Jean Charest? Sérieusement?

Dernière modification le 2 March 2022 à 08h00
Photo Samuel Lamarche.

Les rumeurs entourant la candidature de Jean Charest pour la chefferie du PCC sont de plus en plus crédibles et plusieurs députés du PCC du caucus québécois ont publiquement appuyé l’ex premier ministre du Québec.

Si les gens avaient encore espoir envers le caucus québécois du parti conservateur pour proposer une vision cohérente et avoir des convictions, cet appui à la candidature de Jean Charest vient sérieusement mettre en veille ces espoirs. Ces appuis sont véritablement indécents! Comment ne pas devenir cynique en voyant un homme comme Gérard Deltell, farouche critique de Charest à l’époque où il était premier ministre du Québec, offrir son appui à un homme qu’il avait publiquement qualifié de « mafieux, de parrain ». À l’époque, monsieur Charest avait mis en demeure monsieur Deltell pour qu’il se rétracte.

Toutefois, ce n’étaient pas les seules critiques de Deltell à l’époque, il avait offert le titre honorifique de « champion des nominations partisanes » et de « symbole de ce que les citoyens détestent de la politique » en raison de son manque d’éthique. Quand même, qu’un ancien adversaire offre son appui pour une chefferie ne me choque pas. Les désaccords en politique sont temporaires, mais le respect, les questions morales et éthiques tendent à être des fossés plus permanents.

Prenons l’exemple de Robert Bourassa, de René Levesque et Jacques Parizeau. Les trois hommes étaient des rivaux de tous les instants sur la question nationale, mais ils se vouaient un respect énorme et monsieur Levesque et Bourassa étaient même des amis en dehors de la politique. Pourquoi donc? Parce que les critiques qu’ils se faisaient étaient de nature politiques, idéologiques, pas éthiques ou morales. Pas sur l’homme, mais sur les idées.

L’UPAC et le sens du spectacle.

Si on peut remettre en question la compétence de l’UPAC pour enquêter sur la corruption et arrêter les gens responsables de cette dernière, on doit leur donner qu’ils ont le sens du spectacle. Après huit ans (oui 8 ans), l’UPAC met fin à son enquête sur l’ex-Pm juste avant une chefferie dans laquelle Charest est supposément intéressée, pendant une guerre entre l’Ukraine et la Russie monopolisant totalement l’espace médiatique. 10/10 pour faire passer la pilule, il ne manquait qu’un congédiement d’un entraineur du Canadien ou un gros échange et on complétait la carte de bingo.

Il faudra sérieusement se poser la question de la pertinence de cette organisation fondée à l’époque, par le gouvernement Charest, alors que l'oncomprenait tous que ce gouvernement serait la principale cible de l’enquête. Considérant les piètres performances et l’absence de condamnations, on pourrait probablement s’en débarrasser, sauver quelques millions et ne pas véritablement voir de différences.

C’est quand même honteux, dans une province connue pour ses problèmes de corruption, ayant tenu une commission d’enquête sur le problème pendant quatre ans qu’aucun politicien de haut niveau n’a été condamné. C’est un peu comme placer un policier à la sortie des bars pendant 1 an et réaliser qu’il n’a donné aucune contravention pour conduite avec les facultés affaiblies. Vous pouvez penser que c’est en raison d’un excellent travail de sensibilisation. Le NPD sera heureux de recevoir votre vote. Sinon, vous pouvez être réaliste et penser que le policier n’effectue pas son travail.

Une question de principe.

Le parti conservateur ne peut pas se permettre une victoire de Jean Charest. Ce serait la mort de ce parti, ou au minimum une mise dans le coma pour un bon moment. En temps normal, je me dirais que ce sont des choses qui arrivent, que les partis politiques doivent payer le prix de leurs mauvais choix à la chefferie, mais le Canada comme pays ne peut pas se permettre une troisième élection sans véritable alternative à Trudeau et au PLC.

Les conservateurs doivent absolument trouver leur identité, trouver un chef capable d’articuler une vision du Canada cohérente et conservatrice, pas seulement une vision libérale avec moins de dépenses. Les conservateurs, depuis le départ de Mulroney et la fusion, n’ont jamais été capables d’offrir une vision, une idéologie pour le Canada, ils ont capitulé la guerre des idées et la fondation morale du pays aux mains des Libéraux. C’est une grave erreur, mais c’est surtout un déficit fâcheux pour le Canada qui se retrouve dans une situation de monopole idéologique, un immobilisme causant une frustration de plus en plus grande et une déconnexion des élites et du peuple sur de plus en plus d’enjeux.

Jean Charest n’est pas un conservateur. C’est aussi simple que ça, c’est un libéral ayant des affinités avec les entreprises de la construction et les restaurants italiens, c’est un stratège politique incroyable et un opportuniste au nez fin, mais ce n’est pas un conservateur. Il ne pourra donc pas proposer cette vision du Canada qui manque cruellement au parti. Même s’il était un conservateur, quel est le bilan de Charest au Québec? Quel est son héritage?

Les finances publiques n’étaient pas vraiment dans un meilleur état à son départ qu’à son arrivée, la richesse de la classe moyenne n’avait pas augmenté véritablement, le fardeau fiscal était similaire, le réseau de la santé n’était pas en meilleur état et le réseau routier, pourtant asphalté à plusieurs reprises tombait en ruine. Il n’a pas réformé le modèle québécois, il ne l’a pas non plus renié, il l’a seulement gardé présent au minimum dans un état d’hypoglycémie constant pour qu’il fonctionne juste assez pour que le mirage tienne, mais pas assez pour que la situation s’améliore.

Son bilan en tant que conservateur et en tant que PM est pathétique. Le cynisme, le désintérêt et le marasme politique au Québec découlent directement de son passage au pouvoir. Je peux vous dire une chose. En tant que jeune de 24 ans né au Québec, j’ai connu comme premier ministre : Jean Charest, Pauline Marois, Philippe Couillard et maintenant, François Legault. Lisez cette liste et dites-moi pourquoi exactement je devrais avoir confiance envers le modèle québécois, envers les politiciens du Québec?

Quels ont été les grands projets faits au Québec depuis ma naissance et qui n'ont pas été embourbés dans des scandales de corruptions, de collusions et des retards et dépassements de coûts astronomiques? Quels sont les projets de société qui m’ont été présentés à moi et ma génération? Vous avez eu la baie James, l’indépendance, le lac Meech, les olympiques, expo 67, le métro de Montréal, la transcanadienne et bien plus encore.

J’ai droit à un débat sur un tramway bidon à Québec, un troisième lien n’existant que dans les fantasmes de François Legault et Bonnardel, les espaces bleus, du plomb dans l’eau des écoles, le français en déclin et le centre Vidéotron.
L’héritage de Jean Charest, c’est aussi ça. Des milliers de jeunes désabusés, dégoûté par la politique, dégoûté du Québec et son manque d’envergure, d’ambition. C’est un système politique où les spins politiques, les déclarations méprisantes en chambre et un Québec opaque aux citoyens et aux journalistes sont devenus la norme. Coupable ou pas, selon la loi, Jean Charest ne devrait jamais pouvoir refaire de politique. C’est une simple question de principe et de décence humaine.

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Jean Charest? Sérieusement?

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Les rumeurs entourant la candidature de Jean Charest pour la chefferie du PCC sont de plus en plus crédibles et plusieurs députés du PCC du caucus québécois ont publiquement appuyé l’ex premier ministre du Québec.

Si les gens avaient encore espoir envers le caucus québécois du parti conservateur pour proposer une vision cohérente et avoir des convictions, cet appui à la candidature de Jean Charest vient sérieusement mettre en veille ces espoirs. Ces appuis sont véritablement indécents! Comment ne pas devenir cynique en voyant un homme comme Gérard Deltell, farouche critique de Charest à l’époque où il était premier ministre du Québec, offrir son appui à un homme qu’il avait publiquement qualifié de « mafieux, de parrain ». À l’époque, monsieur Charest avait mis en demeure monsieur Deltell pour qu’il se rétracte.

Toutefois, ce n’étaient pas les seules critiques de Deltell à l’époque, il avait offert le titre honorifique de « champion des nominations partisanes » et de « symbole de ce que les citoyens détestent de la politique » en raison de son manque d’éthique. Quand même, qu’un ancien adversaire offre son appui pour une chefferie ne me choque pas. Les désaccords en politique sont temporaires, mais le respect, les questions morales et éthiques tendent à être des fossés plus permanents.

Prenons l’exemple de Robert Bourassa, de René Levesque et Jacques Parizeau. Les trois hommes étaient des rivaux de tous les instants sur la question nationale, mais ils se vouaient un respect énorme et monsieur Levesque et Bourassa étaient même des amis en dehors de la politique. Pourquoi donc? Parce que les critiques qu’ils se faisaient étaient de nature politiques, idéologiques, pas éthiques ou morales. Pas sur l’homme, mais sur les idées.

L’UPAC et le sens du spectacle.

Si on peut remettre en question la compétence de l’UPAC pour enquêter sur la corruption et arrêter les gens responsables de cette dernière, on doit leur donner qu’ils ont le sens du spectacle. Après huit ans (oui 8 ans), l’UPAC met fin à son enquête sur l’ex-Pm juste avant une chefferie dans laquelle Charest est supposément intéressée, pendant une guerre entre l’Ukraine et la Russie monopolisant totalement l’espace médiatique. 10/10 pour faire passer la pilule, il ne manquait qu’un congédiement d’un entraineur du Canadien ou un gros échange et on complétait la carte de bingo.

Il faudra sérieusement se poser la question de la pertinence de cette organisation fondée à l’époque, par le gouvernement Charest, alors que l'oncomprenait tous que ce gouvernement serait la principale cible de l’enquête. Considérant les piètres performances et l’absence de condamnations, on pourrait probablement s’en débarrasser, sauver quelques millions et ne pas véritablement voir de différences.

C’est quand même honteux, dans une province connue pour ses problèmes de corruption, ayant tenu une commission d’enquête sur le problème pendant quatre ans qu’aucun politicien de haut niveau n’a été condamné. C’est un peu comme placer un policier à la sortie des bars pendant 1 an et réaliser qu’il n’a donné aucune contravention pour conduite avec les facultés affaiblies. Vous pouvez penser que c’est en raison d’un excellent travail de sensibilisation. Le NPD sera heureux de recevoir votre vote. Sinon, vous pouvez être réaliste et penser que le policier n’effectue pas son travail.

Une question de principe.

Le parti conservateur ne peut pas se permettre une victoire de Jean Charest. Ce serait la mort de ce parti, ou au minimum une mise dans le coma pour un bon moment. En temps normal, je me dirais que ce sont des choses qui arrivent, que les partis politiques doivent payer le prix de leurs mauvais choix à la chefferie, mais le Canada comme pays ne peut pas se permettre une troisième élection sans véritable alternative à Trudeau et au PLC.

Les conservateurs doivent absolument trouver leur identité, trouver un chef capable d’articuler une vision du Canada cohérente et conservatrice, pas seulement une vision libérale avec moins de dépenses. Les conservateurs, depuis le départ de Mulroney et la fusion, n’ont jamais été capables d’offrir une vision, une idéologie pour le Canada, ils ont capitulé la guerre des idées et la fondation morale du pays aux mains des Libéraux. C’est une grave erreur, mais c’est surtout un déficit fâcheux pour le Canada qui se retrouve dans une situation de monopole idéologique, un immobilisme causant une frustration de plus en plus grande et une déconnexion des élites et du peuple sur de plus en plus d’enjeux.

Jean Charest n’est pas un conservateur. C’est aussi simple que ça, c’est un libéral ayant des affinités avec les entreprises de la construction et les restaurants italiens, c’est un stratège politique incroyable et un opportuniste au nez fin, mais ce n’est pas un conservateur. Il ne pourra donc pas proposer cette vision du Canada qui manque cruellement au parti. Même s’il était un conservateur, quel est le bilan de Charest au Québec? Quel est son héritage?

Les finances publiques n’étaient pas vraiment dans un meilleur état à son départ qu’à son arrivée, la richesse de la classe moyenne n’avait pas augmenté véritablement, le fardeau fiscal était similaire, le réseau de la santé n’était pas en meilleur état et le réseau routier, pourtant asphalté à plusieurs reprises tombait en ruine. Il n’a pas réformé le modèle québécois, il ne l’a pas non plus renié, il l’a seulement gardé présent au minimum dans un état d’hypoglycémie constant pour qu’il fonctionne juste assez pour que le mirage tienne, mais pas assez pour que la situation s’améliore.

Son bilan en tant que conservateur et en tant que PM est pathétique. Le cynisme, le désintérêt et le marasme politique au Québec découlent directement de son passage au pouvoir. Je peux vous dire une chose. En tant que jeune de 24 ans né au Québec, j’ai connu comme premier ministre : Jean Charest, Pauline Marois, Philippe Couillard et maintenant, François Legault. Lisez cette liste et dites-moi pourquoi exactement je devrais avoir confiance envers le modèle québécois, envers les politiciens du Québec?

Quels ont été les grands projets faits au Québec depuis ma naissance et qui n'ont pas été embourbés dans des scandales de corruptions, de collusions et des retards et dépassements de coûts astronomiques? Quels sont les projets de société qui m’ont été présentés à moi et ma génération? Vous avez eu la baie James, l’indépendance, le lac Meech, les olympiques, expo 67, le métro de Montréal, la transcanadienne et bien plus encore.

J’ai droit à un débat sur un tramway bidon à Québec, un troisième lien n’existant que dans les fantasmes de François Legault et Bonnardel, les espaces bleus, du plomb dans l’eau des écoles, le français en déclin et le centre Vidéotron.
L’héritage de Jean Charest, c’est aussi ça. Des milliers de jeunes désabusés, dégoûté par la politique, dégoûté du Québec et son manque d’envergure, d’ambition. C’est un système politique où les spins politiques, les déclarations méprisantes en chambre et un Québec opaque aux citoyens et aux journalistes sont devenus la norme. Coupable ou pas, selon la loi, Jean Charest ne devrait jamais pouvoir refaire de politique. C’est une simple question de principe et de décence humaine.

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