Vous avez dit élection?

Dernière modification le 18 September 2020 à 07h11
Photo Jordan Larochelle.

Le premier ministre Trudeau a annoncé le 18 août 2020 qu’il avait demandé à la gouverneure générale de proroger le parlement. La situation n’est pas anodine et nous n’avons pas vécu cela au niveau fédéral depuis des années. Pour le commun des mortels, rien de bien alarmant. Pour simplifier les choses, la prorogation est une mise sur pause du parlement. Les députés perdent pour un moment leur rôle de législateur et leur pouvoir de contrôle sur les actions du gouvernement. Les ministres restent ministre et les affaires courantes sont toujours traitées. La prorogation est souvent utilisée pour mettre fin à une session parlementaire et donc, à une nouvelle.

Qui dit nouvelle session dit Discours du Trône. Encore là, rien pour faire frémir le Canadien qui ne s’intéresse pas à la politique. Cependant, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, c’est qu’il devra y avoir un vote sur ce discours et s’il n’est pas accepté par les députés, le gouvernement tombe et des élections sont déclenchées. Quelles sont les chances que nous soyons appelés aux urnes dans un avenir rapproché et comment les partis politiques vont tenter de gagner le plus de votes ? Voici un petit survol de la situation.
D’abord, la balle est dans le camp du gouvernement. C’est lui qui va présenter le Discours du trône. Le premier ministre peut décider d’être conciliant avec les partis d’opposition et se plier à certaine des exigences de ceux-ci. Il peut aussi choisir de présenter un discours qui ne pourra pas être acceptable aux yeux des autres partis. Dans ce cas-là, ils devront voter contre et donc déclencher des élections. Il est difficile pour le moment de dire laquelle de ces options Justin Trudeau choisira. Il a dit que ce Discours du Trône serait un vote de confiance sur le plan de relance libérale. Il est donc plus probable que ce soit le second scénario qui soit envisagé. Cela signifie-t-il que nous devrons voter avant les fêtes en pleine pandémie de COVID-19 ? Ce n’est pas une certitude. Chaque parti a ses raisons pour se lancer dans la joute électorale et pour ne pas s’y lancer.
D’abord, le parti libéral. En tant que parti du gouvernement, ce sont ceux qui ont le plus à perdre. Il y a moins d’un an, les canadiens leurs ont enlevé la majorité, ce qui a été un coup dur pour eux. Les sondages faits depuis le début de la pandémie les donnent vainqueurs majoritaires, mais les scandales sont arrivés et les rouges ont perdu du terrain. Si les libéraux ne jouent pas bien la partie, ils risquent de se retrouver dans la position des « méchants » qui voulaient des élections, mettant ainsi la sécurité et la santé des canadiens en danger.
Ils pourraient aussi être tenus responsables d’avoir forcé des élections en pleine pandémie. Ce serait une arme supplémentaire pour les autres partis. Ils ont cependant une chance d’obtenir la majorité et c’est alléchant. Les électeurs ayant bien d’autres préoccupations que d’aller voter, ceux qui vont y aller risquent fort de vouloir garder en place ce gouvernement pour éviter trop d’incertitude et d’avoir encore un gouvernement minoritaire.
C’est exactement cette lassitude qui a donné à Jean Charest une majorité confortable en 2008. Si des élections se confirment, les libéraux pourront aussi jouer la carte de l’expérience. Sur le plan éthique, le premier ministre n’est peut-être pas bon élève, mais il est aux commandes du pays depuis cinq ans et de son parti depuis sept ans. En comparaison, le chef conservateur ne sera en poste que depuis un mois à peine (en considérant qu’une élection soit déclenchée quelques jours après le Discours du Trône, c’est-à-dire aux alentours du 23 septembre). Il y a là, une vraie opportunité pour le parti libéral.
Quant au parti Conservateur, c’est lui qui a le plus à gagner. En 2019, ils ont remporté plus de votes que les libéraux, mais moins de sièges. Ils sont encore amers de la façon dont leur chef a mené cette campagne. Il n’a pas su vendre son parti et ses idées et ils sont donc encore dans l’opposition. Le risque pour eux est aussi un avantage : leur chef, Erin O’Toole a été choisi le 21 août 2020 et si des élections doivent avoir lieu, il aura eu peu de temps pour solidifier son parti. Une course à la chefferie est quelque chose d’éprouvant puisque les ennemis sont dans le même camps.
Justin Trudeau ne représente plus le changement. Il est d’ailleurs le chef de parti qui est là depuis le plus longtemps, Elizabeth May ayant démissionnée de son poste de cheffe du Parti vert. Cette fois, les conservateurs pourraient taper sur le clou de l’éthique, chose qu’ils auraient dû faire en 2019. Ils ont déjà eu la tête du ministre des finances, ils peuvent peut-être espérer avoir celle du premier ministre lors d’élections générales.
Après une remontée salvatrice en 2019, l’objectif du Bloc québécois serait d’aller chercher des comtés aux conservateurs. Les bloquistes ont vidé, avec les libéraux, le réservoir de sièges néo-démocrates au Québec mais ils n’ont pas pu aller chercher la balance du pouvoir. Il est important de cibler les comtés conservateurs puisqu’il y a concordance au niveau des électeurs et aller chercher des sièges libéraux serait une tâche ardue. Si le Bloc a fait un si bon score dans des comtés qui étaient au NPD, c’est surtout à cause de la faiblesse de ce dernier et de son chef au Québec. Ce que le Bloc devra faire, c’est surtout d’essayer de conserver ses acquis, quitte à ne pas faire de gain. Le chef bloquiste est bien aimé et cela pourrait jouer en sa faveur.
Comme cela a été dit plus haut, le NPD n’est pas en position de force sur le plan électoral. Il l’est cependant dans la Chambre des Communes. En effet, ce sont les néo-démocrates qui détiennent la balance du pouvoir. C’est surtout dû à la proximité idéologique entre le gouvernement et ce parti. C’est d’ailleurs ce qui peut nuire au NPD dans une future campagne électorale. Ils ont supporté les libéraux à plusieurs reprises et les électeurs pourraient être tentés de se dire que c’est du pareil au même et privilégier le parti qui est déjà au gouvernement. Il n’y a pas grand-chose que le NPD peut faire, sauf essayer de sauver les meubles. Les caisses du parti sont vides et une élection coûte chère. La meilleure chose que le parti pourrait faire serait de ne pas présenter des candidats dans chacune des circonscriptions, mais de mettre tous ses efforts dans les 24 qu’ils ont déjà et quelques-unes qui ont été perdues par de courtes marges. Ils doivent aussi espérer que Justin Trudeau choisisse une campagne courte dans le temps pour sauver dans les dépenses.
Quant au Parti vert, il n’aura pas de nouveau chef avant octobre, ce qui pourrait être pile durant une hypothétique campagne électorale. Ce serait encore Elizabeth May qui mènerait les troupes et les résultats de 2019, malgré un enthousiasme sur les sujets environnementaux, n’ont pas été à la hauteur. Il n’est pas non plus possible pour un nouveau ou une nouvelle chef d’entrer en plein milieu de campagne. En voulant prendre le temps avant de nommer leur nouvelle tête dirigeante, les verts se sont peut-être tirés dans le pied. Une alliance NPD-Vert serait profitable, surtout au niveau monétaire. Par exemple, le NPD pourrait éviter de présenter des candidats dans les comtés tenus par les verts et vice-versa.
La situation change rapidement, les gouvernements agissent souvent à l’aveuglette et doivent prendre des décisions rapidement. Il est possible que les partis s’entendent et que des élections n’aient pas lieu. Les prochaines semaines risquent d’être intéressantes.

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Le premier ministre Trudeau a annoncé le 18 août 2020 qu’il avait demandé à la gouverneure générale de proroger le parlement. La situation n’est pas anodine et nous n’avons pas vécu cela au niveau fédéral depuis des années. Pour le commun des mortels, rien de bien alarmant. Pour simplifier les choses, la prorogation est une mise sur pause du parlement. Les députés perdent pour un moment leur rôle de législateur et leur pouvoir de contrôle sur les actions du gouvernement. Les ministres restent ministre et les affaires courantes sont toujours traitées. La prorogation est souvent utilisée pour mettre fin à une session parlementaire et donc, à une nouvelle.

Qui dit nouvelle session dit Discours du Trône. Encore là, rien pour faire frémir le Canadien qui ne s’intéresse pas à la politique. Cependant, et c’est là que les choses deviennent intéressantes, c’est qu’il devra y avoir un vote sur ce discours et s’il n’est pas accepté par les députés, le gouvernement tombe et des élections sont déclenchées. Quelles sont les chances que nous soyons appelés aux urnes dans un avenir rapproché et comment les partis politiques vont tenter de gagner le plus de votes ? Voici un petit survol de la situation.
D’abord, la balle est dans le camp du gouvernement. C’est lui qui va présenter le Discours du trône. Le premier ministre peut décider d’être conciliant avec les partis d’opposition et se plier à certaine des exigences de ceux-ci. Il peut aussi choisir de présenter un discours qui ne pourra pas être acceptable aux yeux des autres partis. Dans ce cas-là, ils devront voter contre et donc déclencher des élections. Il est difficile pour le moment de dire laquelle de ces options Justin Trudeau choisira. Il a dit que ce Discours du Trône serait un vote de confiance sur le plan de relance libérale. Il est donc plus probable que ce soit le second scénario qui soit envisagé. Cela signifie-t-il que nous devrons voter avant les fêtes en pleine pandémie de COVID-19 ? Ce n’est pas une certitude. Chaque parti a ses raisons pour se lancer dans la joute électorale et pour ne pas s’y lancer.
D’abord, le parti libéral. En tant que parti du gouvernement, ce sont ceux qui ont le plus à perdre. Il y a moins d’un an, les canadiens leurs ont enlevé la majorité, ce qui a été un coup dur pour eux. Les sondages faits depuis le début de la pandémie les donnent vainqueurs majoritaires, mais les scandales sont arrivés et les rouges ont perdu du terrain. Si les libéraux ne jouent pas bien la partie, ils risquent de se retrouver dans la position des « méchants » qui voulaient des élections, mettant ainsi la sécurité et la santé des canadiens en danger.
Ils pourraient aussi être tenus responsables d’avoir forcé des élections en pleine pandémie. Ce serait une arme supplémentaire pour les autres partis. Ils ont cependant une chance d’obtenir la majorité et c’est alléchant. Les électeurs ayant bien d’autres préoccupations que d’aller voter, ceux qui vont y aller risquent fort de vouloir garder en place ce gouvernement pour éviter trop d’incertitude et d’avoir encore un gouvernement minoritaire.
C’est exactement cette lassitude qui a donné à Jean Charest une majorité confortable en 2008. Si des élections se confirment, les libéraux pourront aussi jouer la carte de l’expérience. Sur le plan éthique, le premier ministre n’est peut-être pas bon élève, mais il est aux commandes du pays depuis cinq ans et de son parti depuis sept ans. En comparaison, le chef conservateur ne sera en poste que depuis un mois à peine (en considérant qu’une élection soit déclenchée quelques jours après le Discours du Trône, c’est-à-dire aux alentours du 23 septembre). Il y a là, une vraie opportunité pour le parti libéral.
Quant au parti Conservateur, c’est lui qui a le plus à gagner. En 2019, ils ont remporté plus de votes que les libéraux, mais moins de sièges. Ils sont encore amers de la façon dont leur chef a mené cette campagne. Il n’a pas su vendre son parti et ses idées et ils sont donc encore dans l’opposition. Le risque pour eux est aussi un avantage : leur chef, Erin O’Toole a été choisi le 21 août 2020 et si des élections doivent avoir lieu, il aura eu peu de temps pour solidifier son parti. Une course à la chefferie est quelque chose d’éprouvant puisque les ennemis sont dans le même camps.
Justin Trudeau ne représente plus le changement. Il est d’ailleurs le chef de parti qui est là depuis le plus longtemps, Elizabeth May ayant démissionnée de son poste de cheffe du Parti vert. Cette fois, les conservateurs pourraient taper sur le clou de l’éthique, chose qu’ils auraient dû faire en 2019. Ils ont déjà eu la tête du ministre des finances, ils peuvent peut-être espérer avoir celle du premier ministre lors d’élections générales.
Après une remontée salvatrice en 2019, l’objectif du Bloc québécois serait d’aller chercher des comtés aux conservateurs. Les bloquistes ont vidé, avec les libéraux, le réservoir de sièges néo-démocrates au Québec mais ils n’ont pas pu aller chercher la balance du pouvoir. Il est important de cibler les comtés conservateurs puisqu’il y a concordance au niveau des électeurs et aller chercher des sièges libéraux serait une tâche ardue. Si le Bloc a fait un si bon score dans des comtés qui étaient au NPD, c’est surtout à cause de la faiblesse de ce dernier et de son chef au Québec. Ce que le Bloc devra faire, c’est surtout d’essayer de conserver ses acquis, quitte à ne pas faire de gain. Le chef bloquiste est bien aimé et cela pourrait jouer en sa faveur.
Comme cela a été dit plus haut, le NPD n’est pas en position de force sur le plan électoral. Il l’est cependant dans la Chambre des Communes. En effet, ce sont les néo-démocrates qui détiennent la balance du pouvoir. C’est surtout dû à la proximité idéologique entre le gouvernement et ce parti. C’est d’ailleurs ce qui peut nuire au NPD dans une future campagne électorale. Ils ont supporté les libéraux à plusieurs reprises et les électeurs pourraient être tentés de se dire que c’est du pareil au même et privilégier le parti qui est déjà au gouvernement. Il n’y a pas grand-chose que le NPD peut faire, sauf essayer de sauver les meubles. Les caisses du parti sont vides et une élection coûte chère. La meilleure chose que le parti pourrait faire serait de ne pas présenter des candidats dans chacune des circonscriptions, mais de mettre tous ses efforts dans les 24 qu’ils ont déjà et quelques-unes qui ont été perdues par de courtes marges. Ils doivent aussi espérer que Justin Trudeau choisisse une campagne courte dans le temps pour sauver dans les dépenses.
Quant au Parti vert, il n’aura pas de nouveau chef avant octobre, ce qui pourrait être pile durant une hypothétique campagne électorale. Ce serait encore Elizabeth May qui mènerait les troupes et les résultats de 2019, malgré un enthousiasme sur les sujets environnementaux, n’ont pas été à la hauteur. Il n’est pas non plus possible pour un nouveau ou une nouvelle chef d’entrer en plein milieu de campagne. En voulant prendre le temps avant de nommer leur nouvelle tête dirigeante, les verts se sont peut-être tirés dans le pied. Une alliance NPD-Vert serait profitable, surtout au niveau monétaire. Par exemple, le NPD pourrait éviter de présenter des candidats dans les comtés tenus par les verts et vice-versa.
La situation change rapidement, les gouvernements agissent souvent à l’aveuglette et doivent prendre des décisions rapidement. Il est possible que les partis s’entendent et que des élections n’aient pas lieu. Les prochaines semaines risquent d’être intéressantes.

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