La corruption tranquille

Dernière modification le 15 June 2022 à 09h42
Photo Samuel Lamarche.

La récente candidature de Bernard Drainville pour la CAQ avec Caroline St-Hilaire confirme mon cynisme face à la politique québécoise moderne. Après la révolution tranquille inachevée en 1995 avec l’échec du référendum, le Québec est entré dans une période de déclin que j’appelle affectueusement : la corruption tranquille.

Les Québécois n’aiment pas la chicane. Enfin, c’est ce qu’on répète Ad nauseam dans les médias, en politique et pour se sortir d’une situation de débat sain au Québec. La vérité est plutôt que les Québécois n’aiment pas être bousculé. Ils tiennent beaucoup à leur confort, mais aussi à la perception qu’ils ont du Québec et du monde.

Ce n’est pas un hasard que la stagnation et le « pas pire » dominent le Québec lorsqu’on considère cet immobilisme intellectuel présent chez tant de Québécois. Ainsi, les piètres performances économiques du Québec sont ignorées par la plupart des gens, les faiblesses de nos institutions publiques comme la santé, l’éducation et la petite enfance sont normalisées et même défendus au nom du « Modèle Québécois ».

Combien de fois est-ce que j’ai entendu qu’on a un bon système de santé au Québec et un bon système d’éducation? « Au moins on n’est pas comme aux États-Unis! » comme dirait Gertrude 59 ans et fonctionnaire depuis 30 ans. Or, c’est objectivement et empiriquement faux. Le Québec, sur pleins d’indicateurs est mauvais. Il n’est pas simplement médiocre ou « pas pire » il est purement et simplement mauvais. Ce genre de déclaration, c’est une forme de corruption.

La corruption, ce n’est pas seulement une question d’argent.

Évidemment, la corruption au Québec n’atteint pas des niveaux où le système est sur le point de basculer comme dans certains pays. N’empêche, depuis 20 ans, notre niveau de corruption augmente considérablement. Toutefois, j’inclus une forme de corruption non-monétaire : la corruption morale, la corruption des faits et de la vérité à des fins partisanes et politiques.

Bernard Drainville et Caroline St-Hilaire sont, pour moi, l’incarnation vivante de la corruption morale omniprésente dans notre système politique. Des gens ayant sacrifié leur dignité, leurs convictions, mais surtout vendu leur âme pour un peu de pouvoir.

Comme tant d’autres, ils sacrifieront sur l’autel du pouvoir la vérité et la capacité de voir la réalité objectivement sans regarder à travers les lunettes très opaques de la ligne de partie.

Le pire dans tout cela? C’est que cette corruption morale, cette érosion de nos standards est tolérée par la population. Les Québécois, lorsque présenté devant le choix de la corruption ou d’un changement dans leur mode de vie ont systématiquement choisi la corruption.

Ne venez pas me dire que la population n’était pas au courant pour le maire Vaillancourt, le maire Tremblay, Jean Charest et le PLQ au tournant du 21e siècle! Les gens savaient, mais ont préféré détourner le regard, car cette corruption monétaire, morale et politique ne venait pas changer leur qualité de vie et leur petit confort. C’est ce que je nomme la corruption de la vérité. Une sorte d’illusion, de monde fictif dans lequel les Québécois se réfugient pour se réconforter dans leurs certitudes.

La CAQ, le PLQ, même combat, même constat.

Si je parle de ces 3 sbires, c’est parce qu’on enseignera probablement un jour que le début du 21e siècle au Québec est une période de déclin, de décadence et de corruption. C’est notre grande noirceur que nous vivons actuellement.

Étienne-Alexandre Beauregard, Mathieu Bock-Côté, Bernard Drainville peuvent bien écrire ce qu’ils veulent, la réalité est que le gouvernement de la CAQ est un gouvernement de continuité, un gouvernement de la médiocrité et un gouvernement qui dans son ADN va favoriser la collusion, la corruption plutôt que le changement.

Il n’y a pas de pari caquiste autre que de savoir combien de milliards peuvent être détournés avant que la population ne se fâche et réalise l’entourloupe.

On le voit depuis qu’ils sont au pouvoir. Le ministre Fitzgibbon est un sketch du bye bye vivant, constamment embourbé dans des scandales de collusion, d’éthique et des allégations de corruption. Les troupes de François Legault ont gouvernées le Québec par décrets et détournées des milliards de dollars en fonds publics sans appels d’offres, ils ont fait subir aux Québécois les pires mesures sanitaires du continent et ont parmi les pires résultats en Amérique du Nord.
Que disent les gens? « Ils ont fait leur possible, personne n’aurait fait mieux. »

Mais c’est faux! Pratiquement tous les États ont fait mieux que nous, mais encore une fois, nous sommes tellement conditionnés à être des perdants, des « pas pire » qu’on applaudi l’incompétence et la corruption.

Un remède de cheval.

Je reprends ici l’expression de mon politicien favori Jacques Parizeau : il faut un remède de cheval pour relever le Québec.

Le Québec a largement dépassé le cap des réformes légères et des petits projets de loi, c’est désormais une question de culture politique, de culture tout court même. Aussi longtemps que les Québécois accepteront d’être des « pas pires » des « beaux perdants » ils en souffriront.

Tant que les Québécois accepteront que le gouvernement remplace le bon Dieu qu’ils ont jeté dehors dans les années 60, le problème restera.

La fierté mentionnée par la CAQ est une chimère, une fabulation grotesque fabriquée pour exciter les nationalistes nihilistes et les péquistes résignés.

Personne ne devrait être fier que sa langue nécessite un énième projet de loi pour être protégée, personne ne devrait être fier que notre culture soit si peu attrayante que l’on doivent utiliser des milliards de fonds publics, des quotas et plus encore pour qu’elle maintienne la tête hors de l’eau. Personne ne devrait être fier de voir un premier ministre mendier des miettes à Justin Trudeau et ne jamais rien recevoir.

Au contraire! Nous devrions être gêné, nous devrions être piqué au vif et désireux de changer les choses, mais changer les choses impliquerait de bouleverser notre confort et nos certitudes…

Les Québécois doivent avoir plus d’orgueil et de dignité, être plus ambitieux et demander au gouvernement de rendre des comptes. Que les gens soient d’accord de payer autant d’impôt est une question de choix et de démocratie, mais de grâce, soyons au moins exigeant d’avoir des services à la hauteur des sommes qu’on nous impose. Soyons assez intelligent pour comparer ce que nous recevons plutôt que de juste accepter que ce soit « partout pareil » ou « pire aux États-Unis ».

Tant et aussi longtemps qu’on acceptera que des politiciens s’amusent avec notre argent pour s’enrichir, enrichir des amis et autres formes de corruptions, nous déclinerons. Tant et aussi longtemps qu’on votera pour des « faiseux de fierté » nous disparaîtrons lentement dans l’indifférence la plus totale.

Personne ne viendra nous sauver de nous-même. Nous sommes seuls et le fardeau de notre survie, de notre prospérité repose entièrement sur nos épaules. Agissons en conséquence.

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Par Samuel Lamarche

Fondateur

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La récente candidature de Bernard Drainville pour la CAQ avec Caroline St-Hilaire confirme mon cynisme face à la politique québécoise moderne. Après la révolution tranquille inachevée en 1995 avec l’échec du référendum, le Québec est entré dans une période de déclin que j’appelle affectueusement : la corruption tranquille.

Les Québécois n’aiment pas la chicane. Enfin, c’est ce qu’on répète Ad nauseam dans les médias, en politique et pour se sortir d’une situation de débat sain au Québec. La vérité est plutôt que les Québécois n’aiment pas être bousculé. Ils tiennent beaucoup à leur confort, mais aussi à la perception qu’ils ont du Québec et du monde.

Ce n’est pas un hasard que la stagnation et le « pas pire » dominent le Québec lorsqu’on considère cet immobilisme intellectuel présent chez tant de Québécois. Ainsi, les piètres performances économiques du Québec sont ignorées par la plupart des gens, les faiblesses de nos institutions publiques comme la santé, l’éducation et la petite enfance sont normalisées et même défendus au nom du « Modèle Québécois ».

Combien de fois est-ce que j’ai entendu qu’on a un bon système de santé au Québec et un bon système d’éducation? « Au moins on n’est pas comme aux États-Unis! » comme dirait Gertrude 59 ans et fonctionnaire depuis 30 ans. Or, c’est objectivement et empiriquement faux. Le Québec, sur pleins d’indicateurs est mauvais. Il n’est pas simplement médiocre ou « pas pire » il est purement et simplement mauvais. Ce genre de déclaration, c’est une forme de corruption.

La corruption, ce n’est pas seulement une question d’argent.

Évidemment, la corruption au Québec n’atteint pas des niveaux où le système est sur le point de basculer comme dans certains pays. N’empêche, depuis 20 ans, notre niveau de corruption augmente considérablement. Toutefois, j’inclus une forme de corruption non-monétaire : la corruption morale, la corruption des faits et de la vérité à des fins partisanes et politiques.

Bernard Drainville et Caroline St-Hilaire sont, pour moi, l’incarnation vivante de la corruption morale omniprésente dans notre système politique. Des gens ayant sacrifié leur dignité, leurs convictions, mais surtout vendu leur âme pour un peu de pouvoir.

Comme tant d’autres, ils sacrifieront sur l’autel du pouvoir la vérité et la capacité de voir la réalité objectivement sans regarder à travers les lunettes très opaques de la ligne de partie.

Le pire dans tout cela? C’est que cette corruption morale, cette érosion de nos standards est tolérée par la population. Les Québécois, lorsque présenté devant le choix de la corruption ou d’un changement dans leur mode de vie ont systématiquement choisi la corruption.

Ne venez pas me dire que la population n’était pas au courant pour le maire Vaillancourt, le maire Tremblay, Jean Charest et le PLQ au tournant du 21e siècle! Les gens savaient, mais ont préféré détourner le regard, car cette corruption monétaire, morale et politique ne venait pas changer leur qualité de vie et leur petit confort. C’est ce que je nomme la corruption de la vérité. Une sorte d’illusion, de monde fictif dans lequel les Québécois se réfugient pour se réconforter dans leurs certitudes.

La CAQ, le PLQ, même combat, même constat.

Si je parle de ces 3 sbires, c’est parce qu’on enseignera probablement un jour que le début du 21e siècle au Québec est une période de déclin, de décadence et de corruption. C’est notre grande noirceur que nous vivons actuellement.

Étienne-Alexandre Beauregard, Mathieu Bock-Côté, Bernard Drainville peuvent bien écrire ce qu’ils veulent, la réalité est que le gouvernement de la CAQ est un gouvernement de continuité, un gouvernement de la médiocrité et un gouvernement qui dans son ADN va favoriser la collusion, la corruption plutôt que le changement.

Il n’y a pas de pari caquiste autre que de savoir combien de milliards peuvent être détournés avant que la population ne se fâche et réalise l’entourloupe.

On le voit depuis qu’ils sont au pouvoir. Le ministre Fitzgibbon est un sketch du bye bye vivant, constamment embourbé dans des scandales de collusion, d’éthique et des allégations de corruption. Les troupes de François Legault ont gouvernées le Québec par décrets et détournées des milliards de dollars en fonds publics sans appels d’offres, ils ont fait subir aux Québécois les pires mesures sanitaires du continent et ont parmi les pires résultats en Amérique du Nord.
Que disent les gens? « Ils ont fait leur possible, personne n’aurait fait mieux. »

Mais c’est faux! Pratiquement tous les États ont fait mieux que nous, mais encore une fois, nous sommes tellement conditionnés à être des perdants, des « pas pire » qu’on applaudi l’incompétence et la corruption.

Un remède de cheval.

Je reprends ici l’expression de mon politicien favori Jacques Parizeau : il faut un remède de cheval pour relever le Québec.

Le Québec a largement dépassé le cap des réformes légères et des petits projets de loi, c’est désormais une question de culture politique, de culture tout court même. Aussi longtemps que les Québécois accepteront d’être des « pas pires » des « beaux perdants » ils en souffriront.

Tant que les Québécois accepteront que le gouvernement remplace le bon Dieu qu’ils ont jeté dehors dans les années 60, le problème restera.

La fierté mentionnée par la CAQ est une chimère, une fabulation grotesque fabriquée pour exciter les nationalistes nihilistes et les péquistes résignés.

Personne ne devrait être fier que sa langue nécessite un énième projet de loi pour être protégée, personne ne devrait être fier que notre culture soit si peu attrayante que l’on doivent utiliser des milliards de fonds publics, des quotas et plus encore pour qu’elle maintienne la tête hors de l’eau. Personne ne devrait être fier de voir un premier ministre mendier des miettes à Justin Trudeau et ne jamais rien recevoir.

Au contraire! Nous devrions être gêné, nous devrions être piqué au vif et désireux de changer les choses, mais changer les choses impliquerait de bouleverser notre confort et nos certitudes…

Les Québécois doivent avoir plus d’orgueil et de dignité, être plus ambitieux et demander au gouvernement de rendre des comptes. Que les gens soient d’accord de payer autant d’impôt est une question de choix et de démocratie, mais de grâce, soyons au moins exigeant d’avoir des services à la hauteur des sommes qu’on nous impose. Soyons assez intelligent pour comparer ce que nous recevons plutôt que de juste accepter que ce soit « partout pareil » ou « pire aux États-Unis ».

Tant et aussi longtemps qu’on acceptera que des politiciens s’amusent avec notre argent pour s’enrichir, enrichir des amis et autres formes de corruptions, nous déclinerons. Tant et aussi longtemps qu’on votera pour des « faiseux de fierté » nous disparaîtrons lentement dans l’indifférence la plus totale.

Personne ne viendra nous sauver de nous-même. Nous sommes seuls et le fardeau de notre survie, de notre prospérité repose entièrement sur nos épaules. Agissons en conséquence.

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