Tout ça pour ça?

Dernière modification le 27 February 2022 à 08h23
Photo Samuel Lamarche.

Comme l’a dit ma femme lorsqu’elle a vu que Trudeau révoquait, après deux jours, les mesures d’urgence « tout ça pour ça? » Eh oui, après avoir forcé les députés du parlement à perdre leur temps pendant plusieurs journées complètes pour obtenir un vote en tordant le bras de ses propres députés, il revient sur ses pas après seulement deux jours.

Dur coup pour les néo-démocrates et pour Joël Lightbound, après s’être pratiquement prostitués en chambre pour faire passer une invocation des mesures d’urgence sans urgences et sans respecter l’esprit de la loi, ils se retrouvent les deux avec une belle gueule de bois. Ils auront été complices d’une mise en place inutile, violant les droits fondamentaux des Canadiens et selon toute vraisemblance, ont voté pour une loi illégale en toute connaissance de cause pour des raisons partisanes.

Ils se sont donc fait rouler dans la farine du début à la fin par Justin Trudeau et sa garde rapprochée. Après avoir laissé entendre que n’importe quel député votant contre la loi serait du mauvais côté de l’histoire, il a laissé planer un doute sur la nature du vote. Est-ce un vote de confiance? Est-ce un vote de conscience? Est-ce un vote avec une ligne de parti? Même les députés libéraux n’étaient pas sûrs, il s’avère que c’était un vote de confiance et dans le doute, les députés du NPD et du PLC votent en faveur du projet de loi.

Le parti avant la patrie.

Pour citer un de mes potentiels ancêtres, Paul-Émile Lamarche, la patrie passe avant le parti. Or, les députés néo-démocrates et les députés du PLC ayant voté contre malgré leurs objections éthiques, morales et légales ont fait tout le contraire. Pour des gains personnels, une sécurité d’emploi et désireux de protéger les acquis de leur parti, ils ont voté pour une loi présentée dans un contexte incohérent avec l’esprit de la loi et l’intention de ses écrivains.

La loi devait donc passer le test du Sénat, une formalité en temps normal, mais pas cette fois, car plusieurs sénateurs s’étaient positionnés contre la loi et avaient ouvertement critiqué Justin Trudeau et Chrystia Freeland. L’Initiative et le temps ne jouaient pas en la faveur de Trudeau, car plus le temps passait, plus les manifestants étaient dispersés (en utilisant les pouvoirs normaux), plus les contestations judiciaires prenaient de l’ampleur.

Après quelques heures de débats, on voyait déjà que le vote ne serait pas une formalité. Les arguments contre la loi étant bien ficelés, bien défendue et ancrés dans une maitrise du droit canadien. À l’inverse, beaucoup des intervenants en faveur de la loi faisaient dans les arguments émotionnels, politiques et partisans. C’est la raison pour laquelle Trudeau s’est dépêché à retirer les mesures d’urgence, car le camouflet aurait été brutal. En retirant la loi, Trudeau évite un vote qui aurait humilié son gouvernement, le parlement, la démocratie et les institutions canadiennes.

Le Bloc sauve la face.

Le Bloc s’est sauvé d’une situation très fâcheuse dans laquelle son chef l’avait placé. En effet, Yves-François Blanchet s’est placé en avant-plan lors de la crise d’Ottawa, il s’est amusé à narguer Trudeau et le défier d’agir en pensant qu’il ne le ferait pas. Or, Trudeau a bien senti que Blanchet bluffait, que ses cartes n’étaient pas celles qu’il prétendait avoir. Il s’est fait prendre à contre-pieds et son parti a dû se retourner très rapidement et faire preuve d’agilité. Rendons à césar ce qui lui revient, il a réussi à être un meilleur défenseur de la nation québécoise que le gouvernement du Québec.

Le PCC et Poilievre grands gagnants.

Le grand gagnant de cette crise, c’est sans équivoque le parti conservateur canadien. Il a profité des manifestations pour sortir le poids que représentait Erin O’Toole, il a profité de la crise pour faire le grand ménage dans son caucus et son cabinet fantôme. Encore mieux, la crise aura permis à un candidat de grande qualité d’officialiser sa candidature pour la chefferie : Pierre Poilievre.

Le PCC a donc réussi à faire ce qu’il tentait de faire depuis le départ d’Harper alors que personne ne leur accordait d’attention. Le PCC, selon toute vraisemblance, a réussi à mettre fin à ses piètres tentatives de naviguer au centre. Le PCC, avec un chef comme Poilievre, pourrait pour la première fois depuis Mulroney, proposer une vision du Canada cohérente, une vision conservatrice dépassant le simple cadre de l’équilibre budgétaire. Avec Poilievre, on risque de voir une version canadienne du populisme, c’est-à-dire un populisme plus intellectuel et plus respectueux, mais tout de même un populisme que la population rurale et conservatrice quémande depuis plusieurs années maintenant.

Mieux encore, ce « recentrage » vers la droite et une forme de populisme, nous pourrions voir un retour au bercail de Maxime Bernier et la fin du PPC et donc la fin de la division du vote de droite et rural. Une recette presque parfaite pour un gouvernement fort, voire majoritaire. Nous verrons bien, mais chose certaine, le PLC a perdu des plumes qu’il ne pouvait pas se permettre de perdre et le NPD de la crédibilité qu’il n’avait pas.

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Par Samuel Lamarche

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Comme l’a dit ma femme lorsqu’elle a vu que Trudeau révoquait, après deux jours, les mesures d’urgence « tout ça pour ça? » Eh oui, après avoir forcé les députés du parlement à perdre leur temps pendant plusieurs journées complètes pour obtenir un vote en tordant le bras de ses propres députés, il revient sur ses pas après seulement deux jours.

Dur coup pour les néo-démocrates et pour Joël Lightbound, après s’être pratiquement prostitués en chambre pour faire passer une invocation des mesures d’urgence sans urgences et sans respecter l’esprit de la loi, ils se retrouvent les deux avec une belle gueule de bois. Ils auront été complices d’une mise en place inutile, violant les droits fondamentaux des Canadiens et selon toute vraisemblance, ont voté pour une loi illégale en toute connaissance de cause pour des raisons partisanes.

Ils se sont donc fait rouler dans la farine du début à la fin par Justin Trudeau et sa garde rapprochée. Après avoir laissé entendre que n’importe quel député votant contre la loi serait du mauvais côté de l’histoire, il a laissé planer un doute sur la nature du vote. Est-ce un vote de confiance? Est-ce un vote de conscience? Est-ce un vote avec une ligne de parti? Même les députés libéraux n’étaient pas sûrs, il s’avère que c’était un vote de confiance et dans le doute, les députés du NPD et du PLC votent en faveur du projet de loi.

Le parti avant la patrie.

Pour citer un de mes potentiels ancêtres, Paul-Émile Lamarche, la patrie passe avant le parti. Or, les députés néo-démocrates et les députés du PLC ayant voté contre malgré leurs objections éthiques, morales et légales ont fait tout le contraire. Pour des gains personnels, une sécurité d’emploi et désireux de protéger les acquis de leur parti, ils ont voté pour une loi présentée dans un contexte incohérent avec l’esprit de la loi et l’intention de ses écrivains.

La loi devait donc passer le test du Sénat, une formalité en temps normal, mais pas cette fois, car plusieurs sénateurs s’étaient positionnés contre la loi et avaient ouvertement critiqué Justin Trudeau et Chrystia Freeland. L’Initiative et le temps ne jouaient pas en la faveur de Trudeau, car plus le temps passait, plus les manifestants étaient dispersés (en utilisant les pouvoirs normaux), plus les contestations judiciaires prenaient de l’ampleur.

Après quelques heures de débats, on voyait déjà que le vote ne serait pas une formalité. Les arguments contre la loi étant bien ficelés, bien défendue et ancrés dans une maitrise du droit canadien. À l’inverse, beaucoup des intervenants en faveur de la loi faisaient dans les arguments émotionnels, politiques et partisans. C’est la raison pour laquelle Trudeau s’est dépêché à retirer les mesures d’urgence, car le camouflet aurait été brutal. En retirant la loi, Trudeau évite un vote qui aurait humilié son gouvernement, le parlement, la démocratie et les institutions canadiennes.

Le Bloc sauve la face.

Le Bloc s’est sauvé d’une situation très fâcheuse dans laquelle son chef l’avait placé. En effet, Yves-François Blanchet s’est placé en avant-plan lors de la crise d’Ottawa, il s’est amusé à narguer Trudeau et le défier d’agir en pensant qu’il ne le ferait pas. Or, Trudeau a bien senti que Blanchet bluffait, que ses cartes n’étaient pas celles qu’il prétendait avoir. Il s’est fait prendre à contre-pieds et son parti a dû se retourner très rapidement et faire preuve d’agilité. Rendons à césar ce qui lui revient, il a réussi à être un meilleur défenseur de la nation québécoise que le gouvernement du Québec.

Le PCC et Poilievre grands gagnants.

Le grand gagnant de cette crise, c’est sans équivoque le parti conservateur canadien. Il a profité des manifestations pour sortir le poids que représentait Erin O’Toole, il a profité de la crise pour faire le grand ménage dans son caucus et son cabinet fantôme. Encore mieux, la crise aura permis à un candidat de grande qualité d’officialiser sa candidature pour la chefferie : Pierre Poilievre.

Le PCC a donc réussi à faire ce qu’il tentait de faire depuis le départ d’Harper alors que personne ne leur accordait d’attention. Le PCC, selon toute vraisemblance, a réussi à mettre fin à ses piètres tentatives de naviguer au centre. Le PCC, avec un chef comme Poilievre, pourrait pour la première fois depuis Mulroney, proposer une vision du Canada cohérente, une vision conservatrice dépassant le simple cadre de l’équilibre budgétaire. Avec Poilievre, on risque de voir une version canadienne du populisme, c’est-à-dire un populisme plus intellectuel et plus respectueux, mais tout de même un populisme que la population rurale et conservatrice quémande depuis plusieurs années maintenant.

Mieux encore, ce « recentrage » vers la droite et une forme de populisme, nous pourrions voir un retour au bercail de Maxime Bernier et la fin du PPC et donc la fin de la division du vote de droite et rural. Une recette presque parfaite pour un gouvernement fort, voire majoritaire. Nous verrons bien, mais chose certaine, le PLC a perdu des plumes qu’il ne pouvait pas se permettre de perdre et le NPD de la crédibilité qu’il n’avait pas.

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