Pourquoi se compliquer la vie avec la monarchie?

Dernière modification le 24 January 2021 à 09h08
Photo Jordan Larochelle.

Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI quitte sa prison du Temple vers le cœur de Paris pour se faire exécuter. Les révolutionnaires en ont décidé ainsi quelques jours plus tôt. Le couperet tombe et le roi meurt décapité. C’est la fin de la monarchie, du moins pour un temps puisque les Français alterneront durant une centaine d’années entre les régimes monarchique et républicain.

Le hasard fait drôlement les choses puisque 228 ans plus tard, le 21 janvier 2021, la Gouverneure Générale du Canada démissionne à la suite de la publication d’un rapport très critique à son endroit. Il est fort probable que le Premier ministre Trudeau a demandé à Julie Payette de quitter ses fonctions pour éviter de faire trop de vagues. Surtout qu’avec la très haute probabilité de la tenue d’élections fédérales ce printemps, le gouvernement peut se passer de cette épine dans le pied. Pour le moment la fonction de Gouverneur Général est assurée par le Juge en Chef de la Cour Suprême, Richard Wagner. D’ici quelques semaines, le gouvernement devrait pouvoir annoncer le nom de la personne qui reprendra le flambeau.
#### Pourquoi la remplacer maintenant ?
Mettre dans la liste des priorités du gouvernement la nomination du prochain Gouverneur Général peut paraître un manque de jugement, mais il paraît que non. Semble-t-il que le Canada ne peut absolument pas se passer de la fonction. Alors oui le rôle du Gouverneur Général est important, mais je ne le pense pas indispensable. La Constitution prévoit l’intérim par le Juge en Chef et cet intérim n’a pas de durée prescrite par la loi. Il est concevable que le poste reste vacant et que le Juge en Chef en assume la fonction indéfiniment. N’est-il pas le plus haut juge de la plus haute cour du pays? Il semble tout indiqué pour pouvoir assumer la fonction de façon plus que correcte. Les véritables pouvoirs attribués au Gouverneur Général tels que la sanction royale, la dissolution de la Chambre des Communes, la nomination des membres du Cabinet, etc. pourraient être ajoutés à sa charge de juge en chef alors que les fonctions plus cérémonielles telles que la remise de médailles, la coupure de rubans et la représentation internationale pourraient facilement échouer au premier ministre ou à n’importe quel autre membre du cabinet. En France, ce sont les membres du gouvernement et le Président de la République lui-même qui se partagent ces tâches.
Il serait aussi possible de demander directement à la reine de faire son travail ici aussi et de toujours intervenir lorsque nécessaire. Après tout, la technologie nous permet aujourd’hui de pouvoir procéder de façon plus efficace qu’en 1867, au moment où il était impossible de communiquer rapidement avec Londres. Cette idée peut sembler saugrenue, mais elle ne l’est pas plus que l’idée de la monarchie canadienne.
#### Vive la République!
Je considère qu’il est plus que temps d’abolir cette idée archaïque qu’est la couronne canadienne. Le premier ministre Trudeau disait qu’avec la Covid-19, le monde allait changer, que la normalité ne serait plus la même. Voilà donc le bon moment pour jeter à la poubelle les restants de l’Empire britannique. Il n’est aucunement justifiable que le Canada ait une reine anglaise. Il n’est aucunement justifiable que le Canada ait un monarque point. Maintenant, la norme, c’est la République. Après 154 ans d’histoire, il serait temps que nous adoptions nous aussi ce système. Les ardents défenseurs de la monarchie plaident que la couronne nous préserve des abus de pouvoir, protège notre démocratie. Je rétorque que la Couronne va toujours protéger ses avoirs et se protéger elle-même, mais elle ne protègera pas le petit peuple. La monarchie espagnole n’a pas résisté à Franco, le roi d’Italie n’a pas empêché Mussolini, pas plus que la Couronne russe n’a retenu les bolchéviques. Si depuis 1867 la Couronne canadienne nous a préservés de ce genre de malheur, c’est uniquement parce que nous n’avons pas eu le climat politique propice. Et rien n’indique que nous sommes à l'abri de ce genre de comportement, surtout avec la décomplexion des discours d’extrême-droite et de politiciens zélés qui surfent sur la vague.
En choisissant la république, nous aurions l’embarras du choix. Il existe des systèmes à l’Allemande, très similaire au nôtre avec un président qui n’a que très peu de pouvoir, un système à la française, composé d’un président de la république, mais aussi d’un premier ministre ou encore d’un système fédéral à l’américaine, qui somme toute à bien fonctionné la majeure partie du temps. Rien ne nous empêcherait aussi de nous créer notre propre système, un régime républicain à la canadienne.
Toutes ses idées sont purement théoriques et ont très peu de chances d’être instaurées dans un futur proche. Les mesures qui devraient être prises pour faire changer notre système seraient complexes et auraient peu de chance d’aboutir. Modifier la Constitution est dangereux et la personne qui essaierait aurait de grandes chances de s’y brûler. Les Canadiens sont plutôt indifférents à la monarchie, ses symboles sont majoritairement considérés comme du folklore plutôt que comme une réelle situation politique. La prochaine personne à occuper la fonction de gouverneur général devra faire profil bas, s’en tenir stricto sensu à son rôle protocolaire et surtout, faire comme la majorité des gouverneurs généraux de notre histoire, faire oublier qu’ils existent.

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Photo Jordan Larochelle.
Par Jordan Larochelle

Collaborateur

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Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI quitte sa prison du Temple vers le cœur de Paris pour se faire exécuter. Les révolutionnaires en ont décidé ainsi quelques jours plus tôt. Le couperet tombe et le roi meurt décapité. C’est la fin de la monarchie, du moins pour un temps puisque les Français alterneront durant une centaine d’années entre les régimes monarchique et républicain.

Le hasard fait drôlement les choses puisque 228 ans plus tard, le 21 janvier 2021, la Gouverneure Générale du Canada démissionne à la suite de la publication d’un rapport très critique à son endroit. Il est fort probable que le Premier ministre Trudeau a demandé à Julie Payette de quitter ses fonctions pour éviter de faire trop de vagues. Surtout qu’avec la très haute probabilité de la tenue d’élections fédérales ce printemps, le gouvernement peut se passer de cette épine dans le pied. Pour le moment la fonction de Gouverneur Général est assurée par le Juge en Chef de la Cour Suprême, Richard Wagner. D’ici quelques semaines, le gouvernement devrait pouvoir annoncer le nom de la personne qui reprendra le flambeau.
#### Pourquoi la remplacer maintenant ?
Mettre dans la liste des priorités du gouvernement la nomination du prochain Gouverneur Général peut paraître un manque de jugement, mais il paraît que non. Semble-t-il que le Canada ne peut absolument pas se passer de la fonction. Alors oui le rôle du Gouverneur Général est important, mais je ne le pense pas indispensable. La Constitution prévoit l’intérim par le Juge en Chef et cet intérim n’a pas de durée prescrite par la loi. Il est concevable que le poste reste vacant et que le Juge en Chef en assume la fonction indéfiniment. N’est-il pas le plus haut juge de la plus haute cour du pays? Il semble tout indiqué pour pouvoir assumer la fonction de façon plus que correcte. Les véritables pouvoirs attribués au Gouverneur Général tels que la sanction royale, la dissolution de la Chambre des Communes, la nomination des membres du Cabinet, etc. pourraient être ajoutés à sa charge de juge en chef alors que les fonctions plus cérémonielles telles que la remise de médailles, la coupure de rubans et la représentation internationale pourraient facilement échouer au premier ministre ou à n’importe quel autre membre du cabinet. En France, ce sont les membres du gouvernement et le Président de la République lui-même qui se partagent ces tâches.
Il serait aussi possible de demander directement à la reine de faire son travail ici aussi et de toujours intervenir lorsque nécessaire. Après tout, la technologie nous permet aujourd’hui de pouvoir procéder de façon plus efficace qu’en 1867, au moment où il était impossible de communiquer rapidement avec Londres. Cette idée peut sembler saugrenue, mais elle ne l’est pas plus que l’idée de la monarchie canadienne.
#### Vive la République!
Je considère qu’il est plus que temps d’abolir cette idée archaïque qu’est la couronne canadienne. Le premier ministre Trudeau disait qu’avec la Covid-19, le monde allait changer, que la normalité ne serait plus la même. Voilà donc le bon moment pour jeter à la poubelle les restants de l’Empire britannique. Il n’est aucunement justifiable que le Canada ait une reine anglaise. Il n’est aucunement justifiable que le Canada ait un monarque point. Maintenant, la norme, c’est la République. Après 154 ans d’histoire, il serait temps que nous adoptions nous aussi ce système. Les ardents défenseurs de la monarchie plaident que la couronne nous préserve des abus de pouvoir, protège notre démocratie. Je rétorque que la Couronne va toujours protéger ses avoirs et se protéger elle-même, mais elle ne protègera pas le petit peuple. La monarchie espagnole n’a pas résisté à Franco, le roi d’Italie n’a pas empêché Mussolini, pas plus que la Couronne russe n’a retenu les bolchéviques. Si depuis 1867 la Couronne canadienne nous a préservés de ce genre de malheur, c’est uniquement parce que nous n’avons pas eu le climat politique propice. Et rien n’indique que nous sommes à l'abri de ce genre de comportement, surtout avec la décomplexion des discours d’extrême-droite et de politiciens zélés qui surfent sur la vague.
En choisissant la république, nous aurions l’embarras du choix. Il existe des systèmes à l’Allemande, très similaire au nôtre avec un président qui n’a que très peu de pouvoir, un système à la française, composé d’un président de la république, mais aussi d’un premier ministre ou encore d’un système fédéral à l’américaine, qui somme toute à bien fonctionné la majeure partie du temps. Rien ne nous empêcherait aussi de nous créer notre propre système, un régime républicain à la canadienne.
Toutes ses idées sont purement théoriques et ont très peu de chances d’être instaurées dans un futur proche. Les mesures qui devraient être prises pour faire changer notre système seraient complexes et auraient peu de chance d’aboutir. Modifier la Constitution est dangereux et la personne qui essaierait aurait de grandes chances de s’y brûler. Les Canadiens sont plutôt indifférents à la monarchie, ses symboles sont majoritairement considérés comme du folklore plutôt que comme une réelle situation politique. La prochaine personne à occuper la fonction de gouverneur général devra faire profil bas, s’en tenir stricto sensu à son rôle protocolaire et surtout, faire comme la majorité des gouverneurs généraux de notre histoire, faire oublier qu’ils existent.

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