, et ce dans l’indifférence globale.

Pourquoi est-ce si important?

Il faut comprendre que l’autonomie corporelle chez les citoyens, c’est un concept moderne. Dans les régimes totalitaires, ou simplement en reculant à l’époque du système féodal, un serf ne pouvait pas simplement prendre ses chaussures et déménager dans une autre seigneurie. Même pas besoin de reculer si loin, la Russie tsariste abolit le servage seulement en 1861.

L’autonomie corporelle du simple paysan, de la plèbe permet un changement de paradigme. Elle permet l’arrivée d’une idée universelle de la citoyenneté où la population d’une nation n’est plus une propriété d’un État supérieur, mais bien une composante d’une nation et d’un État les représentant. La différence est fondamentale, le rapport de la servitude est, théoriquement, inversé.

L’autonomie corporelle des citoyens, c’est aussi l’impossibilité de l’esclavage légal, c’est une protection contre les sentences inhumaines et la torture, c’est une protection sur votre vie privée et c’est aussi ce qui permet les gains du mouvement féministe et LGBT au 20e et 21e siècle. L’autonomie corporelle du citoyen c’est l’émancipation de la plèbe qui passe ainsi d’un enfant, d’un dépendant à un participant actif à l’élaboration de la société dans laquelle il vit. Bref, c’est fondamental à notre société démocratique moderne.

Le bon vieux dilemme de la liberté ou la sécurité.

Il semble qu’une constante se dégage historiquement dans les sociétés libres. La liberté est souvent mise en opposition avec la sécurité. L’État et les gouvernements ayant comme responsabilité de protéger la population, il n’est pas rare que cette protection devienne un prétexte pour augmenter le pouvoir des dirigeants et restreindre les libertés des citoyens. Prenons simplement la crise du 11 septembre 2001.

Dès le lendemain de cette attaque tragique, les agences d’informations et d’espionnage enclenchaient des protocoles en violation totale de la constitution américaine. Le PATRIOT act sera passé sans problème malgré qu’il viole environ tous les droits fondamentaux des Américains et plusieurs droits humains. Considérée comme une loi d’exception et temporaire, elle deviendra en réalité la nouvelle norme. Je vous invite à lire le livre d’Edward Snowden où de visionner le film sur sa personne pour mieux comprendre.

Si je vous parle du PATRIOT act, c’est fort simple. La constitution américaine offre une protection plus forte et claire que n’importe quel document au Canada, pourtant ça n’a pas empêché le gouvernement de faire passer une loi en violation totale de cette dernière et la rendre « normale ». Lorsque la population accorde un pouvoir temporaire à un gouvernement, c’est très très rare que ce dernier va respecter le côté temporaire. Prenons simplement la TPS, l’impôt sur le revenu au Canada. Le gouvernement fédéral actuel semble d’ailleurs se diriger dans la même veine avec la surveillance massive des données de géolocalisation des téléphones cellulaires.

Certains concepts nous dépassent.

Je sais, au Québec on aime à dire qu’une vie, ça n’a pas de prix. Dans les faits c’est faux, le gouvernement et les compagnies d’assurances ont très bien évalué la valeur de votre vie, ne vous en faites pas pour eux. Or, certaines idées, certains concepts valent plus qu’une vie. Le concept de la liberté, l’idée de pouvoir être libre de ses décisions, de ses actions vaut infiniment plus qu’une vie individuelle.

Ça peut sonner froid et insensible, mais il est important que les gens comprennent que ces concepts n’ont pas été acquis en manifestant avec des casseroles devant un parlement, ils ont été acquis par la force des armes, dans le sang. Des millions de personnes sont mortes à travers l’histoire pour ces concepts. Ce n’est donc pas anormal que des citoyens s’offusquent de voir ces droits devenir des privilèges que le gouvernement peut donner et retirer sans préavis et sans justifications. Ce qui est anormal, c’est que les gens se laissent faire. Ce qui est anormal c’est que la société voit 50 morts et se dit qu’il faut sacrifier toutes nos libertés pour éviter ces morts.

À force de mettre l’accent sur la valeur de notre vie, comme si nous étions un trésor précieux, nous en venons à renier le fait que certaines choses nous dépassent, sont plus grandes que notre existence. L’idée des droits inaliénables et fondamentaux en fait partie.

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