Une vie souterraine

Dernière modification le 10 April 2021 à 12h36

Un délicieux Prologue : C’est drôle, en écrivant ce texte dans le métro, après avoir quitté la station Viau, vers 16h29, est venu vers moi un jeune homme me demandant de quoi se nourrir. Saisi de philanthropie et de compassion, sans y penser, je lui ai donné une «p’tite» quelque chose pour signifier ma compassion et ma philanthropie. Cela a fait ma journée, mais encore, c’était un deuxième grand évènement de la journée. Quelques chiffres. Selon les données statistiques du Journal « Canadian Observatory on Homelessness », entre 150 000 et 300 000 canadiens seraient touchés par l’itinérance. Personnellement, je crois que c’est un sujet très préoccupant. Ces gens sont nos compatriotes. J’ai utilisé plusieurs images pour nous sensibiliser pour cette cause [Vous voilà avertis!]

Poséidon, dieu des eaux et des tremblements de terre; de la mythologie grecque
Les naufragés du système, c’est Nous(1) ! Vous le savez maintenant! Nous sommes là, regardant passer les gens, regardant passer la vie. À attendre la fin. Quelle fin pour Nous?

Thánatos, dieu de la mort; de la mythologie grecque
Nous sommes fauchés. Nous sommes des morts vivants enterrés il y a bien longtemps. Par la faux, la Mort est venue Nous déterrer de la vie pour Nous planter ici, sous terre, dans cette vie souterraine. Nous avons soif de la vie parce que Nous n’avons pas accès à l’eau de la vie.(2) Nous sommes les démons dont les gens trop chrétiens-de-la-vie fuient. Personne ne veut Nous parler ni Nous regarder, ni Nous considérer.

Whiro ou Hiro, seigneur de l’obscurité, dieu des malheurs; de la mythologie māori
Notre terre à Nous ne donne plus rien. Nous avons beau saisir la daba pour cultiver, Notre terre est maudite. Nous avons beau prier pour que la manne tombe sur Notre terre déserte, mais Nous sommes les enfants oubliés de Dieu. Il n’y aura pas un Moïse qui viendra Nous sauver des eaux(3) de la noyade, il n’y aura pas non plus un Messie qui rentrerait en terrain de jeu pour sauver Nos Âmes damnées. Point de rédemption pour nous. La balle est dans Notre camp. La société Nous a donné carton rouge, Nous sommes les mauvais joueurs, les perdants, ceux qui sont hués par le Grand Public.

Ceux dont les rêves et les ambitions ont été enterrés. Nous sommes les Anges déchus tels que la société veut bien Nous voir. Sans dignité humaine. Nous sommes Les Misérables ayant besoin d’un « Monseigneur Bienvenu Myriel » pour « [u]n morceau d’pain, un peu d’chaleur » (ZAZ, dans la chanson Dans ma rue). Nous sommes les lépreux de la Samarie ayant besoin d’un bon samaritain allant à Jérusalem en passant par la Samarie et la Galilée.(4)

Hakuna Matata , une philosophie assez commode
« Hakuna Matata (5) » disent des gens. Sans aucun souci pour Nous. Pensent-ils que l’itinérance est Notre choix? Évènements traumatisants, éclatement de la famille et/ou violence familiale, problèmes de santé mentale, problèmes de santé physique ou handicaps sont des exemples de facteurs qui mènent à l’itinérance. En effet, comprendre mieux les facteurs qui amènent à l’itinérance nous permet de mieux aider ces personnes, de mieux comprendre « toute l’ambigüité de ces [personnes] écrasé[e]s qui, avec une sombre dignité, se détournent du monde, pour mieux se détruire sous nos yeux. » (Les naufragés, livre de Patrick Declerck, psychanalyste et ethnologue)

L’Esprit de Noël
Un temps tant attendu dans l’année, depuis des années : Le Temps des Fêtes! Plus encore, Noël. Dit-on que c’est une Fête qui rassemble, une Fête durant laquelle on partage, une Fête si philanthrope. L’esprit de Noël voyagerait de maison en maison pour apporter un peu d’amour et de réconfort. Une Fête durant laquelle nos ennemis deviendraient nos amis. La philanthropie, vertu de l’Esprit de Noël, voudrait que Tous deviennent Un, comme l’a si bien chanté l’artiste haïtien, Arly Lariviere : « […] Kèlke swa fanmiy oubyen zanmi, Li mèt s’on enmi ni on inconnu, Louvri kè w swete l Joyeux Noël » . Dit-on que cette Fête est si belle. Tout est décoré : les magasins, les places publiques, les chez-soi…

Qu’en est-il de Nous? De Nos chez-soi? Nous n’en avons pas. Nous manquons de ressources pour profiter de cette belle Fête. Peut-être, cette année, Noël pensera à Nous. Peut-être, y aura-t-il un « Patrick Norman » qui rêvera, comme Nous, d’un « Noël sans faim, [d’un] Noël d’amour » (7) Fait qui ne risque pas d’arriver, une délicieuse utopie pour faire gémir Notre illusion puérile, pour réchauffer Nos cœurs nostalgiques malgré tout. Alors, Notre hymne à Nous :

Petit Papa Noël
Si tu viens à Notre secours
Viens donc avec du Bonheur par millions
N’oublie pas de Nous déterrer!

Une si belle parodie de la chanson de Tino Rossi : Petit Papa Noël. Une chanson qui a bercé notre enfance, qui rappelle des souvenirs de ces moments en Famille. Tous ces rires d’enfants dont nous nous efforçons de nous rappeler pour [nous] protéger de la vie cruelle. (8) Je seconde : Rappelons-nous de ces moments joyeux pour guérir nos espoirs malades. (9) Le plus important, malgré les temps durs dus à la pandémie, c’est de se rappeler qu’il faut garder le moral intact. Et Viva La Vida (10), en pensant à l’Autre, en pensant à Nous.

Annotations

  1. Ce Nous désigne les sans domicile fixe, ce nous désigne lecteurs y compris moi.
  2. Eau qui s’estomperait la soif pour toujours, selon un récit biblique.
  3. Soit la signification du nom Moïse.
  4. Récit biblique selon lequel Jésus aurait guéri 10 lépreux sur sa route vers Jérusalem.
  5. Soit une maxime en swahili signifiant : « Tout va bien », « Sans aucun souci ».
  6. L’Esprit de Noël, par Arly Lariviere, dit Nu Look, soit un musicien haïtien.
  7. « Noël sans faim » est le titre d’une chanson écrite par Patrick Norman et sortie en 1992
  8. « Il est où le bonheur », chanson par Christophe Maé
  9. « Le bonheur », chanson par Corneille
  10. Expression espagnole signifiant « profiter de la vie », provenant du titre d’une peinture de Frida Kahlo.

Partager l'article

Par Pierre Thoven

Lecteur

Abonnement à l'infolettre

Pour ne rien manquer de la part de notre équipe de la rédaction. Inscrivez-vous à notre infolettre.

Une vie souterraine

Dernière modification le 10 April 2021 à 12h36

Un délicieux Prologue : C’est drôle, en écrivant ce texte dans le métro, après avoir quitté la station Viau, vers 16h29, est venu vers moi un jeune homme me demandant de quoi se nourrir. Saisi de philanthropie et de compassion, sans y penser, je lui ai donné une «p’tite» quelque chose pour signifier ma compassion et ma philanthropie. Cela a fait ma journée, mais encore, c’était un deuxième grand évènement de la journée. Quelques chiffres. Selon les données statistiques du Journal « Canadian Observatory on Homelessness », entre 150 000 et 300 000 canadiens seraient touchés par l’itinérance. Personnellement, je crois que c’est un sujet très préoccupant. Ces gens sont nos compatriotes. J’ai utilisé plusieurs images pour nous sensibiliser pour cette cause [Vous voilà avertis!]

Poséidon, dieu des eaux et des tremblements de terre; de la mythologie grecque
Les naufragés du système, c’est Nous(1) ! Vous le savez maintenant! Nous sommes là, regardant passer les gens, regardant passer la vie. À attendre la fin. Quelle fin pour Nous?

Thánatos, dieu de la mort; de la mythologie grecque
Nous sommes fauchés. Nous sommes des morts vivants enterrés il y a bien longtemps. Par la faux, la Mort est venue Nous déterrer de la vie pour Nous planter ici, sous terre, dans cette vie souterraine. Nous avons soif de la vie parce que Nous n’avons pas accès à l’eau de la vie.(2) Nous sommes les démons dont les gens trop chrétiens-de-la-vie fuient. Personne ne veut Nous parler ni Nous regarder, ni Nous considérer.

Whiro ou Hiro, seigneur de l’obscurité, dieu des malheurs; de la mythologie māori
Notre terre à Nous ne donne plus rien. Nous avons beau saisir la daba pour cultiver, Notre terre est maudite. Nous avons beau prier pour que la manne tombe sur Notre terre déserte, mais Nous sommes les enfants oubliés de Dieu. Il n’y aura pas un Moïse qui viendra Nous sauver des eaux(3) de la noyade, il n’y aura pas non plus un Messie qui rentrerait en terrain de jeu pour sauver Nos Âmes damnées. Point de rédemption pour nous. La balle est dans Notre camp. La société Nous a donné carton rouge, Nous sommes les mauvais joueurs, les perdants, ceux qui sont hués par le Grand Public.

Ceux dont les rêves et les ambitions ont été enterrés. Nous sommes les Anges déchus tels que la société veut bien Nous voir. Sans dignité humaine. Nous sommes Les Misérables ayant besoin d’un « Monseigneur Bienvenu Myriel » pour « [u]n morceau d’pain, un peu d’chaleur » (ZAZ, dans la chanson Dans ma rue). Nous sommes les lépreux de la Samarie ayant besoin d’un bon samaritain allant à Jérusalem en passant par la Samarie et la Galilée.(4)

Hakuna Matata , une philosophie assez commode
« Hakuna Matata (5) » disent des gens. Sans aucun souci pour Nous. Pensent-ils que l’itinérance est Notre choix? Évènements traumatisants, éclatement de la famille et/ou violence familiale, problèmes de santé mentale, problèmes de santé physique ou handicaps sont des exemples de facteurs qui mènent à l’itinérance. En effet, comprendre mieux les facteurs qui amènent à l’itinérance nous permet de mieux aider ces personnes, de mieux comprendre « toute l’ambigüité de ces [personnes] écrasé[e]s qui, avec une sombre dignité, se détournent du monde, pour mieux se détruire sous nos yeux. » (Les naufragés, livre de Patrick Declerck, psychanalyste et ethnologue)

L’Esprit de Noël
Un temps tant attendu dans l’année, depuis des années : Le Temps des Fêtes! Plus encore, Noël. Dit-on que c’est une Fête qui rassemble, une Fête durant laquelle on partage, une Fête si philanthrope. L’esprit de Noël voyagerait de maison en maison pour apporter un peu d’amour et de réconfort. Une Fête durant laquelle nos ennemis deviendraient nos amis. La philanthropie, vertu de l’Esprit de Noël, voudrait que Tous deviennent Un, comme l’a si bien chanté l’artiste haïtien, Arly Lariviere : « […] Kèlke swa fanmiy oubyen zanmi, Li mèt s’on enmi ni on inconnu, Louvri kè w swete l Joyeux Noël » . Dit-on que cette Fête est si belle. Tout est décoré : les magasins, les places publiques, les chez-soi…

Qu’en est-il de Nous? De Nos chez-soi? Nous n’en avons pas. Nous manquons de ressources pour profiter de cette belle Fête. Peut-être, cette année, Noël pensera à Nous. Peut-être, y aura-t-il un « Patrick Norman » qui rêvera, comme Nous, d’un « Noël sans faim, [d’un] Noël d’amour » (7) Fait qui ne risque pas d’arriver, une délicieuse utopie pour faire gémir Notre illusion puérile, pour réchauffer Nos cœurs nostalgiques malgré tout. Alors, Notre hymne à Nous :

Petit Papa Noël
Si tu viens à Notre secours
Viens donc avec du Bonheur par millions
N’oublie pas de Nous déterrer!

Une si belle parodie de la chanson de Tino Rossi : Petit Papa Noël. Une chanson qui a bercé notre enfance, qui rappelle des souvenirs de ces moments en Famille. Tous ces rires d’enfants dont nous nous efforçons de nous rappeler pour [nous] protéger de la vie cruelle. (8) Je seconde : Rappelons-nous de ces moments joyeux pour guérir nos espoirs malades. (9) Le plus important, malgré les temps durs dus à la pandémie, c’est de se rappeler qu’il faut garder le moral intact. Et Viva La Vida (10), en pensant à l’Autre, en pensant à Nous.

Annotations

  1. Ce Nous désigne les sans domicile fixe, ce nous désigne lecteurs y compris moi.
  2. Eau qui s’estomperait la soif pour toujours, selon un récit biblique.
  3. Soit la signification du nom Moïse.
  4. Récit biblique selon lequel Jésus aurait guéri 10 lépreux sur sa route vers Jérusalem.
  5. Soit une maxime en swahili signifiant : « Tout va bien », « Sans aucun souci ».
  6. L’Esprit de Noël, par Arly Lariviere, dit Nu Look, soit un musicien haïtien.
  7. « Noël sans faim » est le titre d’une chanson écrite par Patrick Norman et sortie en 1992
  8. « Il est où le bonheur », chanson par Christophe Maé
  9. « Le bonheur », chanson par Corneille
  10. Expression espagnole signifiant « profiter de la vie », provenant du titre d’une peinture de Frida Kahlo.

Partager l'article

Par Pierre Thoven

Lecteur

Abonnement à l'infolettre

Pour ne rien manquer de la part de notre équipe de la rédaction. Inscrivez-vous à notre infolettre.