Éric Duhaime est le nouveau chef du PCQ

Dernière modification le 19 April 2021 à 08h46
Photo Jordan Larochelle.

Voilà, c’est fait, Éric Duhaime est le nouveau chef du parti conservateur du Québec. La majorité des citoyens du Québec ignorent jusqu’à l’existence du PCQ, mais beaucoup savent qui est Duhaime. Très campé à droite dans ses idées et opinions, il a profité d’une tribune durant des années sur les ondes de Québec. Ce net avantage lui a permis de devenir chef de ce très petit joueur sur la scène politique (seulement 1,46 % des votes en 2018).

Je ne vais pas directement parler de monsieur Duhaime, principalement parce que je n’ai pas envie de lui faire de la publicité alors qu’il est déjà bien présent, de plus nous avons autant en communs qu’un poisson et un oiseau. Je vais plutôt discuter du parti en lui-même, de ses propositions et dans un prochain article de ses chances et de ses défis lors des futures élections.

D’abord, parlons des idées de ce parti. Je dois dire que le PCQ a le souci du détail et qu’il a un programme assez complet avec 156 résolutions. Concrètement, il s’agit d’une plateforme à droite, autant économique que sociale. La première impression qu’on peut se faire des positions du PCQ est une déclaration de principe qui ratisse large. Il est par exemple indiqué que le bien-être ne doit pas être brimé par le bien-être collectif. De ce que j’en comprends, si mon voisin désire tondre son gazon à minuit, son droit de le faire prime sur le droit des autres citoyens du quartier à avoir une nuit calme. C’est d’ailleurs exactement ce discours qu’Éric Duhaime utilise lorsqu’il parle des restrictions mises en place pour combattre la Covid-19 : parce que lui est brimé dans ses libertés de protéger le plus de monde possible, ces mesures ne devraient pas exister. Il est peu rassurant d’imaginer quel serait le bilan de la pandémie si ce dernier était au pouvoir en ce moment. Probablement un scénario comme celui qui a eu lieu aux États-Unis en 2020. Aussi, toujours dans cette déclaration de principe, il y a un paragraphe qui communique les responsabilités civiques des individus. Il est dit que chacun doit subvenir à sa subsistance sans aide extérieure. Ce principe est celui appliqué un peu partout aux États-Unis où, je tiens à le rappeler, les inégalités économiques et sociales font le plus de ravages.

Pour parler du programme en lui-même, j’ai fait un petit regroupement des résolutions qui ont retenu mon attention.

Résolution 126 : Réforme de l’aide sociale :

Le parti entend réformer le principe même d’aide aux plus vulnérables en disant encourager la réinsertion dans un milieu de travail des bénéficiaires. Ils veulent d’abord réduire l’accessibilité au programme en lui-même, ce qui risque de faire en sorte d’accentuer la vulnérabilité des gens en augmentant les critères d’admission.

Résolution 130 : Réformer l’aide-social de fond en comble :

Cette résolution est liée avec la Résolution 126 et elle la complète. Il est ici précisé des mesures concrètes. Il est par exemple expliqué que les versements de la prestation seraient faits en cryptomonnaie, pour ainsi contrôler directement les dépenses des bénéficiaires. Le tout serait dirigé par un OSBL pour « orienter les comportements des prestataires dans le choix des produits et services offerts ». Cette idée est très incohérente avec la déclaration de principe du parti. Obliger les prestataires vient enlever la liberté individuelle de choisir ce qu’ils font de leur argent. L’image présentée ici est celle d’un parti qui veut admettre la liberté oui, mais seulement à ceux qui peuvent se le permettre.

Résolution 156 : Véhicule à forte cylindrée et covoiturage :

Le PCQ veut enlever les charges fiscales sur la vente de fourgonnettes, VUS et compagnies pour encourager le covoiturage. Le principe est que puisqu’il y a plus de place dans ce genre de véhicule, plus de personnes vont embarquer dedans, ce qui fait que le coût environnemental est moindre par individu qui embarquerait. L’idée ici présentée va à l’encontre de toutes les études faites sur le sujet. Il est connu que le fait d’avoir une plus grande disponibilité de passagers ne vient justement pas directement de l’augmentation du nombre de passagers.

Voilà, très grossièrement, de quoi à l’aire le parti le soir de l’élection d’Éric Duhaime comme nouveau chef. Il sera intéressant de voir comment il le façonnera à son image, et surtout comment cela influencera les résultats du parti lors des élections générales qui se tiendront en 2022. Ce sera d’ailleurs le sujet de mon prochain article. Le PCQ, qui est grandement méconnu du public, sera-t-il avantagé par la venue de Duhaime à sa tête ? Ce parti qui se targue d’avoir maintenant 13 000 membres peut-il réellement espérer former un gouvernement dans un avenir à court moyen terme ? C’est ce que je vais essayer d’expliquer et de partager avec vous.

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Par Jordan Larochelle

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Éric Duhaime est le nouveau chef du PCQ

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Voilà, c’est fait, Éric Duhaime est le nouveau chef du parti conservateur du Québec. La majorité des citoyens du Québec ignorent jusqu’à l’existence du PCQ, mais beaucoup savent qui est Duhaime. Très campé à droite dans ses idées et opinions, il a profité d’une tribune durant des années sur les ondes de Québec. Ce net avantage lui a permis de devenir chef de ce très petit joueur sur la scène politique (seulement 1,46 % des votes en 2018).

Je ne vais pas directement parler de monsieur Duhaime, principalement parce que je n’ai pas envie de lui faire de la publicité alors qu’il est déjà bien présent, de plus nous avons autant en communs qu’un poisson et un oiseau. Je vais plutôt discuter du parti en lui-même, de ses propositions et dans un prochain article de ses chances et de ses défis lors des futures élections.

D’abord, parlons des idées de ce parti. Je dois dire que le PCQ a le souci du détail et qu’il a un programme assez complet avec 156 résolutions. Concrètement, il s’agit d’une plateforme à droite, autant économique que sociale. La première impression qu’on peut se faire des positions du PCQ est une déclaration de principe qui ratisse large. Il est par exemple indiqué que le bien-être ne doit pas être brimé par le bien-être collectif. De ce que j’en comprends, si mon voisin désire tondre son gazon à minuit, son droit de le faire prime sur le droit des autres citoyens du quartier à avoir une nuit calme. C’est d’ailleurs exactement ce discours qu’Éric Duhaime utilise lorsqu’il parle des restrictions mises en place pour combattre la Covid-19 : parce que lui est brimé dans ses libertés de protéger le plus de monde possible, ces mesures ne devraient pas exister. Il est peu rassurant d’imaginer quel serait le bilan de la pandémie si ce dernier était au pouvoir en ce moment. Probablement un scénario comme celui qui a eu lieu aux États-Unis en 2020. Aussi, toujours dans cette déclaration de principe, il y a un paragraphe qui communique les responsabilités civiques des individus. Il est dit que chacun doit subvenir à sa subsistance sans aide extérieure. Ce principe est celui appliqué un peu partout aux États-Unis où, je tiens à le rappeler, les inégalités économiques et sociales font le plus de ravages.

Pour parler du programme en lui-même, j’ai fait un petit regroupement des résolutions qui ont retenu mon attention.

Résolution 126 : Réforme de l’aide sociale :

Le parti entend réformer le principe même d’aide aux plus vulnérables en disant encourager la réinsertion dans un milieu de travail des bénéficiaires. Ils veulent d’abord réduire l’accessibilité au programme en lui-même, ce qui risque de faire en sorte d’accentuer la vulnérabilité des gens en augmentant les critères d’admission.

Résolution 130 : Réformer l’aide-social de fond en comble :

Cette résolution est liée avec la Résolution 126 et elle la complète. Il est ici précisé des mesures concrètes. Il est par exemple expliqué que les versements de la prestation seraient faits en cryptomonnaie, pour ainsi contrôler directement les dépenses des bénéficiaires. Le tout serait dirigé par un OSBL pour « orienter les comportements des prestataires dans le choix des produits et services offerts ». Cette idée est très incohérente avec la déclaration de principe du parti. Obliger les prestataires vient enlever la liberté individuelle de choisir ce qu’ils font de leur argent. L’image présentée ici est celle d’un parti qui veut admettre la liberté oui, mais seulement à ceux qui peuvent se le permettre.

Résolution 156 : Véhicule à forte cylindrée et covoiturage :

Le PCQ veut enlever les charges fiscales sur la vente de fourgonnettes, VUS et compagnies pour encourager le covoiturage. Le principe est que puisqu’il y a plus de place dans ce genre de véhicule, plus de personnes vont embarquer dedans, ce qui fait que le coût environnemental est moindre par individu qui embarquerait. L’idée ici présentée va à l’encontre de toutes les études faites sur le sujet. Il est connu que le fait d’avoir une plus grande disponibilité de passagers ne vient justement pas directement de l’augmentation du nombre de passagers.

Voilà, très grossièrement, de quoi à l’aire le parti le soir de l’élection d’Éric Duhaime comme nouveau chef. Il sera intéressant de voir comment il le façonnera à son image, et surtout comment cela influencera les résultats du parti lors des élections générales qui se tiendront en 2022. Ce sera d’ailleurs le sujet de mon prochain article. Le PCQ, qui est grandement méconnu du public, sera-t-il avantagé par la venue de Duhaime à sa tête ? Ce parti qui se targue d’avoir maintenant 13 000 membres peut-il réellement espérer former un gouvernement dans un avenir à court moyen terme ? C’est ce que je vais essayer d’expliquer et de partager avec vous.

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