Un nationalisme pragmatique et lucide

Dernière modification le 7 April 2021 à 01h27

Réponse au texte L’envol national de Raphaël Guérard

« L’avenir des Québécois requiert un nationalisme assumé et décomplexé, sans quoi sa culture, sa langue et ses mœurs s’écrouleront face au multiculturalisme canadien et au wokisme américain dorénavant omniprésent. »

Oui Raphaël, tu as parfaitement raison ! Le Québec est aujourd’hui à la croisée des chemins. Aujourd’hui plus que jamais, le Canada fait peser sur le Québec une menace existentielle. Si certains Québécois pensaient, en votant NON lors du référendum de 1995, que le Canada saurait leur accorder une place à part au sein de la fédération, ils réalisent maintenant qu’ils se trompaient. Le Canada n’a jamais considéré, et ne considérera jamais que les Québécois ont le droit à leur propre définition de leur appartenance à la fédération. Le Canada est un restaurant avec un seul menu du jour pour tous : centralisation, multiculturalisme et, pour dessert, l’utopie ultra- « progressiste ». Vous n’en voulez pas ? Alors il vous faudra changer de restaurant. Si vous décidez d’y entrer, il ne faudra pas vous plaindre du menu, car le chef ne sait rien faire d’autre.
Une fois les évidences dites, que faire ? Quelle stratégie adopter pour nous sortir de ce bourbier ?

Alors que de plus en plus de Québécois se tournent vers la CAQ, mon ami Raphaël nous exhorte à ne pas y entrer. Pourquoi donc ? Pas assez nationaliste, pas assez combative, trop soumise au fédéral et à ce que l’on pourrait qualifier « d’anglosphère ». Alors il est vrai que la CAQ n’est pas parfaite. Certaines de ses décisions, comme l’agrandissement de Dawson et McGill, peuvent paraître absurdes. Mais oublions-nous de quoi nous sortons ? Nous venons tout juste de nous extirper de 15 ans de règne du parti libéral du Québec. Littéralement le parti de « l’anti-Québec ». Un parti qui n’avait d’autre objectif que de faire entrer le Québec dans les rangs, de nier son caractère distinct, de le soumettre au fédéral et de réprimer toute manifestation de nationalisme.

Après ces 15 années infernales, la CAQ apparaît comme un soulagement. Enfin un peu d’oxygène! François Legault avait promis un nationalisme assumé et décomplexé, force est d’admettre qu’il a livré la marchandise : loi sur la laïcité, réduction et réforme de l’immigration, revendications vis-à-vis d’Ottawa, réforme de la loi 101 à venir, rejet de la théorie du racisme systémique et des autres impératifs idéologiques étrangers (ce qui est unique et courageux dans notre Amérique anglo-saxonne multiculturelle). Certes, la CAQ peut paraître trop douce ou manquant parfois de tonus, mais après 15 années libérales j’en suis bien content. Je n’ai aucun doute de ces deux premières années au pouvoir n’étaient qu’un échauffement.

Plutôt que la CAQ, mon ami Raphaël nous propose la bonne vieille recette de grand-maman : le Parti Québécois. Je suis désolé, mais la recette de grand-maman, aussi bonne soit-elle, a fait son temps. Son charme du terroir ne suffit plus et devient franchement lassant. Que devons-nous attendre d’un parti qui n’a pas eu le pouvoir réel depuis 2003 (la parenthèse minoritaire de Mme. Marois ne compte pas) ? Que devons-nous attendre d’un parti qui lors de la campagne de 2018 parlait plus de boîtes à lunch, du Tinder du covoiturage et du vrai chef de Québec Solidaire que de nationalisme ou d’immigration ? Que devons-nous attendre d’un parti qui est en plus mauvaise posture électorale que les néomarxistes de QS ? Que devons-nous attendre d’un parti dont l’aile jeunesse ressemble à une succursale idéologique de QS ? Pour moi la réponse est simple : rien.

Aujourd’hui le PQ a le beau jeu de critiquer la CAQ et de réclamer symboliquement la lune. Cependant, la question demeure, pourquoi le PQ, qui a été 17 ans au pouvoir, n’a-t-il pas fait ce qu’il exige aujourd’hui ? L’impôt unique, la loi 101 dans les cégeps, un équivalent de la loi 21, la remise en cause pratique de la monarchie, le PQ n’a rien fait de tout ça. Pourtant le parti joue aujourd’hui les matadors et exige une rupture qu’il n’a jamais opérée.

D’ailleurs, quel est le bilan objectif du PQ ? Le parti jouit d’une aura rarement contestée qui nous fait croire qu’il serait LE champion de la nation québécoise. À un point tel qu’aujourd’hui le sort de l’indépendance la nation lui semble liée. Nous avons l’impression que la disparition du parti amènerait à la disparation du mouvement souverainiste alors qu’il n’en est rien. Dans les faits, le bilan du PQ est assez faible selon moi. Outre la sacro-sainte loi 101, qu’a fait le PQ pour le Québec ? Il l’a amené de défaite en défaite.

Défaite certaine en 1980
Défaite politique en 1982
Défaite morale en 1995
Défaite perpétuelle depuis 2003

La naïveté révolutionnaire du grand soir a guidé ce parti qui, à son tour, nous a guidés vers l’abîme. C’est presque un miracle que près de 40% des Québécois veuillent encore devenir souverains après toutes les erreurs de ce parti. Encore aujourd’hui, il s’entête dans ses erreurs : référendum par-ci, référendum par-là, référendum dans un premier mandat. La chefferie du PQ en était à pleurer. À croire qu’ils n’avaient rien appris des 40 dernières années. Le seul qui avait un peu de bon sens niveau stratégie, Bastien, fut éjecté lors du premier tour. À croire que les péquistes préfèrent s’engouffrer encore un peu plus dans l’erreur que de faire face à la réalité. Le référendisme doit cesser. Dire référendum 3 fois ne fait pas apparaître un pays, pas plus que de tenir des référendums perdants. Que le parti trouve le moyen d’être pertinent avant de réclamer un énième référendum.

Je suis un souverainiste convaincu et je le serai toujours. Notre État français nous l’aurons. Notre drapeau libre flottera parmi ceux des autres nations libres.

Mais pour l’instant, il nous faut être pragmatiques. Notre nationalisme doit s’ancrer dans la réalité et les rapports de force qui sont les nôtres aujourd’hui. Seule la CAQ incarne le bon sens nationaliste et autonomiste qui nous permettra d’obtenir des gains. Pour les nationalistes assumés, qui aspirent à un nationalisme pragmatique et lucide qui nous fera réellement avancer, la CAQ est, pour l'instant, le meilleur choix politique.

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Par Rémi Lebeuf

Lecteur

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« L’avenir des Québécois requiert un nationalisme assumé et décomplexé, sans quoi sa culture, sa langue et ses mœurs s’écrouleront face au multiculturalisme canadien et au wokisme américain dorénavant omniprésent. »

Oui Raphaël, tu as parfaitement raison ! Le Québec est aujourd’hui à la croisée des chemins. Aujourd’hui plus que jamais, le Canada fait peser sur le Québec une menace existentielle. Si certains Québécois pensaient, en votant NON lors du référendum de 1995, que le Canada saurait leur accorder une place à part au sein de la fédération, ils réalisent maintenant qu’ils se trompaient. Le Canada n’a jamais considéré, et ne considérera jamais que les Québécois ont le droit à leur propre définition de leur appartenance à la fédération. Le Canada est un restaurant avec un seul menu du jour pour tous : centralisation, multiculturalisme et, pour dessert, l’utopie ultra- « progressiste ». Vous n’en voulez pas ? Alors il vous faudra changer de restaurant. Si vous décidez d’y entrer, il ne faudra pas vous plaindre du menu, car le chef ne sait rien faire d’autre.
Une fois les évidences dites, que faire ? Quelle stratégie adopter pour nous sortir de ce bourbier ?

Alors que de plus en plus de Québécois se tournent vers la CAQ, mon ami Raphaël nous exhorte à ne pas y entrer. Pourquoi donc ? Pas assez nationaliste, pas assez combative, trop soumise au fédéral et à ce que l’on pourrait qualifier « d’anglosphère ». Alors il est vrai que la CAQ n’est pas parfaite. Certaines de ses décisions, comme l’agrandissement de Dawson et McGill, peuvent paraître absurdes. Mais oublions-nous de quoi nous sortons ? Nous venons tout juste de nous extirper de 15 ans de règne du parti libéral du Québec. Littéralement le parti de « l’anti-Québec ». Un parti qui n’avait d’autre objectif que de faire entrer le Québec dans les rangs, de nier son caractère distinct, de le soumettre au fédéral et de réprimer toute manifestation de nationalisme.

Après ces 15 années infernales, la CAQ apparaît comme un soulagement. Enfin un peu d’oxygène! François Legault avait promis un nationalisme assumé et décomplexé, force est d’admettre qu’il a livré la marchandise : loi sur la laïcité, réduction et réforme de l’immigration, revendications vis-à-vis d’Ottawa, réforme de la loi 101 à venir, rejet de la théorie du racisme systémique et des autres impératifs idéologiques étrangers (ce qui est unique et courageux dans notre Amérique anglo-saxonne multiculturelle). Certes, la CAQ peut paraître trop douce ou manquant parfois de tonus, mais après 15 années libérales j’en suis bien content. Je n’ai aucun doute de ces deux premières années au pouvoir n’étaient qu’un échauffement.

Plutôt que la CAQ, mon ami Raphaël nous propose la bonne vieille recette de grand-maman : le Parti Québécois. Je suis désolé, mais la recette de grand-maman, aussi bonne soit-elle, a fait son temps. Son charme du terroir ne suffit plus et devient franchement lassant. Que devons-nous attendre d’un parti qui n’a pas eu le pouvoir réel depuis 2003 (la parenthèse minoritaire de Mme. Marois ne compte pas) ? Que devons-nous attendre d’un parti qui lors de la campagne de 2018 parlait plus de boîtes à lunch, du Tinder du covoiturage et du vrai chef de Québec Solidaire que de nationalisme ou d’immigration ? Que devons-nous attendre d’un parti qui est en plus mauvaise posture électorale que les néomarxistes de QS ? Que devons-nous attendre d’un parti dont l’aile jeunesse ressemble à une succursale idéologique de QS ? Pour moi la réponse est simple : rien.

Aujourd’hui le PQ a le beau jeu de critiquer la CAQ et de réclamer symboliquement la lune. Cependant, la question demeure, pourquoi le PQ, qui a été 17 ans au pouvoir, n’a-t-il pas fait ce qu’il exige aujourd’hui ? L’impôt unique, la loi 101 dans les cégeps, un équivalent de la loi 21, la remise en cause pratique de la monarchie, le PQ n’a rien fait de tout ça. Pourtant le parti joue aujourd’hui les matadors et exige une rupture qu’il n’a jamais opérée.

D’ailleurs, quel est le bilan objectif du PQ ? Le parti jouit d’une aura rarement contestée qui nous fait croire qu’il serait LE champion de la nation québécoise. À un point tel qu’aujourd’hui le sort de l’indépendance la nation lui semble liée. Nous avons l’impression que la disparition du parti amènerait à la disparation du mouvement souverainiste alors qu’il n’en est rien. Dans les faits, le bilan du PQ est assez faible selon moi. Outre la sacro-sainte loi 101, qu’a fait le PQ pour le Québec ? Il l’a amené de défaite en défaite.

Défaite certaine en 1980
Défaite politique en 1982
Défaite morale en 1995
Défaite perpétuelle depuis 2003

La naïveté révolutionnaire du grand soir a guidé ce parti qui, à son tour, nous a guidés vers l’abîme. C’est presque un miracle que près de 40% des Québécois veuillent encore devenir souverains après toutes les erreurs de ce parti. Encore aujourd’hui, il s’entête dans ses erreurs : référendum par-ci, référendum par-là, référendum dans un premier mandat. La chefferie du PQ en était à pleurer. À croire qu’ils n’avaient rien appris des 40 dernières années. Le seul qui avait un peu de bon sens niveau stratégie, Bastien, fut éjecté lors du premier tour. À croire que les péquistes préfèrent s’engouffrer encore un peu plus dans l’erreur que de faire face à la réalité. Le référendisme doit cesser. Dire référendum 3 fois ne fait pas apparaître un pays, pas plus que de tenir des référendums perdants. Que le parti trouve le moyen d’être pertinent avant de réclamer un énième référendum.

Je suis un souverainiste convaincu et je le serai toujours. Notre État français nous l’aurons. Notre drapeau libre flottera parmi ceux des autres nations libres.

Mais pour l’instant, il nous faut être pragmatiques. Notre nationalisme doit s’ancrer dans la réalité et les rapports de force qui sont les nôtres aujourd’hui. Seule la CAQ incarne le bon sens nationaliste et autonomiste qui nous permettra d’obtenir des gains. Pour les nationalistes assumés, qui aspirent à un nationalisme pragmatique et lucide qui nous fera réellement avancer, la CAQ est, pour l'instant, le meilleur choix politique.

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