Suez ne mène pas le monde

Dernière modification le 29 March 2021 à 03h16
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

Autre que le blocage du canal de Suez, l’incident de l’Ever Given dévoile la prépondérance du commerce maritime principalement en Europe. À raison de 10 % du commerce mondial, le blocage du canal a fait perdre des milliards de dollars aux Grands de ce monde sur près d’une semaine. Des solutions à court terme existent afin de pallier la catastrophe financière. De plus, il ne faut pas oublier les maux révélés par cette embuche : le capitalisme de surconsommation doit être revu.

Qui perd réellement?

Un secret de polichinelle. Voilà ce qui cause tant d’émois devant un événement sans la moindre conséquence humaine. La luxure du « toujours plus et toujours moins cher » a fini par avoir raison de nos médias traditionnels et de nos gouvernements. Je dois être clair : l’Ever Given nous offre littéralement une purge de désintox. Les anthropologues du futur vont se faire un véritable plaisir à analyser nos moyens de communication face à la crise. En effet, les 1 % les plus riches du globe sont aux petits caprices afin que la situation débloque, pour faire un mauvais jeu de mots. La dernière fois que Suez a été au centre de l’attention médiatique remonte à 1956. Plus de soixante ans plus tard, le même canal demande exactement la même assistance internationale. Ce n’est pas sérieux. Dans le premier cas, il s’agit d’une crise politique, donc humaine, et la seconde est une crise économique, donc monétaire. Deux poids, deux mesures. En somme, cette exacerbation du problème est mise au-devant du citoyen moyen par le quatrième pouvoir. Le médiateur de l’événement relate ainsi quelque chose de relativement anodin sur le long terme en transformant le message tel l’incident de l’année. Il n’y a qu’à voir les « memes » sur ce dernier pour en connaitre l’impact sur internet.

Un faux dilemme?

L’argent parle. Les économistes qui liront ce papier risquent d’être choqués par mon côté candide. Je garderai néanmoins mon opinion d’historien, les faits du passé ne peuvent mentir. Les pétroliers et les cargos ne sont pas bloqués. Comme certains, ils peuvent faire demi-tour et passer par Gibraltar. Ce qui est quelque peu amusant, plusieurs ont opté pour cette solution mercredi dernier le 24 mars 2021. Serte, le voyage est plus long, donc plus cher. Or, ces mêmes navires vont arriver à bon port alors que les autres continueront de polluer la Méditerranée et la mer Rouge. Le problème relève plus de la vision générale de ce qu’est le commerce, mais également de la géographie. Chercher à éviter les vices de dame nature est propre à l’homme. On transforme le territoire afin de le conformer aux normes du moment. Cette stratégie extrême pousse à l’idéologie extrême. Remis à flot le 29 mars 2021, le paquebot a permis aux vaisseaux de reprendre le trafic. Or, les pertes monétaires et la rage de certains ont conduit cette situation au bord de l’hystérie collective, alors qu’il suffisait de faire demi-tour.

Pourquoi Suez?

Pour bien terminer cette petite réflexion sociale, il semble primordial d’expliquer pourquoi le canal de Suez est si important. Il faut remonter à 1504 lors du Conseil des Dix. La République vénitienne entend dès lors construire un canal en Égypte afin de contrer le commerce portugais prolifique dans cette région. Un bon dans le temps nous mène dans les années 1830 tandis que Prosper Enfantin, un saint-simonien, va proposer avec des collègues plusieurs projets de canal au sultan égyptien. Après moult controverses de l’ordre politique entre la France et la Grande-Bretagne, le canal est finalement achevé en 1869. Aujourd’hui, l’utilité d’un tel chantier n’est plus à prouver. Or, à telle époque, à peine 10 % des navires mondiaux fonctionnent à la vapeur. Les ingénieurs ont donc réfléchi la voie maritime sur le long terme. En effet, le canal est construit exclusivement pour les navires à moteur. La doctrine socio-économique du saint-simonisme y est pour beaucoup. Cette pensée cherche à rompre avec la théologie terrienne et le féodalisme afin d’admettre le positivisme humain et industriel. Une telle thèse fut nécessaire, et elle doit être nécessaire.

Et aujourd’hui?

La doctrine économique contemporaine ne reflète plus cette vision optimiste et révisionniste de ce que doit être l’humain. Par le biais de mes précédents propos, je cherche à comprendre le sens globalisant de cet accident. Nul doute que des études seront mises au jour afin d’en saisir les conséquences tangibles sur nos modes de consommation, et surtout sur notre façon d’être devant un problème qui, je le rappelle ici, est purement et simplement obsolète sur le long terme.

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Photo Jonathan Carreiro-Benoit.
Par Jonathan Carreiro-Benoit

Co-Fondateur

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Suez ne mène pas le monde

Dernière modification le 29 March 2021 à 03h16
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Autre que le blocage du canal de Suez, l’incident de l’Ever Given dévoile la prépondérance du commerce maritime principalement en Europe. À raison de 10 % du commerce mondial, le blocage du canal a fait perdre des milliards de dollars aux Grands de ce monde sur près d’une semaine. Des solutions à court terme existent afin de pallier la catastrophe financière. De plus, il ne faut pas oublier les maux révélés par cette embuche : le capitalisme de surconsommation doit être revu.

Qui perd réellement?

Un secret de polichinelle. Voilà ce qui cause tant d’émois devant un événement sans la moindre conséquence humaine. La luxure du « toujours plus et toujours moins cher » a fini par avoir raison de nos médias traditionnels et de nos gouvernements. Je dois être clair : l’Ever Given nous offre littéralement une purge de désintox. Les anthropologues du futur vont se faire un véritable plaisir à analyser nos moyens de communication face à la crise. En effet, les 1 % les plus riches du globe sont aux petits caprices afin que la situation débloque, pour faire un mauvais jeu de mots. La dernière fois que Suez a été au centre de l’attention médiatique remonte à 1956. Plus de soixante ans plus tard, le même canal demande exactement la même assistance internationale. Ce n’est pas sérieux. Dans le premier cas, il s’agit d’une crise politique, donc humaine, et la seconde est une crise économique, donc monétaire. Deux poids, deux mesures. En somme, cette exacerbation du problème est mise au-devant du citoyen moyen par le quatrième pouvoir. Le médiateur de l’événement relate ainsi quelque chose de relativement anodin sur le long terme en transformant le message tel l’incident de l’année. Il n’y a qu’à voir les « memes » sur ce dernier pour en connaitre l’impact sur internet.

Un faux dilemme?

L’argent parle. Les économistes qui liront ce papier risquent d’être choqués par mon côté candide. Je garderai néanmoins mon opinion d’historien, les faits du passé ne peuvent mentir. Les pétroliers et les cargos ne sont pas bloqués. Comme certains, ils peuvent faire demi-tour et passer par Gibraltar. Ce qui est quelque peu amusant, plusieurs ont opté pour cette solution mercredi dernier le 24 mars 2021. Serte, le voyage est plus long, donc plus cher. Or, ces mêmes navires vont arriver à bon port alors que les autres continueront de polluer la Méditerranée et la mer Rouge. Le problème relève plus de la vision générale de ce qu’est le commerce, mais également de la géographie. Chercher à éviter les vices de dame nature est propre à l’homme. On transforme le territoire afin de le conformer aux normes du moment. Cette stratégie extrême pousse à l’idéologie extrême. Remis à flot le 29 mars 2021, le paquebot a permis aux vaisseaux de reprendre le trafic. Or, les pertes monétaires et la rage de certains ont conduit cette situation au bord de l’hystérie collective, alors qu’il suffisait de faire demi-tour.

Pourquoi Suez?

Pour bien terminer cette petite réflexion sociale, il semble primordial d’expliquer pourquoi le canal de Suez est si important. Il faut remonter à 1504 lors du Conseil des Dix. La République vénitienne entend dès lors construire un canal en Égypte afin de contrer le commerce portugais prolifique dans cette région. Un bon dans le temps nous mène dans les années 1830 tandis que Prosper Enfantin, un saint-simonien, va proposer avec des collègues plusieurs projets de canal au sultan égyptien. Après moult controverses de l’ordre politique entre la France et la Grande-Bretagne, le canal est finalement achevé en 1869. Aujourd’hui, l’utilité d’un tel chantier n’est plus à prouver. Or, à telle époque, à peine 10 % des navires mondiaux fonctionnent à la vapeur. Les ingénieurs ont donc réfléchi la voie maritime sur le long terme. En effet, le canal est construit exclusivement pour les navires à moteur. La doctrine socio-économique du saint-simonisme y est pour beaucoup. Cette pensée cherche à rompre avec la théologie terrienne et le féodalisme afin d’admettre le positivisme humain et industriel. Une telle thèse fut nécessaire, et elle doit être nécessaire.

Et aujourd’hui?

La doctrine économique contemporaine ne reflète plus cette vision optimiste et révisionniste de ce que doit être l’humain. Par le biais de mes précédents propos, je cherche à comprendre le sens globalisant de cet accident. Nul doute que des études seront mises au jour afin d’en saisir les conséquences tangibles sur nos modes de consommation, et surtout sur notre façon d’être devant un problème qui, je le rappelle ici, est purement et simplement obsolète sur le long terme.

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