Louis Riel, autre martyr du 15 février

Dernière modification le 25 March 2021 à 09h10
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

« Je sais que par la grâce de Dieu, je suis le fondateur du Manitoba. »

C’est en 1885, soit à peine une décennie après l’avènement du « Dominion of Canada », que Louis Riel est pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur. La mémoire collective en fait un véritable martyr de la cause métisse, autochtone et française.

Métis, Autochtones et français

À même les institutions colonialistes maintenant devenues canadiennes, Riel s’est dressé face à la tyrannie des uns au bénéfice des autres. Métis, car ce dernier en est un, il s’est rapidement hissé au sommet du mouvement protestataire du peuple des Prairies canadiennes, soit au Manitoba et en Saskatchewan. Pour donner suite à la deuxième rébellion de sa nation en 1884, couramment nommée Rébellion du Nord-Ouest, ce dernier sera assassiné à Régina en novembre de l’année suivante. Autochtone, car sa cause n’est pas seulement celle de sa minorité.

En effet, il est dès les années 1860 un fervent défenseur de l’indépendance manitobaine (alors l’une des plus grandes « réserves autochtones » d’Amérique du Nord) avant d’être ramené à la raison pour donner suite à la Rébellion de la Rivière-Rouge entre 1869 et 1870. Française, car la région regroupe un ensemble de petits établissements français d’abord sous l’hégémonie de la Compagnie de Baie-d’Hudson, puis sous l’acculturation et l’assimilation de la monarchie britannique et du gouvernement fédéral canadien, principalement sous John A. Macdonald.

Ainsi, il est aisé de tisser un lien tangible entre le Québec, alors réduit à un peuple de « Yes man », et un immense territoire lui-même en quête d’autorité, de liberté et de démocratie républicaine (il est essentiel de se rappeler ici que les rébellions patriotiques canadiennes-françaises ont eu lieu entre 1837 et 1838).

Un héritage amer

En terme héréditaire, il est franchement désastreux de constater la marginalisation systémique des métis et des francophones au lendemain des rébellions. La perte concrète d’un territoire légitime, soit celui de la Rivière-Rouge entre autres, enclenche une désurbanisation de masse au détriment de qualités de vie se rapprochant de celle des autochtones dès lors forcés de vivre dans les Réserves (n’oublions pas que la Loi sur les Indiens est adoptée par le gouvernement canadien en 1876, loi toujours inscrite dans la constitution et la charte des droits et libertés du pays). Au Québec, cet événement causera des maux importants aux conservateurs fédéraux et provinciaux. En effet, c’est en ses temps que les conservateurs de Macdonald font perdre toutes crédibilités au parti laissant le champ libre aux libéraux de Laurier. Sur la scène provinciale, Mercier devient la nouvelle monture du protectionnisme national canadien-français, présage des années Duplessis.

Durablement, jusqu’au XXIe siècle, Riel a marqué les quiproquos et les injures aux Communes. Ironiquement, le gouvernement manitobain, après environ un siècle de mésaventure, assermente Riel comme étant le fondateur de la province tel qu’il a lui-même fait mention lors de son procès. La lenteur du processus est notamment due à la pluralité d’opinions d’un océan à l’autre. Entre les mesures provinciales et fédérales, certaines élites politiques et nobiliaires du pays persistent encore aujourd’hui à désavouer ou rendre plus crédible les prouesses d’un individu s’apparentant à un héros homérique. L’art, la littérature, la culture populaire prouve qu’il y a une tendance à accroitre certaines perceptions du martyr au sein de communautés visées au détriment d’un savoir général et objectif.

Une journée comme les autres?

Le 15 février 2021 marque la journée Louis Riel au Manitoba. Issue d’une demande du gouvernement provincial en 2008, plus d’une centaine d’écoles propose alors des noms se rapportant à l’histoire, la culture et l’art. De celles-ci, le nom Louis Riel sera tiré comme grand gagnant de ce concours subventionné. Aux origines quelque peu sinueuses, cette journée manitobaine est rapidement devenue au Québec un symbole en deux temps. D’une part, certains extrémistes de la nation scandent à l’injustice et au manque de respect. D’autre part, les nationalistes modérés, ainsi qu’une bonne partie de la caste souverainiste, prennent cet instant afin de se remémorer l’histoire. Notre devise en dit long sur le schéma de pensée de l’Assemblée nationale. Pourtant, cette perception double admet un problème aucunement résolu aujourd’hui : le Québec est-il le portevoix des francophones canadiens ou simplement une aberration dans le régime fédéral ?

Partager l'article

Photo Jonathan Carreiro-Benoit.
Par Jonathan Carreiro-Benoit

Co-Fondateur

Abonnement à l'infolettre

Pour ne rien manquer de la part de notre équipe de la rédaction. Inscrivez-vous à notre infolettre.

Louis Riel, autre martyr du 15 février

Dernière modification le 25 March 2021 à 09h10
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

« Je sais que par la grâce de Dieu, je suis le fondateur du Manitoba. »

C’est en 1885, soit à peine une décennie après l’avènement du « Dominion of Canada », que Louis Riel est pendu même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur. La mémoire collective en fait un véritable martyr de la cause métisse, autochtone et française.

Métis, Autochtones et français

À même les institutions colonialistes maintenant devenues canadiennes, Riel s’est dressé face à la tyrannie des uns au bénéfice des autres. Métis, car ce dernier en est un, il s’est rapidement hissé au sommet du mouvement protestataire du peuple des Prairies canadiennes, soit au Manitoba et en Saskatchewan. Pour donner suite à la deuxième rébellion de sa nation en 1884, couramment nommée Rébellion du Nord-Ouest, ce dernier sera assassiné à Régina en novembre de l’année suivante. Autochtone, car sa cause n’est pas seulement celle de sa minorité.

En effet, il est dès les années 1860 un fervent défenseur de l’indépendance manitobaine (alors l’une des plus grandes « réserves autochtones » d’Amérique du Nord) avant d’être ramené à la raison pour donner suite à la Rébellion de la Rivière-Rouge entre 1869 et 1870. Française, car la région regroupe un ensemble de petits établissements français d’abord sous l’hégémonie de la Compagnie de Baie-d’Hudson, puis sous l’acculturation et l’assimilation de la monarchie britannique et du gouvernement fédéral canadien, principalement sous John A. Macdonald.

Ainsi, il est aisé de tisser un lien tangible entre le Québec, alors réduit à un peuple de « Yes man », et un immense territoire lui-même en quête d’autorité, de liberté et de démocratie républicaine (il est essentiel de se rappeler ici que les rébellions patriotiques canadiennes-françaises ont eu lieu entre 1837 et 1838).

Un héritage amer

En terme héréditaire, il est franchement désastreux de constater la marginalisation systémique des métis et des francophones au lendemain des rébellions. La perte concrète d’un territoire légitime, soit celui de la Rivière-Rouge entre autres, enclenche une désurbanisation de masse au détriment de qualités de vie se rapprochant de celle des autochtones dès lors forcés de vivre dans les Réserves (n’oublions pas que la Loi sur les Indiens est adoptée par le gouvernement canadien en 1876, loi toujours inscrite dans la constitution et la charte des droits et libertés du pays). Au Québec, cet événement causera des maux importants aux conservateurs fédéraux et provinciaux. En effet, c’est en ses temps que les conservateurs de Macdonald font perdre toutes crédibilités au parti laissant le champ libre aux libéraux de Laurier. Sur la scène provinciale, Mercier devient la nouvelle monture du protectionnisme national canadien-français, présage des années Duplessis.

Durablement, jusqu’au XXIe siècle, Riel a marqué les quiproquos et les injures aux Communes. Ironiquement, le gouvernement manitobain, après environ un siècle de mésaventure, assermente Riel comme étant le fondateur de la province tel qu’il a lui-même fait mention lors de son procès. La lenteur du processus est notamment due à la pluralité d’opinions d’un océan à l’autre. Entre les mesures provinciales et fédérales, certaines élites politiques et nobiliaires du pays persistent encore aujourd’hui à désavouer ou rendre plus crédible les prouesses d’un individu s’apparentant à un héros homérique. L’art, la littérature, la culture populaire prouve qu’il y a une tendance à accroitre certaines perceptions du martyr au sein de communautés visées au détriment d’un savoir général et objectif.

Une journée comme les autres?

Le 15 février 2021 marque la journée Louis Riel au Manitoba. Issue d’une demande du gouvernement provincial en 2008, plus d’une centaine d’écoles propose alors des noms se rapportant à l’histoire, la culture et l’art. De celles-ci, le nom Louis Riel sera tiré comme grand gagnant de ce concours subventionné. Aux origines quelque peu sinueuses, cette journée manitobaine est rapidement devenue au Québec un symbole en deux temps. D’une part, certains extrémistes de la nation scandent à l’injustice et au manque de respect. D’autre part, les nationalistes modérés, ainsi qu’une bonne partie de la caste souverainiste, prennent cet instant afin de se remémorer l’histoire. Notre devise en dit long sur le schéma de pensée de l’Assemblée nationale. Pourtant, cette perception double admet un problème aucunement résolu aujourd’hui : le Québec est-il le portevoix des francophones canadiens ou simplement une aberration dans le régime fédéral ?

Partager l'article

Photo Jonathan Carreiro-Benoit.
Par Jonathan Carreiro-Benoit

Co-Fondateur

Abonnement à l'infolettre

Pour ne rien manquer de la part de notre équipe de la rédaction. Inscrivez-vous à notre infolettre.