Pourquoi j’ai mis mon indépendantisme sur pause

Dernière modification le 1 April 2022 à 10h55
Photo Samuel Lamarche.

Ce n’est désormais plus un secret, je suis membre du Parti Conservateur du Québec et j’ai débuté mon implication avec eux en début 2022. J’étais autrefois membre de la commission politique du Parti Québécois et j’ai été candidat du Bloc Québécois à la dernière élection. De dire que je suis un indépendantiste c’est un peu minimiser mes convictions et mon désir pour un pays…

Pourtant, face à la situation actuelle, j’ai décidé de mettre mon indépendantisme sur pause. Je conserve mes convictions que le Québec serait plus riche, plus libre et plus à même de demeurer français en étant indépendant, mais force est de constater que les Québécois ont d’autres chats à fouetter et que pendant ce temps, la situation économique, sociale et démocratique se détériorent rapidement.

Un changement de garde.

Il faut dire que le Québec semble vouloir entrer dans une nouvelle révolution tranquille, un changement de paradigme important est à l’horizon. Le modèle québécois et l’état providence à profusion n’ont plus le même attrait pour la nouvelle génération qui réalise que le Québec construit par le PQ et le PLQ est un Québec par les boomers, pour les boomers.

Ce n’est pas difficile à comprendre. Ils ont eu une éducation dans de nouvelles écoles, des soins de santé relativement correcte (faudrait pas abuser, le Québec a toujours fait dur en santé), ils ont eu des grands projets et même des politiciens avec une certaine envergure.

Nous avons des écoles avec du plomb dans l’eau, un système de santé tellement médiocre que j’ai dû sacrifier deux années de mon existence jusqu’à présent, deux années que le gouvernement ne pourra jamais me redonner parce qu’il est d’une incompétence crasse depuis 40 ans en santé. Non seulement ça, mais notre génération a aussi grandi dans des CPE auxquels nous n’avons plus accès même si nous payons les impôts pour, notre génération n’a pas droit d’exploiter ses ressources et de faire des grands projets, notre génération ne peut pas acheter de maison, où alors très difficilement et avec de la chance dans mon cas.

Le Québec construit par les boomers se résume au dicton suivant : faites ce qu’on vous dit, pas ce que nous avons fait. C’est un Québec construit sur une hypocrisie sans nom, sans vergogne. Le Québec d’aujourd’hui est une société sclérosée, maternée à outrance où chaque geste, chaque décision dépend d’un fonctionnaire. Les droits individuels, mais tout simplement le concept d’autonomie et de gros bon sens n’existent plus, car la population a été infantilisée jusqu’au niveau préscolaire pratiquement.

Ma confiance n’est plus là.

Tout ça pour dire, devant un tel constat, est-ce que je fais vraiment confiance au Québec d’être un pays dans lequel je veux vivre? Pas vraiment. Est-ce que j’ai envie de faire un saut de l’ange en votant oui à un référendum sans avoir une idée de la constitution, de nos droits et libertés, de notre structure politique? Pas après les deux années que nous venons de traverser.

Après les deux dernières années plus jamais je ne donnerai un chèque en blanc à un politicien. Plus jamais je ne m’impliquerai dans un mouvement augmentant les pouvoirs du gouvernement à dicter comment je dois vivre ma vie sans avoir de sérieuses garanties. Ceci inclut le projet d’indépendance.

Les deux dernières années ont montré à quel point les institutions du Québec sont faibles, faciles à détourner. Je me suis même surpris à me dire quelquefois que j’étais content d’être encore dans le Canada tellement le gouvernement du Québec dérapait par moment. J’avais au moins le sentiment qu’une certaine limite était imposée à François Legault et ses troupes.

Si au moins un parti élu à l’assemblée Nationale avait eu le courage de se lever et de dire ce que plusieurs pensaient, si au moins un parti élu avait eu le courage de ses convictions plutôt que de se soucier de son « image de marque » peut-être que nous n’en serions pas là. Plutôt que de se lever fermement, ils ont préféré se taire et s’asseoir dès que le premier ministre disait qu’ils jouaient à un jeu dangereux. Ils ont laissé un homme et son parti faire du Québec son jouet, son domaine par peur d’être affilié avec les « édentés » les « déplorables ». Ils seront finalement associés à ce gouvernement et comme étant des lâches.

Pourquoi l’indépendance?

J’ai toujours été partisan de l’indépendance pour deux raisons. Les raisons économiques, mais surtout pour l’idée même de la liberté. La liberté de choisir, la liberté d’être nous-mêmes, la liberté de faire nos alliances ainsi que nos traités et la liberté d’écrire nos propres lois sans qu’elles puissent être invalidées par un autre gouvernement.

Or, la liberté du Québec n’est pas la liberté de son gouvernement à faire tout et n’importe quoi. Le Québec ne peut être libre que si ses citoyens sont libres et défendre l’indépendance du Québec sans défendre celle de ses citoyens est une incohérence selon moi. Le mouvement indépendantiste sera marqué au fer rouge par les deux dernières années et par le passage de la CAQ au gouvernement.

Non seulement la confiance envers les institutions et le gouvernement n’a jamais été aussi basse, mais la confiance envers tous les politiciens est en chute libre. Le mouvement indépendantiste ne pourra plus jamais présenter un projet aussi mal ficelé qu’en 1995 et s’approcher d’un vote gagnant.

Les citoyens n’auront jamais suffisamment confiance que les mêmes politiciens ayant accepté qu’on les enferme, qu’on ferme les écoles, qu’on impose un passeport vaccinal et que l’on ferme pratiquement toutes les entreprises du Québec puissent avoir encore plus de pouvoir sur leur vie.

Il faudra donc, pour le mouvement indépendantiste, complètement renouveler son discours. Le PQ et son projet par les boomers et pour les boomers devra probablement disparaître ou tomber sur un « ange de la rénovation ».
Il faudra étoffer le projet, arriver avec du concret sur nos institutions, notre constitution, notre « bill of rights » et répondre aux questions de base sur le futur économique.

Aurons-nous une monnaie? Serons-nous une société de libre-échange? Aurons-nous une banque centrale? Allons-nous vouloir entrer dans l’ALÉNA? Des questions qui auraient dû être répondues depuis 60 ans, la base!

Tant que cette base ne sera pas présente, tant qu’un parti indépendantiste ne me présentera pas une vision du Québec dans laquelle j’aurai confiance que mes droits et libertés sont adéquatement protégés, je refuserai de signer. Pour le moment je vais travailler à ce que l’infantilisation de la population du Québec cesse et que ma génération puisse enfin prendre sa place et avoir ses rêves, ses projets et sa propre ambition pour le Québec.

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Par Samuel Lamarche

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Ce n’est désormais plus un secret, je suis membre du Parti Conservateur du Québec et j’ai débuté mon implication avec eux en début 2022. J’étais autrefois membre de la commission politique du Parti Québécois et j’ai été candidat du Bloc Québécois à la dernière élection. De dire que je suis un indépendantiste c’est un peu minimiser mes convictions et mon désir pour un pays…

Pourtant, face à la situation actuelle, j’ai décidé de mettre mon indépendantisme sur pause. Je conserve mes convictions que le Québec serait plus riche, plus libre et plus à même de demeurer français en étant indépendant, mais force est de constater que les Québécois ont d’autres chats à fouetter et que pendant ce temps, la situation économique, sociale et démocratique se détériorent rapidement.

Un changement de garde.

Il faut dire que le Québec semble vouloir entrer dans une nouvelle révolution tranquille, un changement de paradigme important est à l’horizon. Le modèle québécois et l’état providence à profusion n’ont plus le même attrait pour la nouvelle génération qui réalise que le Québec construit par le PQ et le PLQ est un Québec par les boomers, pour les boomers.

Ce n’est pas difficile à comprendre. Ils ont eu une éducation dans de nouvelles écoles, des soins de santé relativement correcte (faudrait pas abuser, le Québec a toujours fait dur en santé), ils ont eu des grands projets et même des politiciens avec une certaine envergure.

Nous avons des écoles avec du plomb dans l’eau, un système de santé tellement médiocre que j’ai dû sacrifier deux années de mon existence jusqu’à présent, deux années que le gouvernement ne pourra jamais me redonner parce qu’il est d’une incompétence crasse depuis 40 ans en santé. Non seulement ça, mais notre génération a aussi grandi dans des CPE auxquels nous n’avons plus accès même si nous payons les impôts pour, notre génération n’a pas droit d’exploiter ses ressources et de faire des grands projets, notre génération ne peut pas acheter de maison, où alors très difficilement et avec de la chance dans mon cas.

Le Québec construit par les boomers se résume au dicton suivant : faites ce qu’on vous dit, pas ce que nous avons fait. C’est un Québec construit sur une hypocrisie sans nom, sans vergogne. Le Québec d’aujourd’hui est une société sclérosée, maternée à outrance où chaque geste, chaque décision dépend d’un fonctionnaire. Les droits individuels, mais tout simplement le concept d’autonomie et de gros bon sens n’existent plus, car la population a été infantilisée jusqu’au niveau préscolaire pratiquement.

Ma confiance n’est plus là.

Tout ça pour dire, devant un tel constat, est-ce que je fais vraiment confiance au Québec d’être un pays dans lequel je veux vivre? Pas vraiment. Est-ce que j’ai envie de faire un saut de l’ange en votant oui à un référendum sans avoir une idée de la constitution, de nos droits et libertés, de notre structure politique? Pas après les deux années que nous venons de traverser.

Après les deux dernières années plus jamais je ne donnerai un chèque en blanc à un politicien. Plus jamais je ne m’impliquerai dans un mouvement augmentant les pouvoirs du gouvernement à dicter comment je dois vivre ma vie sans avoir de sérieuses garanties. Ceci inclut le projet d’indépendance.

Les deux dernières années ont montré à quel point les institutions du Québec sont faibles, faciles à détourner. Je me suis même surpris à me dire quelquefois que j’étais content d’être encore dans le Canada tellement le gouvernement du Québec dérapait par moment. J’avais au moins le sentiment qu’une certaine limite était imposée à François Legault et ses troupes.

Si au moins un parti élu à l’assemblée Nationale avait eu le courage de se lever et de dire ce que plusieurs pensaient, si au moins un parti élu avait eu le courage de ses convictions plutôt que de se soucier de son « image de marque » peut-être que nous n’en serions pas là. Plutôt que de se lever fermement, ils ont préféré se taire et s’asseoir dès que le premier ministre disait qu’ils jouaient à un jeu dangereux. Ils ont laissé un homme et son parti faire du Québec son jouet, son domaine par peur d’être affilié avec les « édentés » les « déplorables ». Ils seront finalement associés à ce gouvernement et comme étant des lâches.

Pourquoi l’indépendance?

J’ai toujours été partisan de l’indépendance pour deux raisons. Les raisons économiques, mais surtout pour l’idée même de la liberté. La liberté de choisir, la liberté d’être nous-mêmes, la liberté de faire nos alliances ainsi que nos traités et la liberté d’écrire nos propres lois sans qu’elles puissent être invalidées par un autre gouvernement.

Or, la liberté du Québec n’est pas la liberté de son gouvernement à faire tout et n’importe quoi. Le Québec ne peut être libre que si ses citoyens sont libres et défendre l’indépendance du Québec sans défendre celle de ses citoyens est une incohérence selon moi. Le mouvement indépendantiste sera marqué au fer rouge par les deux dernières années et par le passage de la CAQ au gouvernement.

Non seulement la confiance envers les institutions et le gouvernement n’a jamais été aussi basse, mais la confiance envers tous les politiciens est en chute libre. Le mouvement indépendantiste ne pourra plus jamais présenter un projet aussi mal ficelé qu’en 1995 et s’approcher d’un vote gagnant.

Les citoyens n’auront jamais suffisamment confiance que les mêmes politiciens ayant accepté qu’on les enferme, qu’on ferme les écoles, qu’on impose un passeport vaccinal et que l’on ferme pratiquement toutes les entreprises du Québec puissent avoir encore plus de pouvoir sur leur vie.

Il faudra donc, pour le mouvement indépendantiste, complètement renouveler son discours. Le PQ et son projet par les boomers et pour les boomers devra probablement disparaître ou tomber sur un « ange de la rénovation ».
Il faudra étoffer le projet, arriver avec du concret sur nos institutions, notre constitution, notre « bill of rights » et répondre aux questions de base sur le futur économique.

Aurons-nous une monnaie? Serons-nous une société de libre-échange? Aurons-nous une banque centrale? Allons-nous vouloir entrer dans l’ALÉNA? Des questions qui auraient dû être répondues depuis 60 ans, la base!

Tant que cette base ne sera pas présente, tant qu’un parti indépendantiste ne me présentera pas une vision du Québec dans laquelle j’aurai confiance que mes droits et libertés sont adéquatement protégés, je refuserai de signer. Pour le moment je vais travailler à ce que l’infantilisation de la population du Québec cesse et que ma génération puisse enfin prendre sa place et avoir ses rêves, ses projets et sa propre ambition pour le Québec.

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