Le système de santé n’est pas le seul système en danger

Dernière modification le 22 January 2022 à 05h07
Photo Samuel Lamarche.

On entend chaque jour à quel point le système de santé est en mauvais état, qu’il craque de partout et que pour sauver ce mammouth ne faisant ni queue ni tête, nous devons sacrifier tout le reste. Or, le système de santé est loin d’être le seul en danger ni le plus important…

Déformation académique me direz-vous, mais j’ai toujours tendance à mieux voir l’importance de l’économie dans la société que la majorité des gens. Pour plusieurs, l’économie, c’est un système sombre construit autour de la misère des gens, l’exploitation de la population et la destruction de la planète, bref l’économie c’est le bonhomme sept heures. Pour d’autres, la majorité j’ai bien l’impression, c’est le taux de chômage, c’est le salaire qu’on reçoit et le prix des choses qu’on achète. Une vision neutre, mais capable de changer drastiquement selon la situation.

Pour moi l’économie c’est le socle de notre civilisation moderne. L’économie c’est ce qui permet à la population de vivre plus longtemps que jamais, d’avoir toujours plus de traitement et de réduire le taux de mortalité partout dans le monde. C’est aussi ce qui permet à l’État de fournir des services et aux citoyens de se nourrir plus facilement que jamais dans l’histoire. Ce système est complexe, délicat et surtout assez fragile lorsqu’on y pense.

Ça n’a pas empêché plusieurs gouvernements de mettre en place des mesures extrêmement perturbatrices pour sauver le système de santé. Des mesures qui ne semblent pas vraiment fonctionner comme on pourrait l’espérer considérant le prix à payer.

Il faut être honnête avec la population, le prix à payer économiquement sera énorme pour ce que nous faisons subir actuellement à la population et aux entreprises. Que ce soit la fin de l’époque des taux d’intérêt très bas, le retour de l’inflation que l’on croyait avoir vaincue, le choc immense sur les chaînes d’approvisionnement qui ne semble pas capable de rattraper le retard, bref le portrait économique au Québec et au Canada sera drastiquement différent à la fin de cette pandémie.

Premièrement, le nombre de PME en proportion dans notre économie risque d’être plus bas. En effet, avec une pénurie de main-d’œuvre, les emplois demeurent plus nombreux que le nombre de chômeurs, mais ces emplois sont majoritairement créés par des entreprises multinationales n’ayant aucun facteur d’attachement au pays, aucune identité, aucun véritable rôle de citoyen corporatif comme les PME peuvent avoir. Nous aurons donc une économie moins diversifiée, avec moins d’acteurs, encore moins d’entrepreneurs et un effritement de la culture dans les centres-villes.

Deuxièmement, avec tous les chocs sur la chaîne d’approvisionnement, la demande en hausse et l’impression monétaire monstrueuse des dernières années, l’inflation change drastiquement la donne. L’inflation affecte de manière disproportionnée les plus pauvres et les plus vulnérables, elle affecte les salariés et les retraités. L’inflation est un monstre difficile à contrôler et lorsqu’il se réveille, il est presque certain qu’il fera des ravages. On peut s’attendre à une hausse des taux d’intérêt, mais à une époque ou les citoyens n’ont jamais été aussi endettés, les conséquences pourraient être désastreuses.

Enfin, il faut parler de la production et la distribution alimentaire. Bien que je sois une personne prêchant que le système alimentaire nord-américain est l’un des plus robustes au monde, il ne faudrait pas non plus faire exprès de le fragiliser. Pourquoi diable fallait-il forcer la vaccination sur les camionneurs déjà à bout de souffle et en manque d’effectif alors que nous avons pourtant bien réalisé que de forcer la vaccination sur le personnel de la santé était d’une stupidité sans nom en pleine rupture de service ? Pour la plupart des Québécois et des Canadiens, jamais le système alimentaire n’a été aussi près de craquer. Les étagères sont vides ou dégarnies, les soldes de plus en plus rares, le prix augmente et le choix diminue de plus en plus.

Ne parlons même pas du milieu de l’automobile, le meuble, les électroménagers, etc. Disons simplement que ce n’est pas le temps d’avoir une laveuse qui brise, un accident de voiture ou même une crevaison!

Nos dirigeants fonctionnent selon le principe que toutes ces chaînes d’approvisionnement que j’ai nommées (une infime partie de l’économie qui nous soutient) vont reprendre comme avant une fois les restrictions levées, mais rien n’est assuré. Il n’est aucunement certain que ces problèmes soient résolus à court terme. Pire encore, même s’ils sont résolus, rien ne garantit qu’ils seront encore en mesure de fonctionner au même prix pour les consommateurs de tous les jours. Nous pourrions assister ici à notre équivalent contemporain du choc pétrolier. Un choc brutal de l’offre dont l’occident ne s’est jamais vraiment remis. En effet, le pouvoir d’achat de la classe moyenne et des travailleurs n’a jamais été en mesure de retourner aux niveaux pré-choc pétrolier.

C’est un pari extrêmement égoïste que nos dirigeants font, car ils misent l’argent et la sécurité financière des autres. Aucun de nos dirigeants n’aura à se soucier d’insécurité alimentaire même si le système venait à connaître des ratés ou simplement ne jamais revenir comme avant, mais nous, citoyens ordinaires devrons vivre avec les conséquences de leurs choix.

Alors oui, le système de santé est important, mais c’est loin d’être le seul système en danger.

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Photo Samuel Lamarche.

On entend chaque jour à quel point le système de santé est en mauvais état, qu’il craque de partout et que pour sauver ce mammouth ne faisant ni queue ni tête, nous devons sacrifier tout le reste. Or, le système de santé est loin d’être le seul en danger ni le plus important…

Déformation académique me direz-vous, mais j’ai toujours tendance à mieux voir l’importance de l’économie dans la société que la majorité des gens. Pour plusieurs, l’économie, c’est un système sombre construit autour de la misère des gens, l’exploitation de la population et la destruction de la planète, bref l’économie c’est le bonhomme sept heures. Pour d’autres, la majorité j’ai bien l’impression, c’est le taux de chômage, c’est le salaire qu’on reçoit et le prix des choses qu’on achète. Une vision neutre, mais capable de changer drastiquement selon la situation.

Pour moi l’économie c’est le socle de notre civilisation moderne. L’économie c’est ce qui permet à la population de vivre plus longtemps que jamais, d’avoir toujours plus de traitement et de réduire le taux de mortalité partout dans le monde. C’est aussi ce qui permet à l’État de fournir des services et aux citoyens de se nourrir plus facilement que jamais dans l’histoire. Ce système est complexe, délicat et surtout assez fragile lorsqu’on y pense.

Ça n’a pas empêché plusieurs gouvernements de mettre en place des mesures extrêmement perturbatrices pour sauver le système de santé. Des mesures qui ne semblent pas vraiment fonctionner comme on pourrait l’espérer considérant le prix à payer.

Il faut être honnête avec la population, le prix à payer économiquement sera énorme pour ce que nous faisons subir actuellement à la population et aux entreprises. Que ce soit la fin de l’époque des taux d’intérêt très bas, le retour de l’inflation que l’on croyait avoir vaincue, le choc immense sur les chaînes d’approvisionnement qui ne semble pas capable de rattraper le retard, bref le portrait économique au Québec et au Canada sera drastiquement différent à la fin de cette pandémie.

Premièrement, le nombre de PME en proportion dans notre économie risque d’être plus bas. En effet, avec une pénurie de main-d’œuvre, les emplois demeurent plus nombreux que le nombre de chômeurs, mais ces emplois sont majoritairement créés par des entreprises multinationales n’ayant aucun facteur d’attachement au pays, aucune identité, aucun véritable rôle de citoyen corporatif comme les PME peuvent avoir. Nous aurons donc une économie moins diversifiée, avec moins d’acteurs, encore moins d’entrepreneurs et un effritement de la culture dans les centres-villes.

Deuxièmement, avec tous les chocs sur la chaîne d’approvisionnement, la demande en hausse et l’impression monétaire monstrueuse des dernières années, l’inflation change drastiquement la donne. L’inflation affecte de manière disproportionnée les plus pauvres et les plus vulnérables, elle affecte les salariés et les retraités. L’inflation est un monstre difficile à contrôler et lorsqu’il se réveille, il est presque certain qu’il fera des ravages. On peut s’attendre à une hausse des taux d’intérêt, mais à une époque ou les citoyens n’ont jamais été aussi endettés, les conséquences pourraient être désastreuses.

Enfin, il faut parler de la production et la distribution alimentaire. Bien que je sois une personne prêchant que le système alimentaire nord-américain est l’un des plus robustes au monde, il ne faudrait pas non plus faire exprès de le fragiliser. Pourquoi diable fallait-il forcer la vaccination sur les camionneurs déjà à bout de souffle et en manque d’effectif alors que nous avons pourtant bien réalisé que de forcer la vaccination sur le personnel de la santé était d’une stupidité sans nom en pleine rupture de service ? Pour la plupart des Québécois et des Canadiens, jamais le système alimentaire n’a été aussi près de craquer. Les étagères sont vides ou dégarnies, les soldes de plus en plus rares, le prix augmente et le choix diminue de plus en plus.

Ne parlons même pas du milieu de l’automobile, le meuble, les électroménagers, etc. Disons simplement que ce n’est pas le temps d’avoir une laveuse qui brise, un accident de voiture ou même une crevaison!

Nos dirigeants fonctionnent selon le principe que toutes ces chaînes d’approvisionnement que j’ai nommées (une infime partie de l’économie qui nous soutient) vont reprendre comme avant une fois les restrictions levées, mais rien n’est assuré. Il n’est aucunement certain que ces problèmes soient résolus à court terme. Pire encore, même s’ils sont résolus, rien ne garantit qu’ils seront encore en mesure de fonctionner au même prix pour les consommateurs de tous les jours. Nous pourrions assister ici à notre équivalent contemporain du choc pétrolier. Un choc brutal de l’offre dont l’occident ne s’est jamais vraiment remis. En effet, le pouvoir d’achat de la classe moyenne et des travailleurs n’a jamais été en mesure de retourner aux niveaux pré-choc pétrolier.

C’est un pari extrêmement égoïste que nos dirigeants font, car ils misent l’argent et la sécurité financière des autres. Aucun de nos dirigeants n’aura à se soucier d’insécurité alimentaire même si le système venait à connaître des ratés ou simplement ne jamais revenir comme avant, mais nous, citoyens ordinaires devrons vivre avec les conséquences de leurs choix.

Alors oui, le système de santé est important, mais c’est loin d’être le seul système en danger.

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