Le vrai visage du racisme systémique

Dernière modification le 3 July 2021 à 01h06
Photo Jonathan Carreiro-Benoit.

L’année 1876 retentit dans les livres d’histoire comme l’année du bouleversement constitutionnel entamé en 1867. En effet, le régime fédéral de John A. McDonald oblige dès lors les « Indiens » à s’agenouiller devant la légifération de l’« Indian Act ». Au menu, acculturation, civisme et émancipation de ce qu’est la culture « sauvage ».

Le vrai visage du racisme systémique

Homogénéiser la culture canadienne au profil de l’anglo-saxon est le seul point à l’ordre du jour. Les droits, les privilèges, l’éducation et les finances tombent alors sous les balises du gouvernement canadien. De ce fait, les Premières Nations sont privées d’exprimer leurs valeurs, leurs croyances et leurs caractères distincts. Pour pallier les manifestations de récalcitrants, la loi ordonne un changement politique majeur au sein des bandes, à savoir le fameux Conseil de bandes. Ainsi, l’hérédité traditionnelle du chef n’est guère plus qu’un souvenir. Toujours selon les normes occidentales, les femmes ne peuvent accéder aux postes clés du nouveau régime, et ce jusqu’en 1951.

Maudits païens ! Évidemment, l’ordonnance cultuelle se démarque des mesures politiques. Le christianisme s’impose alors à ceux et celles désireux de liberté au détriment de leur personnalité. Entre 1884 et 1925, les danses traditionnelles sont progressivement bannies sur l’ensemble du territoire canadien, réserves incluses. Assurément, les conseils de bandes ont tenté des recours collectifs contre le gouvernement. En réponse, Ottawa rend caduques les revendications juridiques et territoriales des Premières Nations dès 1927. Comprenant qu’il faut battre le mal à la racine, le Canada instaure en 1894 les fameux pensionnats. Ceux-ci, toujours pris comme une plus-value par certains extrêmes du pays, ont radicalement changé la face de l’« indien » traditionnel. Aujourd’hui, nous commençons à peine à récolter les maux engendrés par ces derniers. Systématiquement, le païen autochtone est un fardeau, un fardeau scandaleux, inhumain et impropre à notre manière de vivre. Le terme ethnocide est bien inadéquat dans ce cas de figure. Nous devons faire face à la réalité : le génocide a bel et bien eu lieu.

1951, l’année du pseudochangement

Pour donner suite à la Seconde Guerre mondiale, le Canada se réorganise de l’intérieur pour bien paraître à l’extérieur. Plusieurs mesures restrictives de la loi prennent ainsi la route de l’introspection nationale. Par leur statut du mineur au sein de la fédération, les divers peuples contestent massivement les propositions du gouvernement, une invitation n’aurait guère été de refus. De ce fait, le comité mixte voit le jour afin d’inclure pour la première fois les Nations à la table de délibération. Cette concertation prône donc la révocation des interdits douteux précédemment mentionnés. Religion, revendication territoriale et droit de la femme deviennent la norme après l’élection d’Elsie Marie Knott à la tête des Premières Nations.

Pour ce qui est des droits de l’enfant, l’article 88 de la loi propose d’accorder cette compétence aux provinces. Le Canada assiste ainsi à la pire vague ethnocidaire de son histoire contemporaine à même les pensionnats entre 1950 et 1960. Toujours d’une même voie raciste, le gouvernement oblige maintenant les « Indiens » à acquérir leur statut par inscription. Le lien du sang n’est plus qu’une simple parure tout de même favorisée chez les lignées masculines. Le résultat est frappant : la règle de la mère grand-mère établit la révocation du statut « indien » à un jeune adulte le jour de ses 21 ans. De facto, en 1996, la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones démontre à merveille le caractère primitif des institutions et de la loi concernant précisément les transferts de cadre entre « indiens » et canadien. Il ne faut pas oublier que le statut doit être demandé dès cet âge.

Comme une poule pas de tête…

Les récentes découvertes en Saskatchewan et en Colombie-Britannique favorisent certainement l’ouverture d’esprit et le débat politique. La « Loi sur les Indiens » est dès lors la pièce angulaire de deux courants de pensée, à savoir les partisans de l’abolition et les partisans de la réforme. Dans les deux cas de figure, le changement ne s’opèrera guère sans conséquences tangibles d’un océan à l’autre. Notre regard est celui qu’on porte vers le futur, mais il ne faut en aucun cas éliminer le côté irréversible du malheur d’autrui.

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Par Jonathan Carreiro-Benoit

Co-Fondateur

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Le vrai visage du racisme systémique

Dernière modification le 3 July 2021 à 01h06
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L’année 1876 retentit dans les livres d’histoire comme l’année du bouleversement constitutionnel entamé en 1867. En effet, le régime fédéral de John A. McDonald oblige dès lors les « Indiens » à s’agenouiller devant la légifération de l’« Indian Act ». Au menu, acculturation, civisme et émancipation de ce qu’est la culture « sauvage ».

Le vrai visage du racisme systémique

Homogénéiser la culture canadienne au profil de l’anglo-saxon est le seul point à l’ordre du jour. Les droits, les privilèges, l’éducation et les finances tombent alors sous les balises du gouvernement canadien. De ce fait, les Premières Nations sont privées d’exprimer leurs valeurs, leurs croyances et leurs caractères distincts. Pour pallier les manifestations de récalcitrants, la loi ordonne un changement politique majeur au sein des bandes, à savoir le fameux Conseil de bandes. Ainsi, l’hérédité traditionnelle du chef n’est guère plus qu’un souvenir. Toujours selon les normes occidentales, les femmes ne peuvent accéder aux postes clés du nouveau régime, et ce jusqu’en 1951.

Maudits païens ! Évidemment, l’ordonnance cultuelle se démarque des mesures politiques. Le christianisme s’impose alors à ceux et celles désireux de liberté au détriment de leur personnalité. Entre 1884 et 1925, les danses traditionnelles sont progressivement bannies sur l’ensemble du territoire canadien, réserves incluses. Assurément, les conseils de bandes ont tenté des recours collectifs contre le gouvernement. En réponse, Ottawa rend caduques les revendications juridiques et territoriales des Premières Nations dès 1927. Comprenant qu’il faut battre le mal à la racine, le Canada instaure en 1894 les fameux pensionnats. Ceux-ci, toujours pris comme une plus-value par certains extrêmes du pays, ont radicalement changé la face de l’« indien » traditionnel. Aujourd’hui, nous commençons à peine à récolter les maux engendrés par ces derniers. Systématiquement, le païen autochtone est un fardeau, un fardeau scandaleux, inhumain et impropre à notre manière de vivre. Le terme ethnocide est bien inadéquat dans ce cas de figure. Nous devons faire face à la réalité : le génocide a bel et bien eu lieu.

1951, l’année du pseudochangement

Pour donner suite à la Seconde Guerre mondiale, le Canada se réorganise de l’intérieur pour bien paraître à l’extérieur. Plusieurs mesures restrictives de la loi prennent ainsi la route de l’introspection nationale. Par leur statut du mineur au sein de la fédération, les divers peuples contestent massivement les propositions du gouvernement, une invitation n’aurait guère été de refus. De ce fait, le comité mixte voit le jour afin d’inclure pour la première fois les Nations à la table de délibération. Cette concertation prône donc la révocation des interdits douteux précédemment mentionnés. Religion, revendication territoriale et droit de la femme deviennent la norme après l’élection d’Elsie Marie Knott à la tête des Premières Nations.

Pour ce qui est des droits de l’enfant, l’article 88 de la loi propose d’accorder cette compétence aux provinces. Le Canada assiste ainsi à la pire vague ethnocidaire de son histoire contemporaine à même les pensionnats entre 1950 et 1960. Toujours d’une même voie raciste, le gouvernement oblige maintenant les « Indiens » à acquérir leur statut par inscription. Le lien du sang n’est plus qu’une simple parure tout de même favorisée chez les lignées masculines. Le résultat est frappant : la règle de la mère grand-mère établit la révocation du statut « indien » à un jeune adulte le jour de ses 21 ans. De facto, en 1996, la Commission royale d’enquête sur les peuples autochtones démontre à merveille le caractère primitif des institutions et de la loi concernant précisément les transferts de cadre entre « indiens » et canadien. Il ne faut pas oublier que le statut doit être demandé dès cet âge.

Comme une poule pas de tête…

Les récentes découvertes en Saskatchewan et en Colombie-Britannique favorisent certainement l’ouverture d’esprit et le débat politique. La « Loi sur les Indiens » est dès lors la pièce angulaire de deux courants de pensée, à savoir les partisans de l’abolition et les partisans de la réforme. Dans les deux cas de figure, le changement ne s’opèrera guère sans conséquences tangibles d’un océan à l’autre. Notre regard est celui qu’on porte vers le futur, mais il ne faut en aucun cas éliminer le côté irréversible du malheur d’autrui.

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