Culpabilité ou humilité?

Dernière modification le 29 June 2021 à 11h40
Justin Dubé Carré

Faut-il se sentir coupable ?

Racisme, islamophobie, colonialisme… Les Québécois sont confrontés depuis quelque temps à une pluie d’accusations, avec lesquelles ils peinent à voir clair. Il est indiscutable que des membres de notre peuple ont contribué à un certain nombre de crimes à travers le temps, et qu’il s’en commet encore aujourd’hui. Oui, il y a eu l’esclavage ; oui, il y a eu les pensionnats ; oui, il y a eu et il y a des crimes haineux. L’intolérance et la discrimination ont existé et existent toujours au Québec, comme partout dans le monde. Nous ne sommes certainement pas les pires, mais nous ne sommes assurément pas parfaits.

Trop souvent, on nous invite toutefois à une sorte de culpabilité maladive. Le Canada anglais se fait régulièrement un plaisir de nous diaboliser, comme si nous portions tous les péchés commis en terre canadienne depuis Adam et Ève. La fierté nationale est fréquemment mise à mal par tous ceux qui ne regardent le Québec qu’à travers la lorgnette des oppressions systémiques dont nous serions tous coupables. Plus souvent, sans l’aide de personne, nous nous autoflagellons joyeusement. La réaction naturelle de nombreux Québécois face à cette culpabilisation est au contraire de nier en bloc les accusations. « Tout est de la faute des Anglais », n’est-ce pas ?

Il y a une confusion totale dans la pensée. Sommes-nous racistes ? Sommes-nous méchants ? Ce genre de questionnement est assez troublant. Il ne tient pas compte de la multiplicité, de la complexité, de la vulnérabilité de l’être humain. Une même personne est capable du meilleur comme du pire, et peut réaliser les deux à l’intérieur d’une même vie. Les groupes humains présentent la même tendance. Il est tout à fait ridicule de vouloir porter un jugement moral définitif et global sur toute une collectivité. Malheureusement, une sorte de pensée néomarxiste a envahi nos discussions publiques. D’un côté, les opprimés ; et de l’autre, les oppresseurs. Les gentils et les méchants. Ces schémas simplistes ne proposent aux « oppresseurs » qu’une seule voie : la repentance, la culpabilité. Il n’est plus question d’édifier ensemble une société juste, mais de combattre des groupes privilégiés.

À cela s’ajoute le contexte particulier du Québec. Rappelons-nous les amalgames établis trop souvent entre d’une part la laïcité, le nationalisme, la langue française, et d’autre part le racisme. En associant l’identité nationale et la xénophobie, il est devenu presque impossible de tenir un débat sain et pertinent sur la question des discriminations au Québec. La montée de l’extrême droite n’a pas été étrangère à ces amalgames douteux. Pourtant, il ne fait aucun sens d’opposer patriotisme et inclusion. C’est justement la valorisation d’un lieu commun linguistique, culturel, moral et citoyen, qui permet l’existence d’une solidarité forte capable de dépasser les particularismes ethniques, raciaux, sexuels, etc. Dans la mesure où la nationalité québécoise est culturelle et politique, chacun peut l’embrasser d’où qu’il vienne et qui qu’il soit.

Le remède de la culpabilité, c’est l’humilité. Aucune nation n’est parfaite, nous devons nous savoir imparfaits. Cela est sain. Humilité rime avec fierté. En effet, la fierté consiste à se savoir capable de faire du bien, et à se savoir globalement orienté vers le bien. Cela est essentiel. Humilité et fierté vivent en harmonie. Il faut avoir une conscience aiguë de son propre mérite, de ses propres forces, de sa valeur, pour pouvoir reconnaître lucidement ses torts et travers. Les crimes dont nous prenons connaissance dans l’actualité ou dans l’histoire ne doivent pas susciter la culpabilité, mais la honte. La culpabilité amène malaise et déni. La honte authentique amène l’action.

S’excuser, pleurer, se lamenter, ne règle rien en soi. Fermer les yeux non plus. Il faut beaucoup de courage pour accepter non seulement notre imperfection, mais aussi pour assumer notre pertinence et notre valeur. Celui qui est fier ne ressent pas la honte comme une sorte de morsure paralysante, mais plutôt comme une motivation et une opportunité pour s’améliorer.

Surtout, cessons d’accorder à nos ennemis le soin de définir nos débats, cessons de publiciser les inepties déblatérées par certains professeurs ou journalistes anti-québécois. Refusons catégoriquement de mêler identité nationale et racisme.

À défaut de paraître séduisante, j’espère que la voie de la nuance triomphera sur les polarisations extrémistes qui, hélas, plombent nos débats publics et nous amènent à tourner en rond.
L’humilité et la responsabilité, oui.
La culpabilité maladive, non.

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Justin Dubé Carré
Par Justin Dubé

Lecteur

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Faut-il se sentir coupable ?

Racisme, islamophobie, colonialisme… Les Québécois sont confrontés depuis quelque temps à une pluie d’accusations, avec lesquelles ils peinent à voir clair. Il est indiscutable que des membres de notre peuple ont contribué à un certain nombre de crimes à travers le temps, et qu’il s’en commet encore aujourd’hui. Oui, il y a eu l’esclavage ; oui, il y a eu les pensionnats ; oui, il y a eu et il y a des crimes haineux. L’intolérance et la discrimination ont existé et existent toujours au Québec, comme partout dans le monde. Nous ne sommes certainement pas les pires, mais nous ne sommes assurément pas parfaits.

Trop souvent, on nous invite toutefois à une sorte de culpabilité maladive. Le Canada anglais se fait régulièrement un plaisir de nous diaboliser, comme si nous portions tous les péchés commis en terre canadienne depuis Adam et Ève. La fierté nationale est fréquemment mise à mal par tous ceux qui ne regardent le Québec qu’à travers la lorgnette des oppressions systémiques dont nous serions tous coupables. Plus souvent, sans l’aide de personne, nous nous autoflagellons joyeusement. La réaction naturelle de nombreux Québécois face à cette culpabilisation est au contraire de nier en bloc les accusations. « Tout est de la faute des Anglais », n’est-ce pas ?

Il y a une confusion totale dans la pensée. Sommes-nous racistes ? Sommes-nous méchants ? Ce genre de questionnement est assez troublant. Il ne tient pas compte de la multiplicité, de la complexité, de la vulnérabilité de l’être humain. Une même personne est capable du meilleur comme du pire, et peut réaliser les deux à l’intérieur d’une même vie. Les groupes humains présentent la même tendance. Il est tout à fait ridicule de vouloir porter un jugement moral définitif et global sur toute une collectivité. Malheureusement, une sorte de pensée néomarxiste a envahi nos discussions publiques. D’un côté, les opprimés ; et de l’autre, les oppresseurs. Les gentils et les méchants. Ces schémas simplistes ne proposent aux « oppresseurs » qu’une seule voie : la repentance, la culpabilité. Il n’est plus question d’édifier ensemble une société juste, mais de combattre des groupes privilégiés.

À cela s’ajoute le contexte particulier du Québec. Rappelons-nous les amalgames établis trop souvent entre d’une part la laïcité, le nationalisme, la langue française, et d’autre part le racisme. En associant l’identité nationale et la xénophobie, il est devenu presque impossible de tenir un débat sain et pertinent sur la question des discriminations au Québec. La montée de l’extrême droite n’a pas été étrangère à ces amalgames douteux. Pourtant, il ne fait aucun sens d’opposer patriotisme et inclusion. C’est justement la valorisation d’un lieu commun linguistique, culturel, moral et citoyen, qui permet l’existence d’une solidarité forte capable de dépasser les particularismes ethniques, raciaux, sexuels, etc. Dans la mesure où la nationalité québécoise est culturelle et politique, chacun peut l’embrasser d’où qu’il vienne et qui qu’il soit.

Le remède de la culpabilité, c’est l’humilité. Aucune nation n’est parfaite, nous devons nous savoir imparfaits. Cela est sain. Humilité rime avec fierté. En effet, la fierté consiste à se savoir capable de faire du bien, et à se savoir globalement orienté vers le bien. Cela est essentiel. Humilité et fierté vivent en harmonie. Il faut avoir une conscience aiguë de son propre mérite, de ses propres forces, de sa valeur, pour pouvoir reconnaître lucidement ses torts et travers. Les crimes dont nous prenons connaissance dans l’actualité ou dans l’histoire ne doivent pas susciter la culpabilité, mais la honte. La culpabilité amène malaise et déni. La honte authentique amène l’action.

S’excuser, pleurer, se lamenter, ne règle rien en soi. Fermer les yeux non plus. Il faut beaucoup de courage pour accepter non seulement notre imperfection, mais aussi pour assumer notre pertinence et notre valeur. Celui qui est fier ne ressent pas la honte comme une sorte de morsure paralysante, mais plutôt comme une motivation et une opportunité pour s’améliorer.

Surtout, cessons d’accorder à nos ennemis le soin de définir nos débats, cessons de publiciser les inepties déblatérées par certains professeurs ou journalistes anti-québécois. Refusons catégoriquement de mêler identité nationale et racisme.

À défaut de paraître séduisante, j’espère que la voie de la nuance triomphera sur les polarisations extrémistes qui, hélas, plombent nos débats publics et nous amènent à tourner en rond.
L’humilité et la responsabilité, oui.
La culpabilité maladive, non.

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