Pour un nouveau nationalisme

Dernière modification le 25 May 2022 à 09h15
Photo Samuel Lamarche.

Pratiquement tous les partis politiques au Québec se disent nationalistes d’une façon ou d’une autre : nationalisme économique, culturel, linguistique, etc. Évidemment, comme pratiquement tout le monde au Québec se dit nationaliste, dire de son adversaire qu’il n’est pas assez nationaliste ou pire encore, qu’il est ANTINATIONALISTE est une attaque vicieuse et très efficace. Or, au milieu de tous ces joyeux lurons se cacherait-il une autre option?

Vous le savez, je me considère nationaliste, même si j’ai le nationalisme en berne depuis les deux dernières années et plus particulièrement depuis 1 an, mais quand même! Ma perception du nationalisme lorsque je militais au PQ et au Bloc a toujours été un peu particulière. Autant j’avais des alliés dans le clan des purs et durs comme Frederic Bastien, autant j’ai eu la chance et le privilège de défendre ma vision du nationalisme avec Sylvain Gaudreault.

Vous en conviendrez, il s’agit là de deux hommes de convictions, mais surtout de convictions fortement divergentes. Serais-je un vire-capot? Une guidoune? Un traître à ma nation? Douteux considérant que la plupart des gens avec qui j’ai travaillé en politique semblent avoir apprécié mes documents et mes idées.

Les Antinationalistes!

Voyez-vous, lorsque je lis qu’Éric Duhaime est antinationaliste parce qu’il n’est pas à l’aise de voir la loi 96 suspendre 38 articles de la constitution québécoise, ça me fait un peu grincer des dents. Antinationaliste selon qui? Selon quelle définition? À ce que je sache, la constitution québécoise, contrairement à la constitution canadienne, est reconnue par le Québec comme étant légitime. Ce devrait même être un document fondamental pour tout nationaliste québécois, mais bon…

Ensuite, antinationaliste… D’abord, il faudrait peut-être m’expliquer la définition du nationalisme québécois. Si François Legault, Éric Duhaime, Gabriel Nadeau-Dubois, Dominique Anglade et PSPP peuvent tous se dire nationaliste sans que cela cause de dissonance cognitive, c’est que le mot est vague et fluide. On est loin d’un mot, d’une définition faisant consensus. Le nationalisme québécois, comme d’autres idées en politique change selon la personne désirant s’en faire la voix.

Pour François Legault, le nationalisme c’est de faire le coq devant le fédéral et de s’indigner quand Justin Trudeau dit non. Pour PSPP, le nationalisme c’est l’indépendance et la survie de la nation francophone. Pour Anglade, le nationalisme c’est des votes francophones, puis perdre des votes anglophones et adopter la stratégie de la terre brulée en espérant que personne ne remarque. (Pardon on me glisse à l’oreille que je suis de mauvaise foi, elle semble vouloir incarner un nationalisme décentralisateur.) Enfin, pour QS et GND, le nationalisme c’est l’État social-démocrate qui prend soin des autres.

Alors il reste à Éric Duhaime de démontrer sa vision du nationalisme, de l’expliquer et surtout de vendre sa salade aux Québécois.

Sans vouloir faire des comparaisons boiteuses, lorsque Lesage critiquait l’alliance entre le clergé catholique et le gouvernement, lorsqu’il critiquait le message de Duplessis sur la race canadienne-française, il devait se faire traiter d’antinationaliste par ses adversaires. Pourtant, la vision du nationalisme de Lesage deviendra, au fil du 20e siècle, la vision du nationalisme québécois. Sa vision était tellement différente que l’adoption par la population de cette dernière entra dans l’histoire comme la Révolution tranquille.

Lesage par sa vision différente de la nation instaurera un modèle québécois. Un modèle que je critique abondamment, mais tout de même, par la force des choses, Lesage a remporté la bataille des idées pour au moins 60 ans. Qui fait mieux?

J’aime bien Mathieu Bock-Côté, mais…

Je n’ai rien contre MBC, j’ai même encensé l’homme plusieurs fois. Sa capacité à produire du contenu politique, intellectuel et d’opinion à une telle fréquence est purement de la sorcellerie. Cependant, MBC est tellement omniprésent médiatiquement qu’il est un peu devenu le pape du nationalisme québécois.

Or, selon moi ce nationalisme Bock-Cotéen est construit autour de deux choses qui sont incompatibles avec une nation libre et une nation prospère.

Premièrement, ce nationalisme à la sauce MBC est construit autour d’un sentiment d’infériorité envers les anglophones et une certaine jalousie.

Deuxièmement, le nationalisme québécois par ses auteurs pré révolution tranquille et ayant grandement inspiré MBC ont construit leur vision du nationalisme autour de la crainte, légitime je l’admets, de la disparition, de l’assimilation.
Le problème c’est qu’on ne forge pas une nation en se sentant petit et vulnérable. On ne devient pas une nation pleine et entière en ayant peur, en se sentant faible et en se tournant systématiquement vers le gouvernement pour notre protection.

L’on devient une nation pleine et entière lorsqu’on a confiance en nous-mêmes, confiance en notre culture, en notre langue et que l’on sait que peu importe les obstacles devant notre peuple, devant notre nation, nous vaincrons. On devient une nation pleine et entière lorsque les autres veulent se joindre à nous, lorsqu’on attire la jalousie et l’envie, car notre société est prospère, dynamique et vivante.

Le nationalisme Bock-Cotéen et ses versions antérieures sont en partie responsables des deux défaites référendaires, car il s’est cru plus efficace dans son utilisation de la peur des Québécois que le fédéral. Or, le fédéral a su jouer sur des peurs encore plus viscérales que la peur de disparaître : la peur de la souffrance, la peur de la faim, de la pauvreté.
Dès le moment où nous avons tenté de vaincre la peur par la peur, nous avions perdu, nous étions échec et mat.

Ma vision du nationalisme.

J’en ai assez de jouer défensivement, il est plus que temps de passer à l’attaque. Il est l’heure pour le Québec d’avoir un leader proposant une version offensive du nationalisme. Un nationalisme de croissance et non pas de survie, un nationalisme faisant du français un avantage, pas une obligation.

Je veux d’un nationalisme mettant la population en confiance, attisant la fierté des Québécois, je rêve d’un nationalisme dont l’objectif est de faire de notre nation une terre d’opportunité, une communauté culturellement vivante et dynamique plus qu’un vulgaire festival avec des drapeaux du Québec. Je veux d’un nationalisme qui remet de l’avant l’ambition de nos ancêtres ayant construit le métro, les barrages et plus encore.

Je veux un Québec attirant, une communauté francophone si dynamique, si compétitive que les nouveaux arrivants voudront se joindre à nous. Ne venez pas me dire que c’est impossible, plusieurs nations l’ont faite. Plus de gens sont en mesure d’identifier la culture texane que la culture américaine, plusieurs imaginent même que la culture texane est la culture américaine. Encore mieux, le Texas est l’un des États avec la plus grande croissance économique et démographique des États-Unis. Pourquoi? Parce qu’il a tout fait pour rendre sa culture, sa nation attirante, prospère et qu’il émane la confiance.

Alors qu’attendons-nous? Soyons des porte-paroles du fait français en Amérique du Nord, soyons une nation fière de son existence et désireuse de croître, pas craintive de disparaître. C’est à ce moment-là que nous existerons réellement.

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Par Samuel Lamarche

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Pratiquement tous les partis politiques au Québec se disent nationalistes d’une façon ou d’une autre : nationalisme économique, culturel, linguistique, etc. Évidemment, comme pratiquement tout le monde au Québec se dit nationaliste, dire de son adversaire qu’il n’est pas assez nationaliste ou pire encore, qu’il est ANTINATIONALISTE est une attaque vicieuse et très efficace. Or, au milieu de tous ces joyeux lurons se cacherait-il une autre option?

Vous le savez, je me considère nationaliste, même si j’ai le nationalisme en berne depuis les deux dernières années et plus particulièrement depuis 1 an, mais quand même! Ma perception du nationalisme lorsque je militais au PQ et au Bloc a toujours été un peu particulière. Autant j’avais des alliés dans le clan des purs et durs comme Frederic Bastien, autant j’ai eu la chance et le privilège de défendre ma vision du nationalisme avec Sylvain Gaudreault.

Vous en conviendrez, il s’agit là de deux hommes de convictions, mais surtout de convictions fortement divergentes. Serais-je un vire-capot? Une guidoune? Un traître à ma nation? Douteux considérant que la plupart des gens avec qui j’ai travaillé en politique semblent avoir apprécié mes documents et mes idées.

Les Antinationalistes!

Voyez-vous, lorsque je lis qu’Éric Duhaime est antinationaliste parce qu’il n’est pas à l’aise de voir la loi 96 suspendre 38 articles de la constitution québécoise, ça me fait un peu grincer des dents. Antinationaliste selon qui? Selon quelle définition? À ce que je sache, la constitution québécoise, contrairement à la constitution canadienne, est reconnue par le Québec comme étant légitime. Ce devrait même être un document fondamental pour tout nationaliste québécois, mais bon…

Ensuite, antinationaliste… D’abord, il faudrait peut-être m’expliquer la définition du nationalisme québécois. Si François Legault, Éric Duhaime, Gabriel Nadeau-Dubois, Dominique Anglade et PSPP peuvent tous se dire nationaliste sans que cela cause de dissonance cognitive, c’est que le mot est vague et fluide. On est loin d’un mot, d’une définition faisant consensus. Le nationalisme québécois, comme d’autres idées en politique change selon la personne désirant s’en faire la voix.

Pour François Legault, le nationalisme c’est de faire le coq devant le fédéral et de s’indigner quand Justin Trudeau dit non. Pour PSPP, le nationalisme c’est l’indépendance et la survie de la nation francophone. Pour Anglade, le nationalisme c’est des votes francophones, puis perdre des votes anglophones et adopter la stratégie de la terre brulée en espérant que personne ne remarque. (Pardon on me glisse à l’oreille que je suis de mauvaise foi, elle semble vouloir incarner un nationalisme décentralisateur.) Enfin, pour QS et GND, le nationalisme c’est l’État social-démocrate qui prend soin des autres.

Alors il reste à Éric Duhaime de démontrer sa vision du nationalisme, de l’expliquer et surtout de vendre sa salade aux Québécois.

Sans vouloir faire des comparaisons boiteuses, lorsque Lesage critiquait l’alliance entre le clergé catholique et le gouvernement, lorsqu’il critiquait le message de Duplessis sur la race canadienne-française, il devait se faire traiter d’antinationaliste par ses adversaires. Pourtant, la vision du nationalisme de Lesage deviendra, au fil du 20e siècle, la vision du nationalisme québécois. Sa vision était tellement différente que l’adoption par la population de cette dernière entra dans l’histoire comme la Révolution tranquille.

Lesage par sa vision différente de la nation instaurera un modèle québécois. Un modèle que je critique abondamment, mais tout de même, par la force des choses, Lesage a remporté la bataille des idées pour au moins 60 ans. Qui fait mieux?

J’aime bien Mathieu Bock-Côté, mais…

Je n’ai rien contre MBC, j’ai même encensé l’homme plusieurs fois. Sa capacité à produire du contenu politique, intellectuel et d’opinion à une telle fréquence est purement de la sorcellerie. Cependant, MBC est tellement omniprésent médiatiquement qu’il est un peu devenu le pape du nationalisme québécois.

Or, selon moi ce nationalisme Bock-Cotéen est construit autour de deux choses qui sont incompatibles avec une nation libre et une nation prospère.

Premièrement, ce nationalisme à la sauce MBC est construit autour d’un sentiment d’infériorité envers les anglophones et une certaine jalousie.

Deuxièmement, le nationalisme québécois par ses auteurs pré révolution tranquille et ayant grandement inspiré MBC ont construit leur vision du nationalisme autour de la crainte, légitime je l’admets, de la disparition, de l’assimilation.
Le problème c’est qu’on ne forge pas une nation en se sentant petit et vulnérable. On ne devient pas une nation pleine et entière en ayant peur, en se sentant faible et en se tournant systématiquement vers le gouvernement pour notre protection.

L’on devient une nation pleine et entière lorsqu’on a confiance en nous-mêmes, confiance en notre culture, en notre langue et que l’on sait que peu importe les obstacles devant notre peuple, devant notre nation, nous vaincrons. On devient une nation pleine et entière lorsque les autres veulent se joindre à nous, lorsqu’on attire la jalousie et l’envie, car notre société est prospère, dynamique et vivante.

Le nationalisme Bock-Cotéen et ses versions antérieures sont en partie responsables des deux défaites référendaires, car il s’est cru plus efficace dans son utilisation de la peur des Québécois que le fédéral. Or, le fédéral a su jouer sur des peurs encore plus viscérales que la peur de disparaître : la peur de la souffrance, la peur de la faim, de la pauvreté.
Dès le moment où nous avons tenté de vaincre la peur par la peur, nous avions perdu, nous étions échec et mat.

Ma vision du nationalisme.

J’en ai assez de jouer défensivement, il est plus que temps de passer à l’attaque. Il est l’heure pour le Québec d’avoir un leader proposant une version offensive du nationalisme. Un nationalisme de croissance et non pas de survie, un nationalisme faisant du français un avantage, pas une obligation.

Je veux d’un nationalisme mettant la population en confiance, attisant la fierté des Québécois, je rêve d’un nationalisme dont l’objectif est de faire de notre nation une terre d’opportunité, une communauté culturellement vivante et dynamique plus qu’un vulgaire festival avec des drapeaux du Québec. Je veux d’un nationalisme qui remet de l’avant l’ambition de nos ancêtres ayant construit le métro, les barrages et plus encore.

Je veux un Québec attirant, une communauté francophone si dynamique, si compétitive que les nouveaux arrivants voudront se joindre à nous. Ne venez pas me dire que c’est impossible, plusieurs nations l’ont faite. Plus de gens sont en mesure d’identifier la culture texane que la culture américaine, plusieurs imaginent même que la culture texane est la culture américaine. Encore mieux, le Texas est l’un des États avec la plus grande croissance économique et démographique des États-Unis. Pourquoi? Parce qu’il a tout fait pour rendre sa culture, sa nation attirante, prospère et qu’il émane la confiance.

Alors qu’attendons-nous? Soyons des porte-paroles du fait français en Amérique du Nord, soyons une nation fière de son existence et désireuse de croître, pas craintive de disparaître. C’est à ce moment-là que nous existerons réellement.

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