L'Arctique, au coeur d'une conquête

Dernière modification le 7 April 2021 à 03h16
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

L’Arctique est au cœur de tensions récurrentes entre les pays côtiers de l’océan Arctique. Ce continent assoit nécessairement des prétentions territoriales et économiques principalement depuis 2007 avec la présence russe au pôle Nord. De ce fait, les États concernés, dont le Canada, font progressivement l’éloge de cette région du globe dès lors sur les radars d’un potentiel développement.

Moins de neige, plus d’exploration

Le réchauffement climatique y est pour beaucoup. En effet, la fonte de la calotte glaciaire entraine de facto l’apparition de nouvelles voies maritimes. Depuis la fin des années 1970, la recherche indique une fonte progressive s’accélérant. En 2010, ce n’est pas moins de 286 gigatonnes de glace en moins par an enregistré au Groenland, soit six fois plus que dans les années 1980. Le pergélisol tend ainsi à se gazéifier plus rapidement qu’il gèle, marquant l’atmosphère de carbone et de méthane. Nécessairement, le cours de la vie en ses sols se voit bouleversé : les animaux perdent des voies migratoires, les bâtiments ne sont plus stables et les communautés autochtones doivent rebrousser chemin. De ce fait, les experts persistent et signent la fin des glaces polaires pour 2050. Cela dit, d’un point de vue économique, cette fonte accélérée de la calotte glaciaire entrainera nécessairement la commercialisation de ces nouvelles voies maritimes. En effet, le trafic marin entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique sera réduit de plusieurs milliers de kilomètres favorisés par la centralisation des routes nordiques. Pourtant, il n’est rien de moins certain, mais pourquoi ?
Financièrement parlant, le transport de marchandises est ridiculement chronométré six mois d’avance pour une journée fixe. Ce faisant, les formations et les fontes de glaces peuvent provoquer des retards conséquents qui se répercutent sur les finances de ladite entreprise. Pratiquement parlant, les compagnies sont dans l’obligation d’utiliser des moyens de transport adaptés à l’environnement, donc de cotiser davantage auprès de leurs assurances. Nécessairement, l’été est la saison par excellence au transport polaire.

Des ressources en abondance

Il est évident que le sous-sol arctique possède une quantité non négligeable de ressources. Malheureusement, conditions polaires obligent, il est bien complexe de démystifier de façon tangible l’appât du gain, faute de données. Cela dit, certaines études révèlent que l’Arctique nous a dévoilé seulement 13 % des ressources pétrolières et potentiellement 30 % des ressources gazières qu’elle contient. Plus que cela, selon l’institut BP Statistical Review of World Energy, l’océan cacherait approximativement 5 % et 24 % des réserves pétrolières et gazières mondiales. Évidemment, une dose de scepticisme est de mise quant aux chiffres réels. Plusieurs puits de cette pseudo énergie sont actuellement exploités par les géants russes, chinois, japonais et français. Avec un taux de réussite maigre, les échecs et les pertes à la bourse résultent des explorations déficientes et très peu suivies par le privé. Le climat, malgré les tendances courantes, demeure le premier obstacle. Il devient donc rapidement peu rentable pour une compagnie telle que Shell d’investir dans l’exploitation brute en mers du Nord : la production d’un baril brut arctique coûte le triple d’un même baril au Moyen-Orient. Plus que les énergies fossiles, l’Arctique contient d’importantes ressources minières notamment en fer, en zinc et en nickel. Principalement exploité par la Russie, le Kremlin entend se constituer un empire maritime polaire conséquent d’ici 2024.

De la géopolitique

Il est prescrit de faire bien attention aux revendications d’un tel sur un territoire. En effet, le geste « significatif » de la Russie en 2007 n’est aucunement justifiable juridiquement parlant. De plus, ce dernier doit d’abord faire l’objet de la Commission des limites du plateau continental des Nations unies avant même d’être accepté. Cette délégation a principalement la charge d’étudier les plaques terrestres, soit le plateau continental, afin de s’assurer que la nation revendicatrice ne s’attaque pas aux eaux internationales ou bien aux zones maritimes d’un autre État. Ainsi, la Commission ne peut admettre le pays tiers au-delà des 200 milles nautiques, soit la limite de la Zone économique exclusive. Dans cette zone, un navire étranger peut aisément circuler, il n’est simplement pas en droit d’exploiter. Néanmoins, il est possible pour l’État côtier de revendiquer jusqu’à 350 milles marins les fonds tant que ces derniers sont sujets de la même plateforme continentale, c’est ce qu’on nomme le plateau continental étendu. Il est alors facile de comprendre l’enjeu de taille, à savoir fouiller et affirmer, avec des preuves géologiques, sa souveraineté politique et économique sur un sous-sol très peu convivial à l’exploitation. Le Canada, la Russie et les pays scandinaves sont les principaux acteurs de cette démarche.

La réelle politique

C’est en 2008 qu’un sommet sur l’Arctique est tenu au Groenland. Au moment de ce dernier, les États côtiers se sont engagés à respecter les conventions territoriales mentionnées ci-dessus. Au contraire de toutes analogies, les États ont davantage tendance à collaborer à la recherche géologique : tous sont gagnants de celle-ci. Hormis les quiproquos engendrés par les revendications ukrainiennes de la Russie en 2014, il importe de peser le poids des réelles menaces au pôle. La situation est à des années-lumière de ce qui en a jadis été lors de la Guerre froide.

Source

Frédéric Lasserre, « Arctique : une région sous tension? », dans Diplomatie, janvier-février 2020, numéro 102, page 46-52.

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L’Arctique est au cœur de tensions récurrentes entre les pays côtiers de l’océan Arctique. Ce continent assoit nécessairement des prétentions territoriales et économiques principalement depuis 2007 avec la présence russe au pôle Nord. De ce fait, les États concernés, dont le Canada, font progressivement l’éloge de cette région du globe dès lors sur les radars d’un potentiel développement.

Moins de neige, plus d’exploration

Le réchauffement climatique y est pour beaucoup. En effet, la fonte de la calotte glaciaire entraine de facto l’apparition de nouvelles voies maritimes. Depuis la fin des années 1970, la recherche indique une fonte progressive s’accélérant. En 2010, ce n’est pas moins de 286 gigatonnes de glace en moins par an enregistré au Groenland, soit six fois plus que dans les années 1980. Le pergélisol tend ainsi à se gazéifier plus rapidement qu’il gèle, marquant l’atmosphère de carbone et de méthane. Nécessairement, le cours de la vie en ses sols se voit bouleversé : les animaux perdent des voies migratoires, les bâtiments ne sont plus stables et les communautés autochtones doivent rebrousser chemin. De ce fait, les experts persistent et signent la fin des glaces polaires pour 2050. Cela dit, d’un point de vue économique, cette fonte accélérée de la calotte glaciaire entrainera nécessairement la commercialisation de ces nouvelles voies maritimes. En effet, le trafic marin entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique sera réduit de plusieurs milliers de kilomètres favorisés par la centralisation des routes nordiques. Pourtant, il n’est rien de moins certain, mais pourquoi ?
Financièrement parlant, le transport de marchandises est ridiculement chronométré six mois d’avance pour une journée fixe. Ce faisant, les formations et les fontes de glaces peuvent provoquer des retards conséquents qui se répercutent sur les finances de ladite entreprise. Pratiquement parlant, les compagnies sont dans l’obligation d’utiliser des moyens de transport adaptés à l’environnement, donc de cotiser davantage auprès de leurs assurances. Nécessairement, l’été est la saison par excellence au transport polaire.

Des ressources en abondance

Il est évident que le sous-sol arctique possède une quantité non négligeable de ressources. Malheureusement, conditions polaires obligent, il est bien complexe de démystifier de façon tangible l’appât du gain, faute de données. Cela dit, certaines études révèlent que l’Arctique nous a dévoilé seulement 13 % des ressources pétrolières et potentiellement 30 % des ressources gazières qu’elle contient. Plus que cela, selon l’institut BP Statistical Review of World Energy, l’océan cacherait approximativement 5 % et 24 % des réserves pétrolières et gazières mondiales. Évidemment, une dose de scepticisme est de mise quant aux chiffres réels. Plusieurs puits de cette pseudo énergie sont actuellement exploités par les géants russes, chinois, japonais et français. Avec un taux de réussite maigre, les échecs et les pertes à la bourse résultent des explorations déficientes et très peu suivies par le privé. Le climat, malgré les tendances courantes, demeure le premier obstacle. Il devient donc rapidement peu rentable pour une compagnie telle que Shell d’investir dans l’exploitation brute en mers du Nord : la production d’un baril brut arctique coûte le triple d’un même baril au Moyen-Orient. Plus que les énergies fossiles, l’Arctique contient d’importantes ressources minières notamment en fer, en zinc et en nickel. Principalement exploité par la Russie, le Kremlin entend se constituer un empire maritime polaire conséquent d’ici 2024.

De la géopolitique

Il est prescrit de faire bien attention aux revendications d’un tel sur un territoire. En effet, le geste « significatif » de la Russie en 2007 n’est aucunement justifiable juridiquement parlant. De plus, ce dernier doit d’abord faire l’objet de la Commission des limites du plateau continental des Nations unies avant même d’être accepté. Cette délégation a principalement la charge d’étudier les plaques terrestres, soit le plateau continental, afin de s’assurer que la nation revendicatrice ne s’attaque pas aux eaux internationales ou bien aux zones maritimes d’un autre État. Ainsi, la Commission ne peut admettre le pays tiers au-delà des 200 milles nautiques, soit la limite de la Zone économique exclusive. Dans cette zone, un navire étranger peut aisément circuler, il n’est simplement pas en droit d’exploiter. Néanmoins, il est possible pour l’État côtier de revendiquer jusqu’à 350 milles marins les fonds tant que ces derniers sont sujets de la même plateforme continentale, c’est ce qu’on nomme le plateau continental étendu. Il est alors facile de comprendre l’enjeu de taille, à savoir fouiller et affirmer, avec des preuves géologiques, sa souveraineté politique et économique sur un sous-sol très peu convivial à l’exploitation. Le Canada, la Russie et les pays scandinaves sont les principaux acteurs de cette démarche.

La réelle politique

C’est en 2008 qu’un sommet sur l’Arctique est tenu au Groenland. Au moment de ce dernier, les États côtiers se sont engagés à respecter les conventions territoriales mentionnées ci-dessus. Au contraire de toutes analogies, les États ont davantage tendance à collaborer à la recherche géologique : tous sont gagnants de celle-ci. Hormis les quiproquos engendrés par les revendications ukrainiennes de la Russie en 2014, il importe de peser le poids des réelles menaces au pôle. La situation est à des années-lumière de ce qui en a jadis été lors de la Guerre froide.

Source

Frédéric Lasserre, « Arctique : une région sous tension? », dans Diplomatie, janvier-février 2020, numéro 102, page 46-52.

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