Et si on arrêtait de prendre les Québécois pour des enfants?

Dernière modification le 19 March 2022 à 11h54
Photo Samuel Lamarche.

Je me suis posé la question récemment : qu’arriverait-il si l’on arrêtait d’infantiliser les Québécois et qu’on arrêtait d’agir comme si le gouvernement était foncièrement plus compétent à gérer l’argent des gens qu’eux-mêmes? Il se passerait quoi si les Québécois arrêtaient de se tourner vers le gouvernement au moindre problème?

Je sais, je rêve en couleur, mais il faut quand même sortir des sentiers battus parfois. La société québécoise va mal, très mal même. Le système de santé s’écroule, le système d’éducation s’effondre, le réseau des CPE est en grave pénurie et le réseau routier demeure une blague récurrente et une subvention indirecte aux garages de la province.

Étrangement, peut-être une pure coïncidence, ce sont là des choses qui sont toutes gérées par le gouvernement. Je sais qu’une corrélation n’égale pas une causalité, mais avouez que le hasard fait bien les choses. C’est d’autant plus surprenant que le Québec est la province la plus taxée au Canada, on serait donc, en théorie, censée recevoir un meilleur service, d’avoir un État plus performant et de voir des résultats. Or, systématiquement, les citoyens québécois sont incapables d’avoir accès aux services pour lesquels ils sont forcés de cotiser.

En avoir pour son argent.

Tout d’abord, il faut se dire une chose, au Québec, les gens prennent les impôts trop peu au sérieux. On parle de hausser les impôts comme on parle d’échanger un joueur du Canadien de Montréal, comme on parle de changer de coupe de cheveux. Pourtant, chaque dollar d’impôt prélevé à un citoyen devrait être rigoureusement justifié. On parle tout de même de prendre l’argent d’un travailleur, d’un citoyen ayant gagné légitimement son argent avec son temps et de lui retirer sans qu’il ne puisse refuser. C’est un privilège que nous accordons à l’État que de percevoir l’impôt, pas un droit fondamental.

Il faut pouvoir justifier de manière économique, mais aussi éthique que l’argent gagné par un individu de manière légitime est mieux utilisé par l’ensemble de la société. De plus, il faut que plusieurs comprennent une chose, la gratuité n’existe pas, c’est simplement que l’on retire la facture aux individus, aux utilisateurs, pour répartir le coût à la société dans son ensemble. Ainsi, lorsqu’on parle de gratuité des soins dentaires, des médicaments, de l’université, etc.

C’est un mensonge et c’est malhonnête. Chaque service où le gouvernement décide de collectiviser les coûts veut dire une augmentation du fardeau fiscal. Non seulement ce n’est pas gratuit, mais ce n’est pas aussi sans effets économiques et sociaux quantifiables. La gratuité, par sa nature, entraîne une surutilisation et une dévalorisation du bien ou du service. Ce n’est pas pour rien que plusieurs pays pourtant très friands des services publics ont mis en place des tickets modérateurs dans les urgences.

Je demande à ces gens désireux de rendre « gratuite » toutes ces choses : quelle partie de mon salaire devrait vous revenir, revenir à l’État? Quel pourcentage est juste?

Une contribution insoutenable.

Il faut dire que le Québec est particulièrement mal en point du point de vue fiscal. Environ le tiers de la population est trop pauvre pour payer des impôts. Pour être précis, en 2013 et 2016, soit les derniers chiffres que j’ai pu trouver, environ 36% des citoyens québécois n’ont pas payé d’impôt en raison d’un revenu trop faible. Ce qui veut donc dire que 64% des citoyens ont 100% de la responsabilité fiscale très lourde du Québec.

Toutefois, le déséquilibre se poursuit. En effet, 73% des contribuables avaient fait moins de 50 000$ au Québec, ils avaient contribué pour 21% de la facture. Pour ceux ayant gagné entre 50 et 99 000$, on parle de 40.7% de l’ensemble de la facture pour un contingent de seulement 21% des contribuables. Enfin, le fameux 1% au Québec, les citoyens ayant gagné plus de 100 000$ par année ne représentaient que 5.6% des contribuables québécois. Ils ont toutefois payé 39% de l’impôt total engrangé par le Québec.

Comment voulez-vous qu’une société prospère et se développe en ayant un tel fardeau fiscal sur ses citoyens tout en ayant une aussi grosse proportion de citoyens ne payant même pas l’équivalent d’une boîte de pansement dans un hôpital. Comment une société peut-elle justifier un tel système surtout lorsque ce dernier ne livre clairement pas la marchandise.

En fait, si l’on considère la pression fiscale, c’est-à-dire impôt provincial, fédéral, cotisation, etc. On arrive à 38.6% du PIB au Québec contre 32.2% pour le Canada. Nous sommes aussi supérieurs à la moyenne des pays du G7 (35.6%) et des pays de l’OCDE (34.3%). Si l’on prend les charges sur les entreprises? Nous sommes pratiquement les « gagnants » avec un taux atteignant 5.9% de notre modeste PIB alors que la moyenne du G7 est de 2.9% et celle de l’OCDE de 3.8%.

Même nos riches sont plus pauvres.

Le comble dans tout cela, c’est que dans les données que j’ai pu trouver, nous avons une plus faible proportion de citoyens gagnant plus de 100 000$ annuellement que les autres provinces et que le Canada, mais en plus de ça, leur revenu en moyenne est plus bas que ceux des autres provinces. Nous avons donc moins de « riches » et nos « riches » sont en fait plus pauvres que la moyenne des autres grosses provinces. Les raisons entourant cette « pauvreté » de nos riches et leur rareté peuvent être nombreuses.

Tout d’abord, on ne peut pas négliger le fait que nous sommes en compétition fiscale avec les autres provinces et même les autres pays. Certains ont donc certainement plié bagage. Un autre point pourrait être le faible taux d’entrepreneuriat au Québec et la faiblesse des investissements et des gains de productivités. Deux facteurs contribuant à un appauvrissement collectif, mais aussi à l’absence de grandes fortunes comme on peut en voir ailleurs.

Enfin, les incitatifs fiscaux et économiques ne sont tout simplement pas présents, il est très punitif d’améliorer son sort financièrement au Québec et plusieurs préfèrent simplement faire le minimum, puisqu’ils savent qu’ils ne verront pas les fruits de leurs efforts.

Et si l’on devenait plus riche?

Je sais qu’au Québec, nous avons encore des résidus de notre héritage catholique. L’argent est mal vu, parler d’argent c’est tabou. On tient clairement de nos cousins français de ce côté. Or, si justement on commençait à parler d’argent, de richesse. Si justement on enseignait aux gens les notions de base de l’investissement, du budget, si l’on redonnait le contrôle d’une plus grande partie du portefeuille des Québécois aux Québécois, est-ce qu’on ne pourrait pas, peut-être, voir émerger une société québécoise plus riche, plus ambitieuse, plus prospère que celle dans laquelle nous vivons?
Moi personnellement, j’y crois.

Sources :

https://www.journaldemontreal.com/2016/06/30/plus-du-tiers-des-quebecois-ne-paient-pas-dimpot-2

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1465162/charges-fiscales-taxes-impots-quebec-taux-imposition-gerald-fillion

https://www.lapresse.ca/debats/200901/09/01-693038-qui-paie-le-plus-dimpot-le-quebecois-lontarien-ou-lalbertain.php

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Photo Samuel Lamarche.

Je me suis posé la question récemment : qu’arriverait-il si l’on arrêtait d’infantiliser les Québécois et qu’on arrêtait d’agir comme si le gouvernement était foncièrement plus compétent à gérer l’argent des gens qu’eux-mêmes? Il se passerait quoi si les Québécois arrêtaient de se tourner vers le gouvernement au moindre problème?

Je sais, je rêve en couleur, mais il faut quand même sortir des sentiers battus parfois. La société québécoise va mal, très mal même. Le système de santé s’écroule, le système d’éducation s’effondre, le réseau des CPE est en grave pénurie et le réseau routier demeure une blague récurrente et une subvention indirecte aux garages de la province.

Étrangement, peut-être une pure coïncidence, ce sont là des choses qui sont toutes gérées par le gouvernement. Je sais qu’une corrélation n’égale pas une causalité, mais avouez que le hasard fait bien les choses. C’est d’autant plus surprenant que le Québec est la province la plus taxée au Canada, on serait donc, en théorie, censée recevoir un meilleur service, d’avoir un État plus performant et de voir des résultats. Or, systématiquement, les citoyens québécois sont incapables d’avoir accès aux services pour lesquels ils sont forcés de cotiser.

En avoir pour son argent.

Tout d’abord, il faut se dire une chose, au Québec, les gens prennent les impôts trop peu au sérieux. On parle de hausser les impôts comme on parle d’échanger un joueur du Canadien de Montréal, comme on parle de changer de coupe de cheveux. Pourtant, chaque dollar d’impôt prélevé à un citoyen devrait être rigoureusement justifié. On parle tout de même de prendre l’argent d’un travailleur, d’un citoyen ayant gagné légitimement son argent avec son temps et de lui retirer sans qu’il ne puisse refuser. C’est un privilège que nous accordons à l’État que de percevoir l’impôt, pas un droit fondamental.

Il faut pouvoir justifier de manière économique, mais aussi éthique que l’argent gagné par un individu de manière légitime est mieux utilisé par l’ensemble de la société. De plus, il faut que plusieurs comprennent une chose, la gratuité n’existe pas, c’est simplement que l’on retire la facture aux individus, aux utilisateurs, pour répartir le coût à la société dans son ensemble. Ainsi, lorsqu’on parle de gratuité des soins dentaires, des médicaments, de l’université, etc.

C’est un mensonge et c’est malhonnête. Chaque service où le gouvernement décide de collectiviser les coûts veut dire une augmentation du fardeau fiscal. Non seulement ce n’est pas gratuit, mais ce n’est pas aussi sans effets économiques et sociaux quantifiables. La gratuité, par sa nature, entraîne une surutilisation et une dévalorisation du bien ou du service. Ce n’est pas pour rien que plusieurs pays pourtant très friands des services publics ont mis en place des tickets modérateurs dans les urgences.

Je demande à ces gens désireux de rendre « gratuite » toutes ces choses : quelle partie de mon salaire devrait vous revenir, revenir à l’État? Quel pourcentage est juste?

Une contribution insoutenable.

Il faut dire que le Québec est particulièrement mal en point du point de vue fiscal. Environ le tiers de la population est trop pauvre pour payer des impôts. Pour être précis, en 2013 et 2016, soit les derniers chiffres que j’ai pu trouver, environ 36% des citoyens québécois n’ont pas payé d’impôt en raison d’un revenu trop faible. Ce qui veut donc dire que 64% des citoyens ont 100% de la responsabilité fiscale très lourde du Québec.

Toutefois, le déséquilibre se poursuit. En effet, 73% des contribuables avaient fait moins de 50 000$ au Québec, ils avaient contribué pour 21% de la facture. Pour ceux ayant gagné entre 50 et 99 000$, on parle de 40.7% de l’ensemble de la facture pour un contingent de seulement 21% des contribuables. Enfin, le fameux 1% au Québec, les citoyens ayant gagné plus de 100 000$ par année ne représentaient que 5.6% des contribuables québécois. Ils ont toutefois payé 39% de l’impôt total engrangé par le Québec.

Comment voulez-vous qu’une société prospère et se développe en ayant un tel fardeau fiscal sur ses citoyens tout en ayant une aussi grosse proportion de citoyens ne payant même pas l’équivalent d’une boîte de pansement dans un hôpital. Comment une société peut-elle justifier un tel système surtout lorsque ce dernier ne livre clairement pas la marchandise.

En fait, si l’on considère la pression fiscale, c’est-à-dire impôt provincial, fédéral, cotisation, etc. On arrive à 38.6% du PIB au Québec contre 32.2% pour le Canada. Nous sommes aussi supérieurs à la moyenne des pays du G7 (35.6%) et des pays de l’OCDE (34.3%). Si l’on prend les charges sur les entreprises? Nous sommes pratiquement les « gagnants » avec un taux atteignant 5.9% de notre modeste PIB alors que la moyenne du G7 est de 2.9% et celle de l’OCDE de 3.8%.

Même nos riches sont plus pauvres.

Le comble dans tout cela, c’est que dans les données que j’ai pu trouver, nous avons une plus faible proportion de citoyens gagnant plus de 100 000$ annuellement que les autres provinces et que le Canada, mais en plus de ça, leur revenu en moyenne est plus bas que ceux des autres provinces. Nous avons donc moins de « riches » et nos « riches » sont en fait plus pauvres que la moyenne des autres grosses provinces. Les raisons entourant cette « pauvreté » de nos riches et leur rareté peuvent être nombreuses.

Tout d’abord, on ne peut pas négliger le fait que nous sommes en compétition fiscale avec les autres provinces et même les autres pays. Certains ont donc certainement plié bagage. Un autre point pourrait être le faible taux d’entrepreneuriat au Québec et la faiblesse des investissements et des gains de productivités. Deux facteurs contribuant à un appauvrissement collectif, mais aussi à l’absence de grandes fortunes comme on peut en voir ailleurs.

Enfin, les incitatifs fiscaux et économiques ne sont tout simplement pas présents, il est très punitif d’améliorer son sort financièrement au Québec et plusieurs préfèrent simplement faire le minimum, puisqu’ils savent qu’ils ne verront pas les fruits de leurs efforts.

Et si l’on devenait plus riche?

Je sais qu’au Québec, nous avons encore des résidus de notre héritage catholique. L’argent est mal vu, parler d’argent c’est tabou. On tient clairement de nos cousins français de ce côté. Or, si justement on commençait à parler d’argent, de richesse. Si justement on enseignait aux gens les notions de base de l’investissement, du budget, si l’on redonnait le contrôle d’une plus grande partie du portefeuille des Québécois aux Québécois, est-ce qu’on ne pourrait pas, peut-être, voir émerger une société québécoise plus riche, plus ambitieuse, plus prospère que celle dans laquelle nous vivons?
Moi personnellement, j’y crois.

Sources :

https://www.journaldemontreal.com/2016/06/30/plus-du-tiers-des-quebecois-ne-paient-pas-dimpot-2

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1465162/charges-fiscales-taxes-impots-quebec-taux-imposition-gerald-fillion

https://www.lapresse.ca/debats/200901/09/01-693038-qui-paie-le-plus-dimpot-le-quebecois-lontarien-ou-lalbertain.php

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